Les penseurs de la Grèce, II
pour lutter avec le christianisme sur le plus pur concept de Dieu. Justin était au contraire entraîné par sa foi chrétienne, héritière du monothéisme juif, vers l'idée d'un Dieu créateur. C'est sur ce point, nous venons de le voir, qu'il cite Platon. Le Dieu de Justin est un Dieu qui sait tout et qui gouverne le monde, ce n'est donc point un Dieu abstrait, dépourvu de nature et de personnalité, un Dieu qui ne saurait, sans un intermédiaire, créer le monde ni s'aboucher avec lui. Nous verrons, à propos de la théologie du Verbe, combien il était important de fixer ce point ^.
L'erreur de Justin ne fut donc pas d'imposer au christianisme les spéculations de Platon ; ce fut plutôt de lire le philosophe avec un esprit si préoccupé des vérités chrétiennes qu'il croyait les reconnaître dans son texte.
C'est ainsi que Platon aurait eu le pressentiment du rôle de la croix et de ses rapports avec le Fils de Dieu, ou plutôt il aurait mal compris le symbole du serpent d'airain, qui figurait Jésus en croix. Confusion singulière ! Platon parlait de l'âme du monde, et la forme X signifiait le croisement de l'équateur et de l'écliptique. Justin assimile l'âme du monde au Fils de Dieu et l'X à une croix. Il faudrait encore que Platon ait parlé du Logos. Cela est moins étrange. Le mot ne se trouve pas dans les dialogues authentiques, mais bien dans VEpinomis et, peu auparavant, l'exégèse de Plutarque avait su trouver le Logos même dans