I Apol. LX
Thaïes, le père de la philosophie, a pu, lui aussi, s'inspirer de la p esse ancienne. Ce serait le cas de parler avec Jus. xi de semences dispersées ça et là; mais Platon, voyageur, et voyageur désireux de s'instruire, ne trahit nulle part la moindre accointance avec la Bible. Sur le point de la création, nous voyons très bien ce qui a trompé Justin : s'il a reconnu des expressions du Timée dans la Bible grecque, c'est qu'en effet elles s'y trouvent à peu près, mais parce qu'on a emprunté une expression platonicienne^ pour traduire l'hébreu.
Pourtant ce n'est point sur un fait aussi menu que Justin a bâti sa théorie des emprunts. Elle existait; et il n'avait pas, nous l'avons dit, un sens critique assez aiguisé pour rejeter une tradition déjà très ancienne.
L'histoire des lettres ne connaît pas d'autre exemple d'une aussi énorme mystification.
Les Juifs étaient peu goûtés dans l'antiquité. Les Grecs les traitaient naturellement de barbares. Encore certains barbares avaient fondé de grands empires, cultivé les arts, bâti des temples gigantesques, exercé du moins le commerce ou l'industrie. Des Juifs rien n'était sorti. Cette situation si notoire des fils d'Israël dans la famille des peuples anciens est pour nous un indice que Dieu seul a su, par sa révélation, triompher de leur infériorité naturelle. Mais eux ne l'entendaient pas ainsi. Ils eurent simplement la préten-