‹ Saint Léon IX (1002-1054)Chapitre 25 sur 44 · I. Migne, Pa/r., /a/., CXLIII · texte numérisé non relu

I. Migne, Pa/r., /a/., CXLIII

de longues années, l'abbaye de Woffenheim eut le privilège de fournir la rose d’or que, de temps immémorial, les papes ont l'habitude de bénir, le quatrième dimanche de carême.

Léon ne s'oublia point dans l'évocation des souvenirs si doux de ses parents et de son enfance, ni dans l’hospitalité respectueuse et empressée que lui offrit son neveu, Hugues, en son château d’Eguisheim. Le 23 de ce même mois de novembre, il célébra la fête de saint Clément, sur les bords du lac de Constance, dans l’abbaye de Reichenau, l’un des centres les plus importants de la science et de la ferveur monastiques en Allemagne. L’année précédente, à Rome, il en avait bénit l’abbé, Ulrich, et il dut éprouver beaucoup de consblation à y converser avec un moine contrefait et perclus, Hermann Contract, l’un des hommes les plus érudits de son temps. Et, poursuivant sans jamais ni se reposer, ni se lasser, sa pérégrination apostolique, il remonta vers Donawerth, sur le Danube. Un de ses parents, le comte Mangold, ayant obtenu de l’empereur de Constantinople une relique de la vraie Croix, venait d’y bâtir un monastère pour recevoir cet inestimable trésor. Léon en consacra l’église, le 3 décembre, installa comme abbesse Gundrade, la fille du fondateur, soumit directement ce cloître au Saint-Siège et lui imposa comme redevance annuelle une chasuble, une étole garnie d’or, un manipule et un cordon. Pendant qu’il procédait aux cérémonies de la consécration, on amena un démoniaque furieux que de lourdes- chaînes et des bras robustes suffisaient à peine à mâter. Les grincements horribles de ce forcené, ses frémissements et ses cris étouffaient les chants, liturgiques. Le saint allait commencer le Canon ; distrait par le tumulte, il fit

(le la main un simple signe, pour commander à l’esprit de se tenir tranquille. Et, sur-le-champ, le démon devint muet et le possédé, délivré de ses liens, se retira paisiblement chez lui.

Cette guérison excita l’admiration de tous et elle dut remplir d’espoir l’âme du serviteur de Dieu : ne travaillait-il point pour Celui auquel Satan est contraint d’obéir?

En quittant Donawerth, il remonta par Augsbourg, où il consacra l’église Saint-Gall, traversa les Alpes, passa à Vérone les fêtes de Noël et rentra à Rome, dans les premiers jours dejanvier de l’an io5o. Son absence avait duré un peu plus de six mois; mais, en s’agenouillant sur le tombeau de l’ Apôtre, il pouvait remercier le Seigneur. La Papauté avait gagné considérablement à ce voyage : elle s’était affirmée vis-à-vis de tous : ce n’était plus un jouet des ambitions et des partis; c’était une force dont l’impulsion ne se détournait, ni ne cédait devant rien.

Page 1