I. Wibert, op, cit,j liv. I, ch. ni
composaient le Quadrivium^ rarithraétique, la géométrie, la musique et l’astronomie. Bref, c’était un élève accompli, au rapport de son historien, et ce que nous apprendrons de sa vie, nous permet de penser que l’archidiacre Wibert ne s’est point abandonné sur ce point à un penchant trop fréquent chez les hagiographes.
Durant les premières années, son âge encore tendre, l’éloignement, la nécessité des études ne lui permirent guère de revoir le foyer paternel ; mais, plus tard, quand il fut moins astreint aux exigences scolaires, il prit l’habitude de faire de longs et fréquents séjours, soit à Dabo, au milieu des forêts vosgiennes, soit à Eguisheim, fier château qui se dressait au rebord de la plaine alsacienne et qui semble avoir été le manoir ancestral des comtes du Nordgau. Si longtemps sevré des joies domestiques, il jouissait alors, dans la paix et le calme de la famille, du bonheur le plus doux. Entouré de la tendresse de ses parents, de raffection de ses sœurs et de ses frères, surtout de son frère Hugues, pour lequel il semblait avoir une sympathie profonde, il s’édifiait, tout en se livrant aux exercices variés oii se plaisaient alors les jeunes chevaliers, aux exemples d’une vie foncièrement chrétienne et au spectacle d’une maison parfaitement gouvernée : c’était, pour le futur pontife, un heureux complément de l’éducation qu’il recevait à l’ombre du moûtiér toulois.
Il grandissait ainsi, autorisant par sa piété, ses vertus, ses succès, les plus magnifiques espérances. Le regard de son père se reposait sur lui avec complaisance et sa mère, conservant toujours dans son cœur les pressentiments qu’elle avait eus dès avant sa naissance, se prenait à rêver pour lui de hautes
destinées. Un jour, il lui sembla qu’elle entrait, par le château épiscopal, dans la cathédrale de Toul; et l’évêque Gérard, qui naguère était mort en odeur de sainteté, venait à sa rencontre, détachait l’étole qu’il portait à son cou et la lui déposait su r le bras : et Heilwige aussitôt d’être persuadée que le bienheureux prélat voulait son fils pour successeur. Mais tant de promesses furent sur le point de sombrer.
C’était durant l’un de ces séjours au château d’Éguisheim ; un soir d’été, Brunon s’était endormi dans une chambre très agréable. Une bête venimeuse, un crapaud peut-être, lui monta sur le côté droit du visage et, plaçant ses pattes sur la joue et les lèvres, l’oreille et le menton, se mit à le mordre et à le sucer. Réveillé par la douleur et sentant cet immonde contact, il jette un cri, saute à bas de son lit et parvient à s’en débarrasser. Au bruit qu’il fait, les serviteurs accourent : l’animal avait disparu; mais la blessure n’en subsistait pas moins réelle. Le visage, le cou, la poitrine même du jeune homme enflèrent et le mal fit de tels progrès qu’on fut bientôt réduit au désespoir. Deux mois se passèrent ainsi dans la plus cruelle angoisse ; depuis huit jours déjà, le malade ne pouvait plus parler, quand il lui sembla voir, étant parfaitement éveillé, une échelle lumineuse qui, partant de son lit, traversait la fenêtre et se prolongeait jusqu’au ciel. Et un moine, le corps enveloppé d’une auréole et la tête couronnée d’une blanche chevelure, tenant en main un long bâton que terminait une croix, descendit les échelons; arrivé près de lui, il lui appliqua la croix sur les lèvres, puis sur les parties tuméfiées, refoula le pus derrière l’oreille droite et le fit sortir sans douleur. Après quoi, il remonta son mystérieux che-
mm. Sur le champ, Brunon ressentit un grand soulagement ; il recouvra la parole et put rassurer ses parents éplorés. Quelques jours plus tard, la plaie cessa de suppurer : la guérison était complète. Tous, autour de lui, crurent à un miracle et lui-même, de la bouche de qui le chroniqueur tenait ce récit, voyait dans son libérateur le bienheureux Benoît, que Ton avait sans doute coutume de figurer déjà ayant à la main le signe de notre rédemption.
Cette persuasion accrut sa dévotion et celle de tous les siens envers le patriarche de l’ordre monastique ; mais la reconnaissance toutefois ne le porta point, comme d’aucuns l’ont avancé sans preuves suffisantes, à prendre le froc religieux dans l’une de ces nombreuses abbayes qui ornaient alors la Lorraine et l’Alsace, la Bourgogne et l’Empire de leur blanche parure et dont plusieurs avaient pour fondateurs, bienfaiteurs ou abbés des membres de sa maison. Sentant retentir, au plus intime de son être,
1 appel du souverain Maître, il resta fidèle à l’Église de Toul, son Église d’adoption, et là, dans le cloître de la cathédrale Saint-Étienne que Berthold avait fait reconstruire, parmi le clergé que ce prélat zélé venait de soumettre aux statuts imposés par l’archevêque Ludolf, son consécrateur, aux chanoines de Treves, il monta successivement les degrés de la cléricature et s’acquit, dans toutes les branches des études sacrées, théologie et droit canon, exégèse et musique, cette science profonde et solide que ses contemporains s’accordèrent à reconnaître^.
I. « Il était profoiidément versé dans toutes les sciences ecclésiastiques...; il renouvela et restaura toutes les études sacrées, a tel point qu’avec lui une lumière nouvelle parut se lever sur le monde. » (Didier du Mont-Cassin, Dialog. III,
Il venait d’avoir dix-sept ans et il était sans doute fort avancé dans ses cours, quand, le 25 août lOip, mourut Berthold, son maître vénéré. Il semble — du moins les paroles de Wibert permettent de le supposer — avoir eu quelque peine à s’habituer à Hermann, chanoine de Cologne, que l’empereur saint Henri II avait désigné aux suffrages du chapitre toulois, car, dit le chroniqueur* « au décès du seigneur Berthold, Brunon ne refusa pas d’accorder à son successeur la même déférence » . Il paraissait avoir continuellement a l’esprit cette maxime du pape Grégoire : « Qu’il n’ait pas la hardiesse de commander celui qui n’a point appris à se soumettre : nul n’a le droit d’exiger d’un inférieur une obéissance qu’il ne sait point donner à un supérieur. » Chez Hermann, en effet, prélat pieux et zélé, la douceur et la mansuétude ne s’alliaient point toujours a l’exercice de l’autorité. Un jour, s’il faut en croire Raoul Glaber, il aurait, dans un accès d’hu-, meur contre les moines de Saint-Epvre, levé sur Widric, leur prieur, un bâton bien peu pastoral et Guillaume, l’abbé de Saint-Bénigne, informé de l’incident, aurait remarqué que ceci répondait pleinement a son nom, Hermann, qu’il traduisait par homme sauvage*.
dans Watterich, Pontîf, rom, vitse^ i, gS). — « Il scrutait sans relâche les saintes Écritures » (Catalogue^ donné par Walterich, op, cit,^ gS). — « Il ne dédaignait pas d’appeler (à l’appui de ses thèses) le témoignage des auteurs païens (Anon. Bénév., cité par Brucker, op, cit.^ ii, 44 o)ï etc.