I. Ouvrage ciic\ p
morale avec le dogme. Le moment est venu pour lui de dire clairement ce qu'il pense des philosophes, ce qu'on peut attendre d'une saine philosophie, et ce qui lui manquera toujours.
C'était donc bien poser le problème de la raison et de la révélation, dans la réalité, sinon dans les termes exprès.
Les théologiens nous ont expliqué la valeur de ces noms.
La raison, c'est la faculté que Dieu a donnée à tout homme de connaître le vrai. Qu'on l'appelle, si Ton veut, une participation de la lumière divine, mais à la condition de bien entendre qu'elle fait partie de la nature humaine, créée à l'image de Dieu. La révélation, c'est la manifestation, par une lumière surajoutée gratuitement, d'une vérité que la raison n'a pas encore établie clairement ou qu'elle est impuissante à percevoir. Dieu peut l'accorder à qui il lui plaît. Mais elle existe, dune façon pour ainsi dire officielle, dans l'Eglise catholique, résultant du témoignage du Christ et de celui des Apôtres, contenue dans l'Ecriture Sainte et dans la tradition. Elle existait aussi au sein du peuple juif, moins claire et moins complète.
Est-il vrai que Justin ait fait participer à cette révélation surnaturelle quelques philosophes anciens, de sorte que, avant Jésus-Christ, une double lumière ait été répandue par grâce, sur le^s prophètes d'Israël, et sur les sages de la Grèce?
On l'a dit, et M. Aube en particulier aime à parler de la révélation accordée par le Verbe aux
philosophes, formule qui serait inexacte. La pensée de saint Justin est difficile à analyser, mais elle est sûrement tout autre. Sans employer les mêmes mots que nous, il a distingué les mêmes choses.
Un premier point est certain pour lui, sur lequel il n'a jamais varié. L'homme a reçu de Dieu avec sa nature le pouvoir de le connaître et de discerner le bien du mal. Justin ne pouvait opiner autrement ; c'est la doctrine de saint Paul dans l'Épître aux Romains. Nous avons vu que c'était sa croyance avant sa conversion ; il y est toujours demeuré fidèle. C'est un minimum de capacité naturelle, fondant le libre arbitre, et commun à tous les hommes. Ce principe de connaissance n'est pas encore de la philosophie.
Mais la philosophie elle-même serait impuissante à connaître toute la vérité. Justin a prisé si haut les lumières que l'humanité avait reçues du Christ qu'on l'a accusé de voir en Jésus le Maître qui illumine, plus souvent que le Sauveur qui nous a rachetés par son sang. C'est qu'en effet la connaissance de la vérité, complète et pure de toute erreur, nous vient de Jésus-Christ, et cette doctrine, aucune force humaine n'eût pu l'atteindre : « Notre doctrine surpasse toute doctrine humaine, parce que nous avons tout le Verbe dans le Christ qui a paru pour nous, corps, Verbe et âme^. » Avant cette manifestation suprême de la vérité, les prophètes avaient