‹ Saint Justin, philosophe, martyrChapitre 70 sur 106 · I. II yïpol. X · texte numérisé non relu

I. II yïpol. X

reçu de Dieu des lumières supérieures à celles de la philosophie. Dans la doctrine de Justin, c'était encore par l'action immédiate du Verbe qui a apparu aux patriarches avant de s'incarner.

Mais voici le point délicat. Justin enseig-ne que quelques philosophes ont participé à la semence du Verbe. Si les connaissances de cette élite sont encore dues au Verbe, n'est-ce pas par le moyen d'une révélation? Dès lors la vérité, toujours communiquée par le Verbe, l'aurait toujours été de la même façon; entre Socrate et les Apôtres, il n'y aurait de diSerence que dans le degré de participation au même Verbe.

Tirer cette conclusion serait attacher plus d'importance à l'emploi de certains mots qu'au fond des choses, ou plutôt ne pas discerner deux acceptions dans un même mot, le Logos, à la fois Verbe divin et raison humaine.

Il est indispensable de citer les textes :

« Tout ce qu'ont jamais dit et découvert de juste les philosophes ou les législateurs, c'est par l'effort d'une raison imparfaite qu'ils l'ont atteint, grâce a leur pénétration et à leur réflexion. Mais comme ils n'ont pas connu tout ce qui est du ressort de la raison [c'est-à-dire du Verbe] qui est le Christ, ils se sont souvent contredits. Ceux qui ont, antérieurement au Christ, essayé de comprendre et de prouver la vérité par la raison, avec les moyens dont dispose l'humanité, ont été traduits en justice comme impies et téméraires. Celui qui a eu le plus de force pour y

parvenir, Socrate, s'est attiré les mêmes accusations que nous-mêmes^. »

Cette traduction, que j^emprunte à M. Puech-, est certainement exacte, mais elle dissipe déjà l'équivoque en prenant parti sur l'acception du mot logos, Justin en effet semble ici identifier la raison humaine avec le Verbe, Fils de Dieu, et l'incertitude augmente lorsqu'il ajoute que Socrate a connu le Christ « partiellement, car il était et est la raison partout présente, et c'est lui qui a prédit l'avenir, par les prophètes et par luimême, en devenant semblable à nous, et qui nous a donné ces enseignements,... car il était la vertu du Père ineffable et non un produit de la raison humaine^ ».

On ne sait comment sortir de cette difficulté. Si c'est bien le Christ ou le Verbe de Dieu que Socrate a connu, ce fut nécessairement par une révélation. Si ce Christ ou ce Verbe n'est ici que la raison humaine, est-il encore Fils de Dieu? Quel droit avons-nous de le répandre partout, par une sorte — qu'on nous passe le mot — de panlogisme non moins dangereux pour le christianisme que le panthéisme n'est contraire à une saine notion de Dieu?

Justin se devait de dissiper celte obscurité, de distinguer plus clairement le Verbe et la raison, et c'est ce qu'il a tenté, ce qu'il a en somme réalisé, par sa distinction du Logos total

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