I. Brucker, op. cit., I
demanda des hommes. Sans composer son entourage exclusivement de cénobites^ ni même sans appeler auprès de lui des personnalités comme Pierre Damien, il donna sa confiance à plusieurs disciples de saint Benoît. A côté du diacre Pierre qu’il maintint dans les fonctions importantes de chancelier de la sainte Eglise et de Jean, évêque de Toscanella, qu’il fit cardinal-évêque de Porto, de Dominique, patriarche de Grado, et de Pierre, métropolitain d’Amalfi, nous trouverons dans ses conseils Halinard, Humbert, Hildebrand, Étienne, moine de Cluny, Didier, religieux du Mont-Cassin, le futur Victor III, etc. Les exhortations suprêmes du vénérable Guillaume, de Saint-Bénigne, avaient donc porté leurs fruits : grâce à la sagacité du pontife, le secours arrivait du cloître à l’Église et s'annonçait invincible.
Léon se mit sans retard a cette grande croisade de restauration. Après avoir pris congé des Romains et laissé Hildebrand, avec la charge de veiller aux intérêts matériels et à la réforme de la grande abbaye de Saint-Paul-hors-les-Murs, il quitta la Ville éternelle, quelques jours après le concile, et, dans la semaine qui suivit la Pentecôte, il ouvrit un synode à Pavie.
Nulle part, la dépravation du clergé n’était descendue si bas qu’en Lombardie. S’il est faux que les métropolitains de Milan et quelques-uns de leurs suffraganls n’aient point respecté la loi du célibat, il n’en est pas moins avéré que la plupart des prêtres et des diacres étaient mariés, et ils allaient jusqu’à prétendre qu’une telle violation des canons était un privilège de l’Église de Saint-Ambroise, laquelle n’avait point, disaient-ils, à se régler sur l’Église
romaine \ L’archevêque, Guido ou Guy, clerc d’une naissance très modeste, que Henri III avait choisi, en 1045, de préférence à quatre autres, et que le clergé avait d’abord repoussé comme « sentant encore la campagne », trompait toutes les espérances de l’empereur : il pratiquait la simonie et ses mœurs ne déconcertaient point la malveillance. De plus, il manquait de prestige et d’énergie pour réprimer les abus, et, de gré ou de force, les nobles et les puissants installaient leurs fils dans les grasses prébendes. C’était donc, paraît-il, la volonté d’attaquer le mal dans l’un de ses foyers les plus infectés qui portait le pape à faire en cette région sa première étape. Pavie était d’ailleurs la ville des conciles : trois ans auparavant, Henri III y avait provoqué un synode et Benoît VIII, en 1018, y avait présidé une des assises ecclésiastiques les plus importantes qui furent tenues au commencement du xi® siècle pour la réforme du clergé.
Que se passa-t-il dans cette assemblée de la Pentecôte 1049? documents ont disparu, qui pourraient nous renseigner : peut-être là, comme en bien des endroits, gênaient-ils les coupables ? Mais, selon toute vraisemblance, Léon dut renouveler, soit les canons du concile romain, soit les décrets du synode de 1018 qui s’en rapprochaient fort. Il jetait ainsi, sur cette terre ingrate, de nouveaux grains de la bonne semence.
Puis, il passa les Alpes, au col du Grand-Saint- Bernard, ayant hâte de joindre Henri III et de s’aboucher avec lui. Chemin faisant, à la prière de leurs abbés, il confirma les privilèges de Cluny et