‹ Saint Justin, philosophe, martyrChapitre 75 sur 106 · I. I Jpol. XLVI · texte numérisé non relu

I. I Jpol. XLVI

irrévocable de préférer renseig^nement de Dieu à celui des hommes, laissé pénétrer dans sa doctrine trop d'éléments rationnels et de qualité inférieure? Il faut, pour s'en rendre compte, étudier son attitude sur quelques points particuliers. Ils sont peu nombreux. S'il n'a pas entrepris la critique méthodique du paganisme, encore moins a-t-il passé en revue les systèmes des philosophes. La philosophie est pour lui presque une alliée. C'est qu'il ne donne le nom de philosophes qu'aux stoïciens et surtout aux platoniciens. Epicure est cité avec mépris, tantôt en compagnie de Sardanapale, tantôt avec des poètes infâmes pour leurs compositions obscènes ^ Crescens, le cynique, était moins un philosophe qu'un aboyeur ignorant, homme d'argent et de plaisir.

Le stoïcisme méritait plus d'égards ; ce fut, au début de l'empire, le refuge d'âmes fîères et nobles. Saint Justin a cité avec éloges sa morale. S'il a nommé Heraclite parmi les sages persécutés, c'est sans doute que sa doctrine du Logos, quoique fort différente de celle des stoïciens, passait pour avoir ouvert la voie. Sa sympathie pour Musonius est partagée par ceux qui admirent dans ce stoïcien un moraliste sévère, moins jaloux de plaire que Sénèque, moins vulgaire qu'Epictète, moins découragé que Marc-Aurèle. Il ne reproche pas au stoïcisme son orgueil, assez notoire. Le coup d'oeil du philosophe pénètre plus à fond. Il a parfaitement mis à nu le vice radical du système, la con-

Page 1