‹ Saint Justin, philosophe, martyrChapitre 84 sur 106 · I. Voir le chapitre vi · texte numérisé non relu

I. Voir le chapitre vi

le Phèdre. Et voici encore qui est bien extraordinaire. La deuxième lettre de Platon contenait cette formule énigmatique : <( et une troisième chose relativement aux troisièmes » : Justin y voit une allusion à la troisième personne divine ! Et tout cela pour prouver les emprunts de Platon et sa dépendance de Moïse ! L'esprit de l'apologétique juive ne porta pas bonheur au trop naïf apologiste chrétien.

C'est peut-être à cause de cette erreur où il fut engagé qu'on ne trouve pas dans saint Justin un premier système de conciliation entre la foi et la raison, ou plutôt — car la droite raison ne saurait contredire la foi — un usage méthodique de la raison dans l'explication des vérités de foi. Mais il y a déjà un appel au témoignage de la raison sur les vérités essentielles qu'enseigne aussi le christianisme : l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme, la distinction du bien et du mal, le jugement après la mort, avec ses récompenses ou ses peines. C'était déjà faire choix, comme alliée du christianisme, de la philosophie spiritualiste de Platon. Justin ne pouvait que montrer la voie. La grande œuvre fut reprise par Origène, avec trop d'engouement pour la philosophie. Il était réservé à saint Augustin de tracer les grandes lignes qui servirent à saint Thomas d'Aquin pour construire la Somme théologique. Mais le modeste précurseur ne doit point être oublié!

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