‹ Saint Justin, philosophe, martyrChapitre 8 sur 106 · I. Ep. XXXI, 8 : sapiens deorum socius, non supplcx · texte numérisé non relu

I. Ep. XXXI, 8 : sapiens deorum socius, non supplcx

nétrant, va droit devant lui, sur tout ce qui l'entoure. Il avait étudié, analysé, comparé, classé tout ce qu'on pouvait atteindre de son temps, dans le monde grec agrandipar Alexandre. Mais après lui personne n'avait été de taille à recueillir l'héritage de sa pensée. Une partie de ses disciples, tel l'auteur anonyme du Traité sur le Monde, à demi stoïcien, avait entrepris de fixer l'aristotélisme auprès de cette cause première que le Maître avait entrevue derrière le voile mobile et varié de l'a nature. Mais le gros des disciples n'élevait pas si haut ses prétentions. On se contentait d'interpréter les textes du Stagyrite, le plus souvent peu attrayants et difficiles, surtout cette merveilleuse création de la logique, abstruse dans la forme, mais nécessaire à quiconque voulait raisonner avec quelque rigueur. Il était assez naturel que ces commentateurs fissent payer des secrets scientifiques dont on pouvait tirer profit. Le penseur qui sonde la vérité dans son âme refuse de trafiquer des fruits de sa pensée . Les péripatéliciens n'avaient pas de ces scrupules. Après quelques jours d'initiation laborieuse, le précepteur que Justin s'était donné l'invita à fixer un salaire « afin que leurs relations ne restassent pas inutiles )) !

Ce contrat parut sordide à un disciple ingénu. Il n'avait pas songé que la philosophie fût à vendre . Il fallait encore se pourvoir ailleurs.

Il s'adressa à un pythagoricien très célèbre et très fier de sa sagesse.

Pythagore avait, dit-on, écrit sur la porte de son école : « Que nul n'entre ici, s'il ne sait la géo-

mélrie ». Et cette tradition s'était perpétuée parmi les tenants, longtemps rares, de la spéculation pythagoricienne. Ce n'était pas qu'on prétendît trouver Dieu par un théorème de géométrie, mais on le considérait comme l'abstraction suprême, insaisissable sans une longue préparation de l'esprit. Avant d'arriver a l'unité, il fallait étudier le nombre, répandu dans l'univers et manifesté dans la gamme des sons; avant d'atteindre Dieu, auteur de l'ordre, il fallait avoir entendu la musique des sphères célestes. Les mathématiques et la géométrie faisaient abstraction des formes naturelles sensibles et raisonnaient sur la quantité. Il ne restait plus qu'un degré a franchir pour étreindre la substance une et infinie, a Penses-tu donc, disait le pythagoricien, contempler un jour quelqu'une des choses qui contribuent au bonheur, si tu n'as appris auparavant ce qui détache l'âme des objets sensibles, pour la rendre capable des intellectuels, afin qu'elle voie le beau et le bien en eux-mêmes^ ? » C'est bien ce que dit Platon dans la République ; si cette théorie est attribuée ici à Pythagore, c'est donc que les disciples de ce dernier reprenaient sans scrupule leur bien où ils le trouvaient. Sur cette préparation scientifique indispensable , ils ne composaient pas. Justin, lui, était pressé de trouver Dieu. Un instinct secret lui disait que le Père de tous les hommes n'a pu exiger d'eux de si longs eflForts, qu'il doit être facile de s'enquérir de devoirs qui

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