Dial CTII
2. LippEï-T, Qiiae fueiint Justini martyris ar.o(jLvy)[JLov£u- [j.aTa..., Hulis Saxonum, 1901.
Apôtres étaient lus dans les réunions liturgiques. C'était donc un corps d'ouvrages parfaitement déterminé, semblable à celui des Prophètes,
Il est vrai que Justin a puisé ailleurs que dans les évangiles canoniques certains traits relatifs à la vie de Jésus : qu'il est né dans une caverne, que les Mages venaient d'Arabie, que saint Jean- Baptiste enseignait assis, que l'un de ceux qui se moquaient du Crucifié a dit : a Que celui qui a ressuscité des morts se sauve lui-même. » Mais il est peut-être ici l'écho d'une tradition orale, recueillie en Palestine, où déjà l'on devait montrer la grotte delaNativité.Et s'il s'est servi d'écrits apocryphes, le crédit qu'il leur faisait ne suffit pas à les égaler aux quatre évangiles. L'usage de ces écrits ne sera pas répudié même par un Clément d'Alexandrie, beaucoup plus érudit que Justin. Et cependant Clément mettait les quatre évangiles absolument à part, et au-dessus de tous les écrits qui prétendaient raconter quelque chose de la vie du Sauveur.
Ainsi Justin est un témoin précieux et irrécusable de la foi de l'Eglise dans les Ecritures sacrées qu'elle tenait des Apôtres. Les évangiles sont, comme il est juste, au premier rang. Saint Paul ne pouvait manquer d'exercer son influence; elle est sensible en bien des endroits, surtout dans l'exégèse de l'Ancien Testament, pour ce qui concerne la foi d'Abraham, le véritable Israël, la réprobation des Juifs. On a remarqué cependant, et avec raison, que Justin s'est beaucoup plus directement inspiré de saint Jean. Le Verbe do-
mine sa théologie plus que la justification par la foi. Ce n'est pas qu'il ait méconnu ce point capital de la doctrine chrétienne; il sait et professe que nous sommes purifiés, que nous sommes sauvéspar le sang de Jésus -Christ. Mais, soitqu'il s'adresse à des juifs, soit qu'il s'adresse à des gentils, il n'avait aucune raison de se prévaloir de l'Apôtre.
La haine que lui portaient les juifs s'est fidèlement transmise dans la Synagogue jusqu'à nos jours. Tryphon, si susceptible, ne se serait-il pas cabré davantage à ce seul nom? Au contraire il eût été de bonne guerre d'exposer aux gentils le large universalisme de saint Paul. Mais était-il opportun et facile de leur exposer la supériorité de la grâce et de la foi sur les œuvres de la Loi? Jésus est le Messie promis aux Juiis, l'apologiste le soutenait de toute sa force contre Marcion, mais, pour les gentils, c'était le Verbe, maîlre des vérités nécessaires au salut. Très soucieux d'établir le libre arbitre contre la négation stoïcienne, de montrer que la prescience divine dans la prophétie ne portait pas atteinte à la liberté, l'apologiste n'a pas cru devoir épuiser toute la question de la prédestination et du péché originel.
Aujourd'hui encore ces dogmes sont réservés a la théologie, et il ne faut pas oublier que nous ne possédons parmi les œuvres de saint Justin rien qui ressemble à un traité de théologie. Et peut-être, après tout, n'a-t-il pas pénétré très avant dans la pensée de saint Paul. Saint Jean Chrysostome, qui a exalté l'apôtre en termes ma-
gnifiques, a-t-11 lui-même été jusqu'au sens profond de rÉpître aux Romains?
Ce qui est certain, c'est que la pensée de suivre un christianisme moins paulinien qu'un autre n'est pas venue à l'esprit de Justin. Il ne connaissait qu'une doctrine, celle des Apôtres. Elle était contenue dans le Nouveau Testament; elle se transmettait aussi, vivante et inaltérée, dans la tradition de l'Église. C'est à ce propos surtout que la perte du Traité contre toutes les hérésies est déplorable. Peut-être contenait-il en propres termes le symbole de la foi, que nous nommons Symbole des Apôtres, tel qu'il était transmis aux catéchumènes à Rome ou en Orient. D'ailleurs on en retrouve les articles à chaque pas dans ses ouvrages, si bien qu'on a pu le reconstituer, soit sous la forme romaine, soit sous la forme orientale.
C'était le résumé le plus auguste de la tradition. Si Justin n'a pas eu l'occasion de prononcer ce mot à propos de l'Eglise, il aime à rappeler l'enseignement qu'il a reçu, en même temps que les autres fidèles. Tous sont, dans l'ordre intellectuel, des enseignés, et ils sont prêts à transmettre à d'autres ce qu'ils ont appris ^ : rien de plus clair pour exprimer la tradition vivante au sein de l'Eglise. Du Verbe, source unique de vérité, la doctrine religieuse parvient ainsi à chaque fidèle, telle que les apôtres l'ont comprise et l'ont prêchée.
Or Jésus-Christ n'était pas seulement, grâce à