I. Jaffé, Regesta^ n® 3x
porte un de ses satellites^ « il réduisit à néant, par nombre d’arguments, les accusations, comme s’il les eût broyées avec une masse de plomb ». Tandis qu’il se justifiait devant le concile, avant même qu’il ne fût autorisé à présenter ses protestations sur la bulle de préséance octroyée a son confrère de Ravenne, ses gens en vinrent aux mains avec ceux de Humfroy. La lutte fut vive; il y eut des blessés; mais, s’il faut en croire le chroniqueur milanais, d’ailleurs très suspect, l’Eglise de saint Ambroise remporta la victoire. Et Léon IX assistait impuissant a ce triste et puéril combat : on peut mesurer par là quel travail lui incombait encore, pour que la Papauté recouvrât complets son prestige et son autorité.
Le synode rémois avait ajourné à ce concile romain la décision de deux causes : celle de l’archevêque de Reims, prévenu de simonie, et celle des évêques bretons qui, de leur propre initiative, avaient constitué la province de Dol.
Guy ne semble point s’être rendu au concile : mais, comme il resta dans sa chaire métropolitaine, il est à croire qu’il se disculpa, à la satisfaction du souverain pontife. Un témoin oculaire*, nous signale comme présent à cette assemblée, Hugues, diacre de l’Église de Reims : c’était peut-être le mandataire du prélat.
L’évêque de Dol et ses prétendus suffragants firent défaut à l’appel du chancelier. Ils furent excommuniés par contumace, et parce qu’ils refusaient à la
1. Landulf, Historia Medtolanensîs^ dans Perlz, Mon, Germ, hist,^ S. S., X, yS.
2 . Anselme, dans son Jtinerarium, cité par Héfélé, op, clt,^ VI, 325.
métropole de Tours la soumission prescrite par les saints canons, et parce que leur élection et beaucoup de leurs fonctions épiscopales étaient entachées de simonie. La sentence fut signifiée par bulle à Conan, prince des Bretons, au comte Alain et aux autres chefs bretons, avec prière d’en assurer l’exécution, et, par un excès de condescendance, les coupables étaient encore invités à venir se disculper devant le prochain synode, lequel se tiendrait à Verceil, au mois de septembre ; mais aucun d’eux n’y parut.
Hugues, l’évêque excommunié de Langres, ne se montra point si rebelle. Il fit piéds nus le pèlerinage de Rome et se présenta devant le concile, sans chaussures, à peine vêtu, ayant à la main des verges, pour en être frappé. Miséricordieux et bon, comme il l’était, Léon pardonna tout à son repentir ; il leva la censure èt lui remit les insignes de l’épiscopat, avec faculté d’en user, si toutefois l’Église de Langres ou toute autre voulait le recevoir comme premier pasteur. Mais cette permission demeura vaine : le prélat mourut saintement, sur le chemin du retour, des jeûnes et des pénitences qu’il s’était imposés.
Gelduin, métropolitain de Sens, avait été également déposé a Reims. Aussitôt sa condamnation connue, son clergé et son peuple s’étaient rassemblés et avaient élu Maynard, évêque de Troyes, son ancien compétiteur : ce n’était pas entièrement conforme aux canons ; Gelduin s’en plaignit auprès du Saint- Siège. Sa requête fut agréée : Maynard et lui furent cités devant le synode romain et destitués tous deux. L’illégalité ainsi réparée, la déposition de l’ancien métropolitain fut maintenue et l’évêque de Troyes, nommé à sa place.
Foulques, évêque d’Amiens, avait été, lui aussi, atteint par les exécutions rémoises. Vraisemblablement, il parvint à faire lever l’excommunication qui le frappait, car il aurait eu mauvaise grâce â se porter devant ce synode pascal accusateur des abbés de Corbie et de Saint-Riquier, monastères de son diocèse. Au premier, il contestait — toujours la même et imtante question — l’exemption dont il se prévalait, vis-à-vis de l’autorité épiscopale; au second, il reprochait de confesser et de prêcher sans son autorisation dans la circonscription de son Église. La cause de l’abbé de Corbie fut ajournée au concile de Verceil ; quant à Gervin, l’abbé de Saint-Riquier, il se disculpa pleinement et l’exercice de son apostolat fut d’autant plus facilement encouragé que le pasteur, chez Foulques d’Amiens, s’éclipsait trop souvent devant le chasseur.
Geoffroy-Martel, le belliqueux comte d’Anjou, avait aussi été mandé devant le concile. Depuis plusieurs années, il retenait captif l’évêque du Mans, Gervais, et, malgré toutes les remontrances que la cour romaine lui avait adressées, il ne consentait point à relâcher son prisonnier. 11 ne se présenta pas et ne se fit point excuser. Léon IX alors dut recourir aux grands moyens et venger l’immunité des clercs, en jetant l’interdit sur les états du délinquant.
Avec Eusèbe Brunon, évêque d’Angers, ce Geoffroy-Martel était le dévoué protecteur de Bérenger. Les idées de l’hérésiarque commençaient à se dégager de l’imprécision du début : elles n’allaient à rien moins qu’à nier la présence réelle de Jésus dans la divine Eucharistie : ce n’était point le vrai corps, le vrai sang du Christ qui sont cachés sous les espèces du pain et du vin, mais une similitude, une figure.
L’archidiacre d’Angers avait en particulier formulé cette thèse dans un écrit qu’il envoya, vers la fin de l’année 1049, à Lanfranc, l’un des principaux théologiens de l’époque. Le messager, n’ayant point trouvé le destinataire, en son abbaye du Bec, confia sa missive a des clercs et ceux-ci, justement alarmés des assertions qu’ils y notèrent, ne turent point leurs appréhensions. Finalement, l’opuscule suspect fut apporté à Rome. On en donna lecture en pleine séance du concile : l’erreur apparut notoire et Lanfranc lui-même, malgré son renom de vertu et de doctrine, faillit être compromis. Fort heureusement, il se trouvait là ; il put dissiper les malentendus et les faux bruits qui commençaient à circuler sur son compte. Quant à Bérenger, il fut provisoirement frappé d’excommunication et sommé de venir s’expliquer à l’assemblée de Verceil : décision juste qui sauvegardait les droits de l’inculpé, mais prévenait les fidèles contre les dangers de son enseignement.
Ces prochaines assises qui devaient se réunir en Lombardie, s’annonçaient donc comme très importantes. D’ailleurs, dans le plan que nous voyons se développer, tous ces conciles, romains ou régionaux, formaient comme les mailles d’un filet et ces mailles allaient se resserrant, ramenant au Sauveur toutes les contrées et tous les ordres de la société chrétienne.
Non content de rappeler, comme auparavant, les défenses déjà portées, Léon IX enjoignit, au nom de saint Pierre et de l’Eglise romaine, aux clercs et aux laïques de s’abstenir de toute relation avec les prêtres et les clercs qui ne respecteraient point les obligations de leur vœu de chasteté. C’était plus qu’un appel à l’opinion : c’était une mise au ban de l’Église ; à
défaut de la conscience, le souci de la considération et l’intérêt devraient agir sur les coupables.
Enfin, avant de clore les travaux du synode, Léon se souvint de Tout et du pontife qui, dès le début de son épiscopat, avait été pour lui un protecteur et un modèle. Il avait imité de Gérard la dévotion à la chaire de Pierre, l'attachement à l’ordre monastique, les vertus du prêtre et du pasteur : il voulut donner un gage de paternel attachement à son Église tant aimée et un témoignage de filiale gratitude h son bienheureux prédécesseur. De l’assentiment unanime, lecture faite de la vie et des miracles de son héros, il inscrivit au nombre des saints, Gérard, le trente-troisième évêque de Toul. La bulle de canonisation fut signée de cinquante-cinq évêques, de trois cardinaux diacres et de trente-deux abbés : c’est même à ce document que nous devons de connaître le nom et la qualité des membres de ce concile romain.
Pour assurer le succès de cette réunion, le pape comptait, comme toujours, après le secours d’En- Haut, sur ses tournées apostoliques et sur la collaboration des moines. Devant se trouver à Verceil en septembre, il ne jugea point opportun de traverser les Alpes, cet été-là : il se partagea entre Rome et la Toscane; tout au plus, poussa-t-il une seconde pointe vers le sud. 11 surveillait ainsi l’exécution des canons et des sentences de l’assemblée synodale et il stimulait le zèle de ses collaborateurs, parmi lesquels se distinguaient, en ces régions, les disciples de Jean Gualbert, les moines de Vallombreuse.
Cependant les Sarrasins, maîtres de la Sicile, de l’Afrique et de l’Espagne, infestaient les côtes d’Italie. Repoussés, ils revenaient sans cesse et constituaient
un danger permanent. Un de leurs chefs les plus hardis, Muset, venait de reprendre la Sardaigne à la république de Pise et de jeter le découragement dans toutes les cités maritimes. Les Pisans se trouvaient alors en guerre avec les Lucquois et ils craignaient de se découvrir, en se hasardant à une lointaine expédition. Ils se résignaient donc ii leur échec; mais Léon IX veillait à Phonneur et aux intérêts de la chrétienté. Il caressait Tespoir de con fédérer un jour contre le Maure les deux empires d’Orient et d'Occident; en attendaùt la réalisation de ce beau rêve, il ne pouvait souffrir que des enfants de l’Église parussent reculer devant les séides de Mahomet. Il députa un légat aux Pisans, pour les exhorter à préparer sans retard leur revanche et pour leur promettre, en cas de succès, la pleine et entière possession de leur conquête, sous la sauvegarde et la suzeraineté du Siège apostolique. Il leur fit ménager une trêve avec leurs voisins et c’est à son initiative que la république de Pise dut de reprendre la Sardaigne et de s’annexer la Corse en même temps. Muset, grièvement blessé, fut fait prisonnier et l’Europe, délivrée d’un redoutable corsaire.
A l’époque fixée, le i®** septembre, le souverain pontife se trouvait à Verceil. Ce n’était point sans raison qu’il revenait en Lombardie tenir comme la session complémentaire du concile romain : sur cette terre trop infestée des maux de ce temps, il voulait renouveler l’effort du synode de Pavie. Le mal était si général qu’à son insu il descendit et prit l’hospitalité chez un prélat de relations douteuses, l’évêque même du diocèse.
Lanfranc, sur son désir, l’avait accompagné ; beaucoup de prélats avaient répondu à sa convocation ;
mais Bérenger n'était pas la. La nouvelle de sa condamnation, rapportée en France par Richer, abbé de Saint-Julien de Tours, avait fort irrité le novateur. Il aurait bien voulu la contester ou la nier; mais le témoin était irréfragable : il déclara du moins que Ton avait agi avec une précipitation sacrilège et qu’il est contraire à tout droit de frapper quelqu’un sans l’entendre. Désireux avant tout de se recruter des partisans dans la lutte qu’il prétendait soutenir, il se rendit en Normandie. Il y avait de vieilles relations ; l’abbé du Bec était en Italie et le duc Guillaume, encore très jeune, serait facilement circonvenu. Ses prévisions furent déçues : Ausfroid, abbé de Préaux, l’un de ses amis, ne voulut point l’entendre; Guillaume, malgré son inexpérience, eut assez de prudence pour le mettre en présence de théologiens et ce colloque de Brionne ne tourna point à son avantage. Aussi aurait-il ajourné volontiers une conférence contradictoire que lui proposèrent des clercs chartrains. Mais on ne fit point son jeu : un chanoine, nommé Arnoulf, et plusieurs de ses confrères le contraignirent à s’expliquer et, aux injures dont il les accabla dans la suite, on peut deviner qu’il ne se retira point victorieux et satisfait.
Il allait répétant, et ses amis le redisaient après lui, qu’il n’était point tenu par le droit canon à comparaître devant un tribunal ecclésiastique, en dehors des limites de sa province métropolitaine. Toutefois, était-ce comédie ou condescendance? il sembla disposé a se rendre à la citation pontificale. Mais il était chanoine de l’église Saint-Martin de Tours et le roi en était l’abbé : il prétexta qu’il ne pouvait entreprendre un tel voyage sans autorisation de son supérieur et il vint à la cour de France. Peut-être
espérait-il gagner à sa cause Henri I et se servir de lui pour braver le pape et le concile; mais le monarque était déjà prévenu contre ses menées et, si peu théologien qu’il fût, il prévoyait les troubles religieux et sociaux que de pareilles témérités et les discussions qu’elles entraîneraient, ne manqueraient point de susciter. Sans autre forme de procès, il confia le novateur à la garde d’un de ses pages et le retint en captivité. Il se réservait de faire juger sa cause par un concile d’évêques français et, tout en croyant défendre l’intégrité du dogme et procurer la paix à son royaume, il restait fidèle a sa réserve méfiante vis-àvis du souverain pontife, à son aversion pour toute ingérence de la cour romaine dans les affaires même ecclésiastiques de son royaume. Ce n’est pas d’hier que datent les libertés de l’Église gallicane !
A Verceil pourtant, on ignorait tout cela et on traita Bérenger en contumace obstiné. Il assurait ne propager que les sentiments de Jean Scot Érigène, sur le mystère de l’autel : on lut donc tout d’abord le livre du docteur irlandais et, d’une commune voix, on condamna cette thèse : a L’Eucharistie est le symbole, la figure, la ressemblance du corps et du sang de Jésus-Christ. » — « Si nous sommes encore aux figures, s’écria le chancelier Pierre, quand aurons-nous la réalité ? » On prit ensuite connaissance des doctrines soutenues par l’archidiacre d’Angers et la sentence d’excommunication fut maintenue et confirmée. Deux clercs se trouvaient là, amis de Bérenger. L’un, comme lui, chanoine de Saint-Martin, entendant quelqu’un répondre à une question du pape : « C’est un hérétique », s’écria : « Parle Dieu tout puissant, vous mentez! » L’assemblée lui eût fait mauvais parti, ainsi qu’à son compagnon : celui-
ci, en effet, ne s’avisa-t-il point de protester contre ce qu’il appelait la mise en pièces de Jean Scot? mais le pape les fit emmener tous deux et ainsi les préserva de toute violence.
L’assemblée de Verceil fut donc houleuse et mouvementée. Il nous est impossible toutefois, faute de documents, de nous rendre compte de son activité et de son influence. Nous ignorons les solutions qui furent données aux différentes affaires que le synode romain y avait renvoyées; mais l’exemple qu’il fit du métropolitain de Ravenne, nous est garant que Léon IX ne se départit point de sa noble indépendance et de sa vigilante fermeté.
Humfroy, chapelain de l’empereur, avait dû à la confiance de Henri III l’archevêché de Ravenne : le monarque allemand, toujours soucieux d’établir solidement son pouvoir dans la péninsule, savait qu’il pouvait compter sur lui. Mais Humfroy ne se content^ point de ce rôle pourtant déjà plus politique qu’épiscopal : fier de son crédit et se sentant appuyé par un parti qui se fortifiait à la cour contre le trop zélé pontife, il éleva de fières prétentions. Il disputa la préséance au patriarche d’Aquilée, au métropolitain de Milan; puis, sans aller jusqu’à revendiquer, après l’un de ses prédécesseurs, une indépendance complète pour le siège illustré par saint Apollinaire, il entreprit contre les biens de l’Église romaine et usurpa des droits dont la Papauté jouissait sur l’Exarchat. Plusieurs de ses collègues allemands l’encourageaient, même ouvertement, satisfaits de le voir ainsi engager la bataille. L’un d’eux, Nitger, évêque de Freising, qui parcourait l’Italie comme messager de l’empereur, était passé par Ravenne et, le félicitant sans détours, il s’était
emporté en invectives et en menaces contre le successeur de saint Pierre. « Que mon cou soit tranché par le glaive, s’était-il écrié ^ si je ne lui fais pas enlever les honneurs de la charge apostolique. » Il fallait briser cet esprit de superbe et de rébellion : le pape n'hésita point. Il excommunia Humfroy, prouvant une fois de plus que rien, fût-ce la faveur ou le courroux des rois, ne le ferait reculer, ne le détournerait de son chemin.
Les mêmes considérations qui l'avaient amené h Verceil, le portèrent à traverser les Alpes : n’avait-il point à continuer de renforcer l'action des synodes qu'il avait présidés l’année précédente? D’autres motifs encore s’y ajoutaient, qui sollicitaient son esprit et son cœur : il voulait revoir son diocèse lorrain, procéder à la translation solennelle des reliques de saint Gérard... et il avait tant de graves questions à traiter avec l’empereur! Il passa donc le Mont- Saint-Bernard et, le 22 septembre, il célébra la fête de saint Maurice, en l’abbaye d’Agaune. Halinard et Hugues, de Besançon, l’accompagnaient, toujours ses inséparables, et deux évêques voisins, Frédéric, de Genève, et Aymon, de Sion, étaient venus à sa rencontre. Ce cloître fameux se trouvait alors dans un grand dénuement : il lui octroya diverses faveurs, pour l’aider à se relever, et, après trois jours de repos, il partit pour la Franche-Comté. Un prieuré, jadis
I. Wibert (op, cit,^ II, 7) mentionne, à cette occasion-ci, le mot et le châtiment de Nitger, lequel fut frappé soudain d*un terrible mal à la gorge et mourut quelques jours après. — Herman Contract {Chronicon^ ann, loSa) place l’anecdote de Nitger plus tard, lors de la nomination de Henri, comme successeur de Humfroy, à Ravenne. — La donnée de Wibert me parait plus acceptable.
fondé par saint Romain et saint Lupicin, le retint, le 27 septembre, dans les montagnes du Jura. Cette maison avait jadis été confiée à la protection du Siège apostolique ; le temps ne Tavait point épargnée ; mais elle venait d’être restaurée par Conrad II et donnée par lui aux moines de Cluny. C’était assez pour que le pape s’y arrêtât : il y dit la messe, sur l’autel de saint Pierre, et il laissa un diplôme qui affirmait les droits du Saint-Siège et appelait sur le monastère la bienveillance de Henri III, des évêques et des grands de Bourgogne. C’est ainsi que, chemin faisant, par ses revendications et ses faveurs, ses exhortations ou ses menaces, il rendait toujours plus sensible l’action de la Papauté.
Dans cette tournée apostolique, il s’était proposé de donner à l’un de ses plus dévoués collaborateurs une preuve de sa paternelle gratitude. Le 3 octobre, il consacra le maître-autel de la cathédrale de Besançon et, à cette occasion, il enrichit le trésor de cette métropole d’une relique du martyr saint Étienne. Une foule nombreuse était accourue à la cérémonie : il lui adressa la parole, accorda, pour ce jour et son anniversaire, à perpétuité, aux pèlerins contrits et repentants, l’indulgence du tiers de la peine due à leurs péchés, décida que toutes les églises du diocèse célébreraient l’anniversaire de cette fête, comme celui de leur propre dédicace, et, désirant témoigner quel intérêt il portait à l’institution de la Trè\fe de Dieu^ il comprit ce jour et sa vigile, la foire qui s’y tiendrait et les personnes qui s’y rendraient, dans cette suspension d’armes que les évêques français travaillaient à promouvoir. La messe ne serait dite qu’une fois par jour à cet autel par lui consacré et, sauf invitation spéciale du cha-
pitre ou de Tarchevêque, la célébration en serait réservée à sept chanoines qui prendraient le nom de cardinaux et qui, à certaines solennités soigneusement désignées, auraient le droit de porter avec la dalmatique, la mitre et les sandales, insignes épiscopaux.
Léon IX, se trouvait, en cette circonstance, entouré de son chancelier Pierre, d’üdon, primecier de Toul, de Hugues et de Halinard, de Frédéric, l’évêque de Genève, qui l’avait suivi depuis Saint- Maurice d’Agaune, de Guy et de Gauthier, évêques de Chalon et de Mâcon, diocèses voisins, de Kilian, évêque de Sutri, et de Georges, évêque de Kolocza. Ce dernier prélat venait de le joindre dans la Comté : il était chargé par le roi André de l’intéresser aux affaires de Hongrie.
La réaction payenne qui avait chassé le roi Pierre, l’ami et le protégé de l’empereur, et avait ébranlé les institutions du roi saint Étienne, était enfin domptée et André, l’élu du parti national, devenu seul chef après tant d’anarchie, avait entrepris de fléchir le ressentiment de Henri III. Les négociations traînaient en une longueur inquiétante, empêchées plus encore par les calculs de l’ambition que par le souvenir des offenses passées : le monarque allemand, on le sentait, voulait faire de la terre des Madgyars un fief du Saint-Empire. Le roi André avait profité du répit, pour fortifier ses positions et se créer des appuis ; mais il n’en restait pas moins préoccupé de l’avenir. Voulant tout ensemble éviter une guerre imminente et maintenir son indépendance, il se tournait vers le père commun des fidèles et sollicitait sa médiation. Léon IX n’eut garde de rejeter cette requête : n’est-ce point le rôle de la
Papauté de s’entremettre entre les princes chrétiens ? Il retint donc quelque temps le messager hongrois; il s'enquit soigneusement des détails de la cause et il donna une solution, aussi conforme aux lois de l’équité que propre à ramener les bonnes relations. Il demanderait à Henri III, pour les Madgyars, une amnistie complète; mais ceux-ci, en gardant leur autonomie, ne refuseraient point de prêter hommage, comme au temps du roi Pierre et de payer les anciennes redevances au chef du Saint-Empire. Il se réservait sans doute d’entretenir son cousin de l’affaire à leur prochaine entrevue; mais, pour bien montrer ses intentions bienveillantes et pour préparer les esprits, il envoya au peuple de saint Étienne des légats apostoliques, prédicateurs de la paix.
A Besançon, il avait pris contact avec les évêques bourguignons; il voulut faire de même envers les prélats français. Il poussa donc jusqu'à Langres. Hugues, l'évêque excommunié, était mort, repentant et absous, avant d’être rentré dans le Bassigny. Hardouin, son successeur, n’était point encore sacré, de même que Frotmond, le successeur de Maynard, de Sens, sur le siège de Troyes. Tous deux peut-être attendaient le passage du souverain pontife. Léon exauça leurs vœux; mais, toujours respectueux des usages reçus, il pria Halinard, le métropolitain de Lyon, de procéder à la cérémonie.
A côté de ces joies, Langres lui réservait un cruel chagrin. Le cardinal Pierre, bibliothécaire et chancelier de l'Église romaine, mourut en celte ville. Depuis le 26 février 1049^ il avait signé toutes les bulles; il avait suivi son chef dans toutes ses courses apostoliques; bon et hdèle serviteur, il tomba la
plume à la main : la dernière bulle h laquelle il apposa son nom, porte la date du 7 septembre io5o. Il fut enseveli dans le chœur de l’église cathédrale Saint-Mammès et les sceaux furent confiés provisoirement à Udon, le primecler de Toul.
Ni à Besançon, ni à Langres, ni a Toul où nous le retrouverons bientôt, Tinfatigable champion de la restauration ecclésiastique ne semble avoir tenu de synode. L’action du concile de Reims s’était sans doute maintenue dans ces régions et la présence du pape, ses entretiens, ses avis devaient suffire à la renouveler, puissante et salutaire. Il continuait pourtant son rôle de justicier et d’arbitre; des prélats accusés de simonie venaient, même de très loin, se disculper devant lui : tel Ulf, évêque de Dorchester. On lui soumettait les différends : ainsi, les chanoines de Saint-Mammès réclamaient aux moines de Saint-Bénigne la dîme d’une vigne que ces derniers possédaient à Givry ; les parties entendues, le pape, se souvenant que l’abbaye dijonnaise avait été dédiée au prince des apôtres, répondit* : « Par l’autorité des saints Pères, mes prédécesseurs, il a été décidé que toute Église consacrée au bienheureux Pierre ne doit payer à une autre Église, ni dîme, ni redevance. » Ét les chanoines durent s’incliner. Vraiment, à voir une telle succession de voyages et de cérémonies, d’exhortations et de sentences, de concessions de privilèges, d’affaires et de soucis, on demeure émerveillé de tant d’activité, de zèle et travaux.
Léon IX ne pénétra pas plus loin dans les terres de
I. Chronîcon S, Benignî Dîvîonensls ^ cité par Brucker, op, cit.y II, 181 .
Prance : craignait-U que ne se reproduisît T équipée de l'année précédente ? avait-il hâte de se retrouver dans son diocèse toulois, puis de gagner l'Allemagne ? Dès le milieu d'octobre, il était en Lorraine. Il avait fixé le 20 de ce mois, pour procéder à la reconnaissance et à la translation des restes de saint Gérard. Les fêtes durèrent trois jours, au milieu d'un concours immense de clercs et de fidèles, et la foi populaire fut récompensée par un bon nombre de miracles. Aussi, le grand évêque demeura l'objet d'une vénération profonde et, durant des siècles, son autel, dressé dans le transsept nord de la cathédrale*, fut visité par une foule de pèlerins. L’anniversaire de cette solennité grandiose fut célébré, jusqu'à la Révolution française, par le clergé du diocèse et, aux louanges du bienheureux Gérard, se joignait un hommage de gratitude envers le pontife qui l'avait glorifié.... Mais, où sontles fêtes d'antan !
En ces mêmes jours, le 22 octobre, comme gage de son affectueux intérêt, Léon IX confirma les biens et les privilèges du chapitre de sa cathédrale. Udon, le priraecier, était venu à Verceil, solliciter cette reconnaissance que les corps ecclésiastiques avaient coutume de demander aux papes et aux empereurs, après leur avènement : il eut la joie d’en signer la bulle, en qualité de chancelier de l’Église romaine*.
1. L’autel de saint Gérard fut remplacé, à la fin du xyiii” siècle, par celui du Sacré-Cœur, érigé par Marie Leczinska (Eug. Martin, Hîst. dioc, Toul^ II 554).
2 . S, Léo IX canonicorum ecclesiæ S, Stephani Tullensis privilégia confirmât.... Datum Tulli^ in majori ecclesia^ per manus Udonîs^ Tullensis Ecclesiæ primicerii^ cancellarii et bibliothecarii sanctæ apostolicæ Scdis, XI kal, jNov,.,. C’est la première bulle que nous ayons, signée d’Udon. (Migne, Pair, lat,, CXLIII, 656 et sq.).
Ce fut, seloQ toute apparence, durant ce séjour à Toul que le pape proposa son chancelier aux suffrages de ses chanoines. 11 avait jusque-là gardé le titre d’évêque et la haute administration de son diocèse ; mais il se sentait accablé sous le poids des affaires : le souci de toutes les Eglises ne lui laissait plus la liberté nécessaire pour veiller avec assez de soin sur < le troupeau chéri que son départ pour Rome avait laissé dans le deuil 9 . Durant deux ans, il avait éprouvé son homme : il crut donc pouvoir se reposer sur lui et lui confier ses ouailles tant aimées. Mais il était trop respectueux des droits et des traditions, pour publier aussitôt cette nomination ; il la réserva secrète, jusqu’au moment où il en aurait conféré avec le métropolitain de Trêves et l’aurait fait agréer de l’empereur, suzerain du comté épiscopal. Udon continua donc de tenir la place du chancelier Pierre et de suivre le souverain pontife dans sa tournée pastorale.
Le pape évêque demeura quelque temps dans sa ville et dans son diocèse, distribuant les faveurs apostoliques et se prodiguant à son ordinaire. L’année précédente, à son passage en Alsace, il n’avait pu, faute de temps, se rendre à l’invitation de sa cousine, l’abbesse Ode de Luxembourg, et présider lui-même la translation des saints de Remiremont : il avait dù se contenter de déléguer pour cette cérémonie Hugues, l’archevêque de Besançon, et le primecier Udon. Cette fois, Ode et ses religieuses furent plus heureuses; leur église venait d’être rebâtie : Léon accepta de la consacrer. Il confirma les possessions de l’abbaye Saint-Mansuy ; il sanctionna l’organisation du prieuré Saint-Bertaire et Saint-Athalène, à Bleurville, dont il avait naguère dédié l’église ; il
assura à Tabbaye de Cluny l’agrégation du prieuré de Relaoges, conclue quelques années auparavant par le fondateur, Riquin, comte de Darney.
Les diocèses voisins ne furent point oubliés. A la prière des évêques Thierry et Adalbéron, des bulles analogues de confirmation furent octroyées à Saint- Airy, de Verdun, et à Saint- Vincent, de Metz. Dans ce dernier cloître, divers groupes de religieux étaient rassemblés, qui chantaient sans interruption les louanges du Seigneur : c’était une Laus perennis^ à la façon des vieilles abbayes. Mais le danger de cette fédération pieuse était de manquer de cohésion : pour y pourvoir, il fut défendu, sous peine d’anathème, aux moines de se soustraire par une vie vagabonde aux rigueurs de la règle et de chercher à se faire recevoir dans d’autres communautés.
Puis, comme intermède à ses labeurs, Léon revit sa douce Alsace ; mais là, non plus, il ne se reposa. L’abbaye de Hesse, près du château de Dagsbourg, avait été fondée par son aïeul, le comte Louis, et achevée par ses parents ; sa nièce Gerberge en était l’abbesse. Hugues, son frère, celui qui fut, au temps de son adolescence, le charme de son cœur, y dormait le dernier sommeil, à côté de ses oncles, Gérard et Matfroy. C’était, comme Woffenheim, un monastère de famille. Comment aurait-il pu repousser l’invitation que lui firent sa belle-sœur, Mathilde, et Henri, son neveu. 11 consacra trois autels de l’église, accorda diverses faveurs et décida, selon la coutume qui prévalait alors, que le maître-autel, sauf permission de l’abbesse, serait réservé aux archevêques, à l’évêque diocésain et au semainier.
11 passa sans doute par Dabo qui lui rappelait des souvenirs si chers et qui d’ailleurs se trouvait sur
sa route, et, le 17 décembre, il était au Holienbourg. Ce sanctuaire, dédie à sainte Odile, la patronne de l’Alsace, comptait parmi ses bienfaiteurs des membres de sa famille ; plusieurs de ses proches y étaient inhumés. Cinq ans auparavant, il en avait consacré l’église ; mais, des termes mêmes de la bulle, il semble ressortir que la prospérité matérielle et la ferveur y subissaient une dépression. Il venait y infuser une vitalité nouvelle, et sa bénédiction porta ses fruits : il fallut une cruelle série de désastres pour contrarier, deux siècles plus tard, l’essor puissant qu’il imprima.
Maintes églises d’Alsace conservent pieusement le souvenir de la visite qu’elles reçurent de lui ; mais la date en est imprécise et l’historien hésite entre les voyages de 1049, io 5 o, voire même de io 52 . Il paraît plus probable d’en rattacher le plus grand nombre au séjour relativement plus long qu’il fit, en cette année io 5 o, sur les terres de sa patrie.
La liste, du moins, et encore ne sera-t-elle point complète, nous montrera l’obligeance inlassable du bienveillant pontife : ce ne sont pas seulement des monastères aimés de ses parents, des châteaux, qui eurent l’honneur de le posséder : il ne dédaigna point les églises paroissiales, ni même les petits pèlerinages locaux, se prodiguant a ses compatriotes avec une bonne grâce parfaite.
S’il accorda une bulle à l’abbaye d’Altorf qui gardait le tombeau de Hugues, son aïeul paternel, et s’il consacra l’église du prieuré d’Œlemberg, doté par la pieuse Heilwige ; s’il consacra la chapelle Sainte-Catherine, au château de Ferrette, propriété des puissants comtes de Montbéliard et de Mousson, ou le sanctuaire de Saint-Himiterius, au manoir de
Vorbourg, ou encore celui de Saint-Pancrace, dans l’enceinte des nouveaux châteaux d’Eguisheim, il consacra de même les églises d’Hippolskirchen, de Bergholszell, d’Ottmarslieim, les chapelles Saint- Maurice, à Sigolsheim, etSaint-Régule, à Kientzheim. Strasbourg aussi lui attribue la dédicace de l’église Saint-Pierre-le-Jeune, des oratoires Saint-Michel et Sainte-Walburge. On peut penser combien populaire en Alsace était le fîls si bienfaisant des comtes d’Eguisheim ; combien durable fut le souvenir qui s'attacha à ses pas.
Léon s’était si longtemps abandonné aux charmes du pays natal, parce que l’empereur était en Saxe, retenu par un heureux événement : le 1 1 novembre, l’impératrice Agnès lui avait donné un fils. A cet héritier impatiemment attendu, le père donna son propre nom, ne se doutant guère qu’il livrait ce nom de Henri à l’exécration de l’histoire, et il voulut lui procurer comme parrain l’abbé de Cluny, dont il vénérait l’éminente vertu. En vain, Hugues s’excùsat-il sur sa mauvaise santé, sur la longueur de la route, sur la rigueur de la saison : il dut promettre de venir à Cologne, lors des fêtes de Pâques, « tenir sur les fonts baptismaux — ainsi lui mandait l’empereur — l’enfant dont il avait avec joie salué la naissance, et lui accorder le bienfait de sa bénédiction spirituelle. » Hélas ! tant de pieuse sollicitude devait rester sans résultat ; le filleul du saint moine allait être l’irréductible adversaire de l’inflexible Grégoire VII.
Pourquoi Henri III ne sollicita-t-il point du vicaire de Jésus-Christie service qu’il réclamait de l’abbé de Cluny? son cousin n’était-il point aux portes de l’Allemagne, désireux de le joindre et de l’entre-
tenir ? D’aucuns ont voulu voir dans cette préférence, l’indice d’un refroidissement qui aurait existé entre les deux souverains : l’empereur, déjà peu sympathique à un pape trop indépendant, aurait prêté l’oreille aux propos de prélats envieux et courtisans. Les laits toutefois semblent infirmer cette opinion maligne; car les deux cousins se rencontrèrent à Trêves, en janvier io5i, et, à en juger par les apparences, leurs rapports furent très cordiaux. Henri avait enlevé aux religieux de la riche abbaye Saint-Maximin la ferme de Brechen; sur les remontrances du pontife, il la remit à la disposition de l’autorité apostolique et, bien plus, il demanda, pour ce même monastère, une bulle que Léon IX s’empressa d’accorder.
A Trêves aussi, les deux puissances s’entendirent avec le métropolitain sur le nom du primecierUdon, pour le siège épiscopal de Toul. Le vice-chancelier fut agréé et la bulle qui fut donnée en faveur de Saint-Maximin, le 1 6 janvier io5i, est la dernière, à notre connaissance, qui soit marquée de son contreseing. Pour remplacer le chancelier Pierre, par une attention délicate envers l’empereur et l’épiscopat allemand, le pape choisit Hermann, le puissant archevêque de Cologne. Il le promut cardinal de la sainte Eglise romaine, du titre de Saint-Jean-devant-la- Porte-latine, et, comme il était difficile à ce prélat de se dérober aux obligations que lui imposait son important diocèse, il lui donna comme vice-chancelier Frédéric, son propre parent, le fils de Gozilon II, duc de Basse-Lorraine.
Léon et Henri se rendirent ensemble à Augsbourg et ils y célébrèrent la fête de la Purification. Humfroy, l’archevêque de Ravenne, avait été mandé
dans celle ville, par ordre exprès de Tempereur. Il vint donc, ne pouvant se dérober. Se voyant désavoué par le prince, il quitta ses airs altiers, se prosterna devant le chef de F Église et lui fit amende honorable; mais ce que son corps exécutait, son cœur ne le sanctionnait point. Le pape en avait le soupçon trop fondé ; aussi, aux prières de l'assemblée implorant le pardon du prélat, se borna-t-il à répondre, espérant encore éclairer le coupable. « Que selon ses dispositions, le Tout-Puissant lui accorde la rémission de ses fautes. » Et, comme tous applaudissaient, Humfroy se releva, souriant d'un air dédaigneux, et le miséricordieux pontife de murmurer, les yeux gonflés de larmes : « Le malheureux ! il est perdu ! » Et, en effet, à peine rentré à Ravenne, il fut emporté brusquement par un mal mystérieux. Certains naturellement incriminèrent le poison; d^autres virent dans cette mort une punition divine. Quoi qu'il en soit, une aussi terrible coïncidence n'alla point sans frapper beaucoup les esprits.
Dans ces jours de rencontre, les deux cousins avaient dû s'entretenir des graves affaires qui sollicitaient alors leur attention, les Normands, les Hongrois, la réforme de l'Église et bien d'autres encore. Rien n'est arrivé jusqu'à nous de leurs résolutions; mais, à quelques indices, il nous est permis de supposer que la franchise, la condescendance, la bonté du pape eurent raison de tous les malentendus qui avaient pu surgir. L'opposition elle-même, quelque peu déconcertée, se dissimula prudemment; mais elle n'en continua pas moins de travailler dans l'ombre, comptant bien que ces bons rapports ne résisteraient point à la diversité des intérêts, à la complexité des événements.
L’empereur et le pontife se séparèrent à Augsbourg. Henri III revint sur les bords du Rhin et Léon IX repassa les Alpes. Une bulle qu'il octroya, le 12 mars, aux chanoines de la cathédrale de Lucques*, nous montre avec quelle sagesse et quelle persévérance le saint réformateur poursuivait sa rude mission.
Il les confirmait, selon l’usage, dans la tranquille possession de leurs biens, « parce que, disait-il, les clers qui veulent chastement et saintement servir le saint autel, doivent jouir de revenus certains et suffisants : sans quoi, ils se voient obligés de courir à la recherche du vivre et exposés au reproche de vagabondage. » Mais, hélas! dans le chapitre lucquois, si bien renté fût-il, tous « chastement et régulièrement 9 ne servaient point le Très-Haut et le pape d’ajouter : « Quand Dieu, regardant en pitié l’humiliation de son Église, délivrera la vôtre de ses prêtres mariés, qui doivent être d’ailleurs absolument éloignés de l’oblation divine, il faut que ceux qui mènent une vie dissolue, soient remplacés par des hommes chastes et les biens ecclésiastiques qu’ils détiennent et qu’ils dissipent, reviendront à ceux qui vivent en communauté, selon les saints canons. » Et empruntant, plein d’espoir, les paroles de l’Apôtre, il concluait : « Jusqu’ici les ténèbres régnaient : aujourd’hui la lumière point dans le Seigneur ! Marchez donc, comme des enfants de lumière, et, d’une seule bouche, glorifiez Dieu, le Père de Notre Seigneur, le Christ Jésus, qui est béni dans tous les siècles. »