CHAPITRE VII
On a pris l'habitude, parmiles critiques protestants, de nommer saint Irénée et Tertullien Pères de l'Église catholique. On veut dire par là que les diflférentes Églises, obligées de lutter contre les hérésies gnostiques, se sont groupées plus solidement pour constituer une seule Église, avec son canon des Écritures, son principe de la tradition, sa hiérarchie et sa liturgie. Mais comment l'Église serait-elle sortie victorieuse d'un combat où elle serait entrée sans l'unité qui seule pouvait assurer le succès ? L'unité qui est si ouvertement constatée à la fin du second siècle, saint Ignace en avait déjà le sentiment profond quand il a prononcé le nom d'Église catholique. L'Église elle-même est sortie une du Cénacle, puisqu'elle avait un chef, Pierre, institué par Jésus-Christ.
Saint Justin est un précieux anneau dans cette chaîne de l'histoire. Né à Naplouse, philosophe à Éphèse, directeur à Rome d'une école de théolo-
gie, il se sent partout chez lui comniegmembre de l'Église chrétienne. Comme docteur il ne signale nulle part de divergence essentielle . Son grand cœur était fait mieux qu'un autre pour comprendre l'union des âmes dans la foi, comme au temps de la communauté primitive de Jérusalem^ : « Un seul cœur, une seule âme. » C'était toujours la même chose, bien que les croyants fussent maintenant répandus dans tout le monde romain. Aussi disaitil àTryphon : «C'est à ceux qui croient en lui, lui sont unis dans une même âme, une même assemblée et une même église, que le Verbe de Dieu parle comme à sa fille, l'Église qui est constituée de par son nom et participe à son nom, car tous nous nous appelons chrétiens 2. »
Quand le peuple fidèle chante aujourd'hui encore le Credo à l'unisson, il exprime ce que disait Justin : « par le nom de Jésus nous avons cru COMME UN SEUL HOMME au Dicu qui a fait toutes choses^. » Cette Église, malgré son unité, est ouverte à tous les hommes : « Le Christ a servi aussi et jusqu'à la servitude de la croix pour les hommes de toute race, de toute couleur et de tout visage, il les a acquis par le sang et le mystère de la croix ^. » Désormais ils constituent un peuple élu, purifié, saint, une race sacerdotale : (( par le nom de son fils premier-né, nous avons dépouillé les vêtements sordides, c'est-à-dire les