Dial. CV
Aujourd'hui l'Église exprime sa foi par cette formule : un seul Dieu, c'est-à-dire une seule nature, en trois personnes. Mais au temps de Justin, la distinction entre la nature et la personne n'était point en usage. Il s'exprime donc avec une netteté trop crue en disant que le Fils est a un autre Dieu », mais du moins sa pensée est claire. Le Logos de Philon, lumière intermittente, ne se distinguait du Père que par intervalles. Justin connaît cette théorie, mais il la rejette. II en est, dit-il, qui donnent des noms différents d'ange, de gloire et d'homme à la puissance divine, selon le rôle qu'elle joue, mais ils ne la distinguent pas réellement du Père. « Ils disent qu'on ne peut ni couper, ni séparer cette puissance du Père, pas plus qu'on ne peut couper et séparer la lumière du soleil sur la terre, du soleil qui est dans le ciel : quand il se couche, la lumière disparaît. De même le Père peut, lorsqu'il le veut, disent-ils, projeter sa Puissance, et lorsqu'il veut, la ramener en lui-même ^ » Mais Justin craint que dans ce cas la distinction entre le Père et le Fils ne soit que nominale, ou modale, comme on disait déjà, en préludant à l'hérésie de Sabellius. Il veut une distinction réelle, sans cependant séparer le Fils du Père, et ici les termes dont il se sert sont en parfaite harmonie avec la doctrine de Nicée : (( J'ai dit que cette puissance avait été engendrée du Père par sa Puissance et sa Volonté, non point par ampu-