I. Jésus est ne sous Hërode, mais l'ère de Fincarnatioii
de Ptolémée Philadelphe (283-247). N'élail-ce pas ébranler son propre raisonnement que de proposer ce synchronisme ou plutôt cet anachronisme? Ce serait peut-être le cas de supposer une faute de copiste.
On peut s'étonner aussi qu'ayant pris tant de soin d'établir l'ancienneté des prophéties, l'apologiste n'ait pas introduit les évangiles dans le grand jour de la discussion. Ce sont pour lui les Mémoires des Apôtres, ou des disciples des Apôtres. Ils émanent donc de témoins contemporains. On n'attaque pas la véracité de Xénophon dans ses Mémoires sur Socrate. Pourquoi soupçonnerait-on les disciples de Jésus?
L'honnête homme qu'est Justin ne s'arrête pas un instant à cette pensée. Et il lui arrivera aussi d'arguer de sens symboliques ou allégoriques, que les païens auraient pu contester. Mais n'étaient-ils pas les premiers, les stoïciens surtout, a analyser la mythologie par des symboles? Si le sens symbolique s'adapte bien, n'est-ce pas le sens véritable? Nous sommes parfois obligés de rejeter ces prétendues preuves. Et nousregrettonsque Justin ait cité l'Ancien et le Nouveau Testament sans distinguer assez ses sources, en bloquant les passages les plus éloignés, en se trompant parfois sur leur attribution. Cette imprécision agace, il faut en convenir, une critique tant soit peu exigeante. Le sens historique n'a pas été donné à tous les esprits spéculatifs. Justin en manquait. Mais son évidente sin-
a été fixée au moins quatre ans trop lard par le chronographe Denys le Pelil.
cérité désarme. Que vaudrait la critique si elle n'était avant tout une œuvre de sincérité?
Et c'est aussi pourquoi il fallait indiquer ces imperfections des apologies. Cela constaté, on est mieux à Taise pour rendre hommage à leur très sérieuse valeur. Les textes sont bien choisis. Ce sont encore ceux qu'on propose dans nos manuels d'apologétique. Isaïe en fournit le plus grand nombre, annonçant la Virginité de la Mère du Messie, les souffrances et les humiliations de l'homme de douleurs, son exaltation et son triomphe. Les mêmes textes avaient servi dans le dialogue avecTryphon. Ils montrent en Jésus-Christ celui que tout Israël attendait, l'envoyé de Dieu, destiné aussi à instruire les gentils et à les réconcilier avec Dieu. Mais ils ne suffisent pas à prouver sa divinité. Saint Justin a du le comprendre, puisque, dans la controverse avecTryphon, il a eu recours à d'autres textes. On se souvient qu'il voyait dans les apparitions de l'Ancien Testament la personne du Fils de Dieu. Par un sentiment très juste delà difficulté pour les païens de suivre cette argumentation, il n'y fait qu'une allusion assez courte ^. Les païens ne pouvaient récuser le raisonnement tiré des prophéties; mais ils étaient trop peu versés dans l'ancienne histoire d'Israël pour s'intéresser à des apparitions anciennes, dont la réalité pouvait leur paraître douteuse.
Telle qu'elle est, avec ses défauts qu'on n'a pas dissimulés, l'apologétique de Justin était de nature