Pensées j VIT
D'après les Pères de l'Église, témoins oculaires, l'influence des cultes et des mystères était détestable. Cette fois encore, ne soyons pas dupes des phrases, des mots de purification, de renaissance, de sainteté qu'on proférait dans les mystères. On dirait que ces mots n'ont pas le même sens pour les anciens que pour nous, quand on les rencontre chez Apulée, mêlés à des contes déshonnêtes. Et si l'initiation n'était pas cause positive de désordre, ne dispensait-elle pas trop souvent de toute réforme morale?
Les meilleures âmes cherchaient ; elles n'avaient pas trouvé. Les bons éléments ne manquaient pas, mais la connaissance assurée du bien et le coura^^e de le faire, c'est-à-dire la connaissance de Dieu et l'amour de Dieu.
Ne disons donc pas que les vertus des anciens étaient des vices splendides, — rien ne serait plus contraire à la pensée de saint Justin, — mais reconnaissons avec lui les incertitudes, le désarroi, l'abattement et les désordres d'une humanité qui ne. savait pas ce que Dieu voulait d'elle. Il s'exprime avec modération et sympathie. Les païens devaient être touchés dès l'abord, car il ne dit pas : Voilà les crimes que vous commettez, et : Voici les vertus que nous pratiquons. Il dit : Hier encore nous étions coupables de ces désordres; aujourd'hui, nous qui sommes vos frères, sujets aux mêmes passions que vous, nous sommes devenus meilleurs en suivant les préceptes de Jésus-Christ. Et les plaies sur lesquelles il met le doigt sont bien celles dont souffrait le monde antique, celles
qu'il ne pouvait nullement justifier, comme il essayait de le faire pour le polythéisme.
Et d'abord la magie. Nous sommes étonnés. La magie était-elle donc plus coupable que l'idolâtrie? Oui, car c'était une superstition condamnée par les lois et qui se cachait. Il arrivait bien qu'on sollicitât les dieux de rompre le col à un ennemi, mais cette prière ne pouvait être murmurée qu'à voix basse ; le sacerdoce était tenu d'honneur à ne pas l'accueillir. Mais quelque entremetteuse indiquait le réduit où la magicienne préparait, à la lueur sinistre d'Hécate, les philtres subtils qui font aimer ou les envoûtements qui tuent. Nos recueils d'inscriptions sont copieusement pourvus de ces formules magiques, assez puissantes pour avancer la mort d'un oncle à héritage, ou pour faire buter les chevaux de la faction adverse, sans parler des rites atroces qui faisaient couler le sang des enfants. Si parfois la religion et les mystères, même dans le polythéisme, donnaient satisfaction aux bons instincts de l'âme, au désir du salut, ce n'était jamais le cas de la magie, méchante et s'adressant à des êtres méchants.
Or, dit Justin avec simplicité, mais avec précision : (( Nous nous livrions à la magie; aujourd'hui nous nous consacrons au Dieu bon^. » Puis il va à la racine du mal, à cette cupidité qui crée l'hostilité et la haine : (( Nous aimions et nous recherchions plus que tout l'argent et les domaines ; aujourd'hui nous mettons en commun ce que nous