‹ Saint Léon IX (1002-1054)Chapitre 29 sur 44 · I. Migne, Pair, lat,y CXLllI · texte numérisé non relu

I. Migne, Pair, lat,y CXLllI

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point : nous t’en confirmons la propriété. Avec la bénédiction de ton Fils, conserve ce que tu possèdes, car tu es bénie entre toutes les femmes. Que personne n’ose te ravir tes biens, ni entreprendre sur tes droits! »

Cette bulle est datée du ii décembre io5i : Léon rentrait alors d’une pénible tournée qu’il avait faite dans le sud de l’Italie. Depuis son dernier voyage de pacification, malgré les espérances qu’il en avait rapportées, les Normands ne s’étaient point tenus tranquilles. Guillaume Bras-de-Fer était mort; mais leur confédération avait subsisté, sous les ordres de Drogon, un autre fils de' Tancrède de Hauteville. Bénévent n’était point rassurée et le parti pontifical qui triomphait alors, moitié pour se maintenir contre ses adversaires, moitié pour garantir la ville contre toute incursion, souhaitait vivement la visite du pape et, sans doute, aussi un pacte devasselage, qui assurât à leur ville une efficace protection. Il avait envoyé une ambassade, solliciter ces faveurs; mais Léon connaissait trop l’instabilité de la cité, pour ne point prendre ses précautions. Sur son ordre, Dominique, patriarche de Grado, et le cardinal Humbert, deux plénipotentiaires sur qui il savait pouvoir se reposer, partirent pour Bénévent. Ils reçurent du peuple, avant de passer la porte, une promesse jurée de soumission et de fidélité au pouvoir apostolique et ils revinrent à Rome, en avril, avec vingt otages choisis parmi les notables.

Le pontife, dès lors, pouvait se mettre en route : ses voies étaient préparées. Il ne partit pourtant que vers le milieu de juin. Il célébra la Saint-Pierre dans cette abbaye du Mont-Cassin où sa piété se plaisait à se retrouver, et, comme cette fête tombait un

samedi, jour de Mandatum^^ il tint à laver lui-même les pieds à douze moines; puis, il souffrit qu’on lui rendît le même devoir et il présida au réfectoire le rafraichissement d’usage, restant ainsi fidèle à cette aimable simplicité qui lui conciliait tous les cœurs.

Le 5 juillet, il était à Bénévent. Sur son invitation, Drogon, qu’il savait avoir hérité des dispositions de Guillaume Bras-de-Fer, et Guaymar, son beau-père, le puissant prince de Salerne, vinrent le rejoindre en cette ville. Tous trois conférèrent longuement et de leurs entretiens sortirent des gages sérieux de paix et de sécurité. Drogon promit de défendre la cité et son territoire, et Guayniar se porta garant de la parole de son gendre.

Ce fut donc animé d’une ferme et légitime confiance que, le 8 août, Léon IX partit pour Salerne. Il avait compté sans les autres Lombards. Tous, dans l’Italie méridionale, ne voyaient point d’un œil favorable l’ascendant que prenait le pape sur ces farouches envahisseurs : un rapprochement entre les hommes du Nord et le Saint-Siège n’aboutirait-il point à la reconnaissance de leurs conquêtes? Et, sou$ l’influence de ces sentiments d’égoïsme imprudent, un vaste complot s’organisa. A peine, le cortège papal eût-il quitté Bénévent qu’un massacre se perpétra dans plusieurs villes de la région. Le pieux négociateur crut d’abord a une trahison de Drogon ;

I. Le récit évangélique que l’Eglise fait lire au commencement de la cérémonie du lavement des pieds, commence par c Mandatum novum do vobis..,. Je vous donne un commandement nouveau » (Jean, XIII, 34). D’où le nom de Mandatum donné à cette cérémonie liturgique qui, dans les monastères, se faisait toutes les semaines, le samedi.

mais il fut vite détrompé : le chef normand était tombé l’une des premières victimes.

La nouvelle de cette mort l’atterra : ainsi croulait déjà cette œuvre de pacification à laquelle il avait employé tant de soins, sur laquelle il avait placé de si chères espérances ! Le jour de l’Assomption, il célébra la messe, à Salerne, pour le repos de l’âme de son allié infortuné; puis, il revint à Bénévent : il craignait que le parti hostile ne profitât du désarroi, pour ressaisir le pouvoir et, surtout il redoutait que la colère des Normands ne se portât contre la cité. Humfroy, en effet, le frère plus jeune de Drogon, était révolté de celte brutale et perfide agression; il avait cruellement puni le meurtrier, et ses compagnons se sentaient autorisés â reprendre leurs habitudes de pillage et de dévastation : leurs instints sauvages trouvaient dans les représailles une âpre volupté. « Partout, écrit Léon IX*, des chrétiens étaient égorgés et d’horribles tortures étaient maintes fois imaginées, pour rendre leur trépas plus douloureux. Ni l’enfant, ni le vieillard, ni de faibles femmes n’étaient épargnés. » « Hélas ! qu’avez-vous fait. Seigneur Pape, qu’avez-vous fait? s’écriait un Bénéventin*. Voici que les Normands, devenus pires que jamais, saccagent tout, brisent tout. La désolation nous envahit; les murailles ne suffisent plus à protéger nos villes; un trépas misérable sera notre sort à tous.... Prenez pitié, prenez pitié de nous et, si vous êtes un pasteur, défendez vos brebis, selon votre devoir de pasteur! »

Des cris aussi poignants s’élevaient de tous les

1. Lettre à Constantin Monomaque, (Migne, op. et loc, cit.^ 777 et sq.)

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