‹ Saint Léon IX (1002-1054)Chapitre 31 sur 44 · I. Lettre à Const. Mon., loc, cit · texte numérisé non relu

I. Lettre à Const. Mon., loc, cit

I(à8 SAINT LÉON IX.

doute à les mater. Mais le prince de Salerne était en guerre avec Amalfi et il ne tint point à se brouiller avec des gens dont il pouvait avoir besoin.

Le pape revint donc à Rome, dans le courant de l'automne, sans avoir abouti. Il comptait un peu sur les Grecs, intéressés plus que tous les autres à l'écrasement de ces pillards. Leurs soldats, il est vrai, étaient mous et mal aguerris ; mais leur chef Argyros était brave, actif, entreprenant. Celui-ci d'ailleurs ne se déroba point; mais il fut battu à deux reprises par Humfroy, et l'un de ses lieutenants ne fut pas plus heureux avec Robert Guiscard, encore un autre fils de Tancrède. La domination des Normands devint ainsi plus lourde et, avec leur puissance, s'accrut la terreur de leur nom.

Les graves soucis que lui causait la situation critique de la Basse-Italie, ne détournaient point toutefois le vigilant pontife du gouvernement de l'Église et de sa grande œuvre de restauration. A peine de retour dans la Ville éternelle, soit effet de sa tendre dévotion envers saint Benoît, soit plutôt désir de contrôler par lui-même certains bruits fâcheux, il se rendit à Subiaco, le célèbre berceau de la vie monastique en Occident. A la nouvelle de l'arrivée du pape, Othon, l'abbé, prit la fuite et se cacha à Tréva : il se sentait coupable et redoutait une condamnation. Mais, avec Léon IX, la justice devait avoir son cours. Othon fut donc poursuivi et, se voyant chassé par les habitants de Tréva, il se réfugia en Campanie, dans le monastère de Sainte- Cécile, où il termina ses jours. Il s’était ainsi exécuté lui-même et le chapitre, sous la présidence du souverain pontife, lui donna pour successeur un moine français, nommé Humbert. Selon l’usage, les

religieux sollicitèrent une bulle qui confirmât leur abbaye dans la possession de ses biens et de ses privilèges. Leur requête fut agréée et Ton procéda sur le champ à l’examen de leur chartier. Des gens de Subiaco se présentèrent alors, alléguant leurs droits sur quelques-uns des domaines du couvent : ils produisirent des titres à l'appui de leurs revendications; mais — chose fort commune au moyen âge — plusieurs de ces diplômes furent reconnus faux et, sur l’ordre du pape, incontinent jetés au feu. La bulle demandée fut expédiée, le 3 i octobre io5i; elle assurait a l'antique monastère la jouissance de ses propriétés.

Léon était heureux d'obliger ainsi, meme au temporel, des fils de saint Benoît; mais, quelle que fut son affection pour le clergé régulier, il restait attentif aux abus que pouvaient amener des tendances parfois envahissantes, x II nous est revenu que plusieurs personnes, agissant d’une manière perverse, s’efforcent de porter atteinte à l’unité de l’Église, mandait-il aux évêques d’Italie, en 1062, sans doute à propos du synode pascal : nous voulons parler de ces abbés et de ces moines qui, inspirés non point par la charité, mais par un âpre amour du gain, ne cessent de circonvenir les laïques qu’ils peuvent attirer dans leurs filets, pour les déterminer à laisser, soit de leur vivant, soit après leur mort, tous leurs biens et possessions a des couvents, sans faire le moindre legs aux églises dont ils dépendent et où ils ont reçu le baptême, la pénitence, l’Eucharistie et la nourriture spirituelle de leurs âmes. » Ce n’est point à de telles rivalités que doivent se dé-

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