Wibert, op, cit., Liv. I, ch. ii
sur cet enfant prédestiné, la vaillante chrétienne dont le chroniqueur renonçait à décrire la sérénité de la dévotion, l’abondance et la profusion des aumônes, la persévérance dansToraison et la rigueur inflexible dans les durs travaux de la pénitence ? Elle le nourrit de son lait, le soigna de ses mains, dirigea ses facultés naissantes et, quand il eut atteint sa cinquième année, se souvenant des mystérieux avertissements qui avaient tant flatté sa tendresse, elle songea à lui donner un maître selon le cœur de Dieu.
Nombreuses étaient les écoles épiscopales ou monastiques qui sollicitaient les préférences du comte Hugues et de son épouse. Outre les cloîtres d’Allemagne et de Bourgogne que sans doute ils jugeaient trop éloignés, Strasbourg, sous la direction du chanoine Adolphe et du scolastique Hézelon, Metz et Toul, sous l’impulsion de leurs évêques, Adalbéron 11(984- ioo 5 ) et Berthold (996-1 019), pouvaient avec raison se disputer leurs suffrages. Ils se prononcèrent pour Toul : Berthold, en effet, se faisait admirer de ses contemporains par son amour de la ^ éritable distinction ; il avait enrichi son église et sa ville de trésors et d’ornements de tout genre ; il avait décoré la cité de nombreux monuments, fait fleurir partout, parmi les clercs et parmi les moines, la plus stricte régularité, et groupé, autour de la chaire de son écolàtre, des élèves aussi distingués par la naissance que par le talent.
Au premier rang de cette jeunesse studieuse, brillaient Adalbéron, le fils de Thierry de Bar, duc de Lorraine, l’éphémère évêque de Metz*, et son cousin
I. A la mort d’ Adalbéron II, évêque de Metz (ioo5), Thieirjr duc de la Haute-Lorraine, obtint pour son fils, encore enfant, la succession de ce siège épiscopal. Mais Thierry, fils de-
Adalbéron qui, lui aussi, monta, mais pour plus longtemps, sur la chaire de saint Clément. Tous deux étaient les parents de Brunon et, si le premier fut emporté, dès 1007, par une mort prématurée, le second, plus avancé dans ses études, fut donné comme moniteur à son petit cousin : « Désireux avant tout, dit Wibert% de plaire à Dieu, ce jeune maître s’essayait, avec une énergie supérieure à son âge et à ses forces, à crucifier sa chair et il était tellement consumé du saint amour que, dès son premier apprentissage de la vie chrétienne, il semblait avoir atteint la perfection. »
Dès lors, ce fut entre le disciple et le mentor une touchante émulation. Unis par une affection profonde, ils poursuivaient tout ensemble la carrière des lettres et la pratique des vertus, et chacun se réjouissait des progrès de son ami. Ils l’emportaient sur tous les autres par leurs talents, par leurs succès, comme par la parfaite distinction de , leurs manières, et c’est ainsi excité ét soutenu que le fils du comte Hugues parcourut la série des sept arts libéraux. En s’adonnant au Trivium^ c’est-à-dire, à la grammaire, à la rhétorique, à la dialectique, il se fit remarquer, non seulement dans les exercices de style et dans les compositions poétiques, mais aussi dans les controverses judiciaires où sa pénétration saisissait vite la question et où la promptitude de sa décision" excellait à débrouiller les difficultés. Ses succès ne furent pas moindres dans les études qui
Sigefroy de Luxembourg, qui en avait été nommé administrateur canonique, parvint à supplanter le jeune prélat. De là, entre Bar et Luxembourg, une longue guerre, pendant laquelle Adalbéron III mourut (1007).