‹ Saint Léon IX (1002-1054)Chapitre 32 sur 44 · I. Migne, op, et loc» cil · texte numérisé non relu

I. Migne, op, et loc» cil

penser des âmes consacrées h Dieu : pour les prévenir, il décida que, des donations qui désormais seraient faites à un monastère, la moitié serait prélevée pour l’église du donateur. « 11 n’est pas juste, remarquait-il après saint Paul, que ceux qui ont pris part à la peine, soient exclus des consolations : celui qui a travaillé, doit recevoir la récompense de son labeur. » Salomon lui-méme n’aurait pas mieux jugé.

Cependant le cœur du bon pasteur le poussait à visiter encore le sud de la péninsule et à tenter un nouvel effort, soit pour la paix, soit pour la guerre. Le 20 mai io52, il était à San-Germano, au pied du Mont-Cassin, entouré d’une escorte nombreuse de prélats et de gens dévoués, et il datait de ce lieu une bulle en faveur de la célèbre abbaye.

Son but était, semble-t-il, de décider Guaymar; par Capoue et Bénévent, il voulait pousser jusqu’à Salerne; mais le beau-père de Drogon tomba, le 2 juin, victime d’un complot. Gisulf, son fils, ne dut la succession paternelle qu’à l’appui des Normands : se tourner contre eux eût été de l’ingratitude, sinon de la témérité. Les Grecs, de leur côté, restaient démoralisés de leurs échecs réitérés. Léon IX n’avait donc plus rien à espérer de l’Italie : force lui fut de se tourner ailleurs. N’était-ce point le rôle de l’empereur, tel que l’avaient conçu Léon III et Charlemagne, Othon le Grand et Jean XII, de prêter au siège de Pierre le secours de son glaive? Henri II n’était-il point accouru au secours de Benoît VIII, menacé par les Sarrazins et les Grecs? et Henri III n’avait-il point déjà, cinq ans auparavant, essayé de réconcilier les Normands et les Lombards? Depuis longtemps.

Léon IX songeait à armer son impérial cousin, pour la caisse de l’Église et de l’humanité : il I en avait sans doute prié, lors de leurs dernières entrevues, à Trêves et a Augsbourg; mais Henri, circonvenu peut-être par certains prélats, était surtout trop absorbé par sa lutte contre les Madgyars, pour se laisser attirer dans la Fouille et la Basilicate.

Les exigences allemandes avaient, en efiet, rendu stériles les pacifiques dispositions du roi André et les bons offices des légats apostoliques : on persistait à vouloir faire du royaume de saint Étienne une province de l’Empire.

Le belliqueux évêque de Ratisbonne, Gebhart, frère de Conrad II, avait ouvert les hostilités, dès io5i, et mené quelques expéditions contre les Hongrois. Il n’avait pas toujours été heureux. Henri III le fut bien moins ; entré lui-même en campagne, dans l’automne de cette même année, il dut reculer devant les dangers d’une guerre de partisans, dans, un pays inondé et durant la saison pluvieuse. C’était un échec qu’il voulait venger au plus tôt, pour l’honneur de ses armes ; un parti nombreux le poussait à la guerre et la lutte s’annonçait décisive. Bien qu’il fût quelque peu rassuré par ses succès récents, André pourtant cherchait encore la paix, mais a des conditions acceptables : il voulait bien être le tributaire, mais non le sujet de l’empereur, et il exigeait l’amnistie pour tout le passé. Ces conditions, le pape seul lui paraissait pouvoir les obtenir. Il envoya donc encore des députés auprès du souverain pontife, pour le prier d’intervenir une fois de plus en sa faveur.

Réconcilier ces deux belligérants et, la paix rétablie sur les bords du Danube, amener en Italie Henri III et ses soldats : cette considération seule

eût sufG, à défaut de ses préoccupations pastorales et réformatrices, pour engager Léon IX à repasser les Alpes. Il laissa donc à Rome, Halinard, un autre luimême, pour veiller aux intérêts religieux de la Ville éternelle et à l’administration générale de l’Église, et il s’en fut en Allemagne, par Padoue et peut-être Venise.

Cependant la guerre était commencée et il rejoignit l’empereur sous les murs de Presbourg. Les habitants se défendaient À>rt bien et le siège durait depuis plusieurs semaines : conclure la paix en ce moment, c’eût été s’avouer vaincu. Henri repoussa donc la médiation pontificale ; mais, au bout de deux mois d’efforts inutiles, il dut se retirer et songer à traiter. André et ses soldats, sentant alors la faiblesse de ceux qui avaient prétendu devenir leurs maîtres, se montrèrent moins accommodants : il fallut toute l’influence du successeur de Pierre pour les amener à composition. L’indépendance de la Hongrie fut proclamée et, comme gage de concorde, la princesse Sophie, fille de l’empereur, fut promise au jeune Salomon, l’héritier présomptif du roi André. Une fois de plus, la Papauté avait rempli son rôle : grâce à Léon IX, le royaume de saint Étienne entrait définitivement dans la famille des États européens.

La déconvenue de l’empereur était un peu couverte par cette intervention opportune et le protecteur des Bénéventins avait quelques droits à compter sur la reconnaissance de son obligé. Les choses s’arrangeaient donc pour le mieux, au profit de la diplomatie pontificale.

Gebhart, évêque de Ratisbonne, l’un des capitaines des troupes allemandes dans cette lutte contré les Madgyars, se plaignait fort de Conrad, duc de

Bavière, son puissant diocésain. Il lui reprochait de vendre la justice, de faire peser sur son peuple un joug intolérable et d’avoir riposté aux remontrances qu’il avait cru devoir lui présenter, par la prise et le pillage de plusieurs de ses domaines. Ce fut sans doute pour vider cette contestation que les deux cousins se rendirent à Ratisbonne. Leur arbitrage fut agréé; peut-être même avait-il été sollicité; mais ses effets ne durèrent point : duc et prélat étaient trop batailleurs pour vouloir céder et demeurer en paix.

Durant son séjour dans cette vieille et importante cité, Léon IX fit la translation solennelle — ce qui équivalait alors à une canonisation — des reliques de saint Wolfgang, l’un des prédécesseurs du belliqueux Gebhart, et de saint Erhard, évêque régionnaire ou chorévêque, qui vécut au viii® siècle et qui, selon la tradition, rendit la vue à sainte Odile : la dévotion de l’Alsacien avait trouvé là de quoi se ménager une douce et patriotique satisfaction.

11 bénit aussi, à la prière des moines, les nouveaux bâtiments de l’abbaye Saint-Emmeran, notamment une crypte et une chapelle dédiées à saint Simon et à saint Jude. A celte occasion, les religieux lui montrèrent les ossements d’un homme dont la mort paraissait remonter à plusieurs siècles. Ils les avaient trouvés en creusant les fondations et, se fondant sur certaines inscriptions, ils prétendaient y voir les restes mortels de saint Denis l’Aréopagile, premier évêque de Paris : ces reliques auraient été volées, remises à l’empereur Arnould et par lui données à leur monastère. Deux envoyés du roi de France qui avaient rejoint l’empereur, se hâtèrent de protester contre de telles assertions et le pape fut bien empêché, lui qui, naguère, dans une bulle,

d’après la persuasion générale, avait reconnu que le corps de l’apôtre dé Lutèce était conservé dans la fameuse abbaye de Saint-Denis*. Nous ne savons comment il trancha ce différend bien caractéristique du temps. Il est probable qu’il ordonna une enquête... mais l’enquête se fit-elle? Quoiqu’il en soit, les moines bavarois ne tardèrent point à fabriquer de toutes pièces une bulle de Léon IX, laquelle consacrait l’authenticité de leurs reliques de saint Denis*. Voilà comment, à cette époque, on inventait reliques et diplômes.

Un pieux devoir attirait le pape à Bamberg : il voulait prier sur la tombe de son prédécesseur. Clément II, dont le cercueil avait été ramené en cette ville. Il s’y rendit, toujours en compagnie de l’empereur, et il y passa la fête de saint Luc, i8 octobre. Comme souvenir de sa visite, il accorda aux chanoines de la cathédrale le droit de porter la mitre, aux grandes solennités; mais, toujours soucieux de son œuvre de rénovation, il recommanda instamment à l’évêque de ne choisir les membres de son chapitre que parmi les prêtres et les diacres les plus exemplaires. L’évêque de Bamberg obtint, de son côté, pour lui et pour ses successeurs, le privilège de prendre le pallium à certains jours déterminés.

Cette Église encore récente avait été formée, en

I. Les moines de Saint-Denis, justement émus, firent, au retour des messagers, l’ouverture de la châsse de leur saint patron, en présence d’un grand nombre de princes, d’évêques et d’abbés, et ils y trouvèrent tous les ossements. Le procèsverbal de la cérémonie fut dressé par le moine Haymon : Detectîo corporum Dionpsif. Areopagiiæ sociorumque ejus, et dom Félibien l’a inséré dans les Pièces justificatives (II* partie, p. i68) de son Histoire de C abbaye royale de Saint-Denys,

a. Mîgnc, Patr, lat , CXLIII, 789 et sq.

1007, par Jean XVIII, à la prière de saint Henri II, aux .dépens des diocèses voisins de Wurtzbourg et d'Eichstædt. Les prélats de ces deux sièges avaient bien reçu quelques compensations; mais ils ne s'étaient point encore résignés à l'amoindrissement de leur circonscription. Adalbéron, en particulier, l'évêque de Wurtzbourg, continuait à émettre des prétentions sur des biens et sur des paroisses, et des membres de son clergé avaient envahi certains domaines du temporel. Les intéressés portèrent leur cause devant le souverain pontife et, lecture faite de la charte de fondation, Adalbéron reconnut de luimême l'inanité de ses revendications. La confirmation des biens et des privilèges de l’Église de Bamberg fut renouvelée par une bulle apostolique : cette Église restait, comme par le passé, sous la suzeraineté du Saint-Siège, tout en demeurant sous la juridiction canonique de l’archevêque de Mayence.

Le titulaire de cette dernière métropole, le pieux Bardon, était mort, en juin io 5 i, et l’empereur lui avait donné pour successeur Luitpold : ce fut de Bamberg, en celte même Saint-Luc, que Léon IX expédia à ce prélat la bulle qui lui continuait la jouissance du sacré pallium, jadis accordé à ses prédécesseurs, et lui octroyait en outre, par faveur spéciale, le droit de porter la mitre romaine, cuphia^ de monter sur un cheval orné d’un naccus^ ou caparaçon blanc, et de se faire précéder de la croix dans les processions et les cérémonies. « Que ces dignités, ô mon fils, concluait le diplôme*, soient relevées en toi par une grande modestie, que ta conduite reste en harmonie avec l’honneur que tu reçois, pour que, avec le secours

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