‹ Saint Léon IX (1002-1054)Chapitre 33 sur 44 · I. Migne, ihid,^ GgS · texte numérisé non relu

I. Migne, ihid,^ GgS

de Dieu, tu ne sois pas uniquement supérieur aux autres par la charge que tu occupes. Que ta vie soit un modèle à tes diocésains... que ta conduite leur soit une exhortation à la vertu.... Ne te laisse point enivrer par la prospérité qui n’a qu’un temps, ni abattre par l’adversité ; mais sache dominer la bonne, comme la mauvaise fortune.... Applique-toi à unir la douceur du pasteur à la juste sévérité du juge.... En toutes choses, sois miséricordieux et ne fais jamais acception de personne.... » En tous ces conseils, il y avait plus qu’une banale formule de chancellerie : il y avait tout un traité des devoirs d’un évêque. Léon IX avait trop d'expérience, pour ne point savoir combien il était nécessaire de recommander à ces prélats féodaux la mansuétude et l'humilité, la dignité de la vie et le respect des droits de tous, du plus faible comme du plus puissant : il ne se lassait point de prêcher de parole et d’exemple, ne se dissimulant point que l’œuvre du Christ est une œuvre de longue patience.

De longanimité et de persévérance, il avait aussi besoin dans les négociations qu’il poursuivait, relatives à l’expédition dans le sud de la péninsule. L’empereur était débarrassé des soucis que lui avaient causés les Hongrois : rien ne paraissait le retenir; mais il était influencé par une coterie hostile à l’action pontificale et il se persuadait d’autant moins de la nécessité d’une intervention que, dans l’entourage même du pape, plusieurs se berçaient d’un optimisme trompeur : le cardinal Frédéric, vice-chancelier de l’Eglise romaine, aurait même affirmé qu’avec cent cavaliers allemands, il se chargeait de mettre les Normands à la raison. Léon IX était moins confiant; il multipliait ses instances et il obtint enfin

que la question serait soumise à la diète qui se réu< nirait à Worms, pour les fêtes de Noël.

Il avait encore à patienter deux longs mois. Il en profita pour visiter la vallée du Rhin, y recruter des soldats et y promouvoir la réforme. De Bamberg, oh il semble avoir pris congé de Henri III, il vint à Mayence, sans doute accompagné du métropolitain Luitpold, et, dans un synode qu’il y avait convoqué, il renouvela ou promulgua nombre de canons disciplinaires. Le 25 octobre, à la requête de Tabbé Arnold, il fit la dédicace de Téglise de Lorsch et, le 22 novembre, il était à Schaffouse, encourageant Ëberhard, comte de Nellembourg, dans l’œuvre qu’il avait entreprise de la construction d’un monastère, et consacrant un autel, en l'honneur de la résurrection du Christ Jésus.

En remontant ou en redescendant la vallée, sans nul doute, il visita l’Alsace; peut-être même, traversa-t-il les Vosges. De tout cela, nous ne savons qu’une chose : c’est qu’il réussit à trouver cinq cents volontaires alsaciens et lorrains. Ce qui, joint à deux cents autres qu’il avait embauchés sur la rive droite du Rhin, portait à sept cents le nombre de ses hommes. C’était peu assurément; mais il comptait toujours sur l’aide de l’empereur.

Enfin, arriva la fête de Noël et, avec elle, la diète annoncée. L’assemblée fut nombreuse et bruyante; mais où étaient ces chaudes sympathies qui, quatre ans auparavant, avaient porté <k le bon Brunon » sur la chaire de l’Apôtre ? les dispositions de l’empereur n’avaient point changé, du moins en apparence ; mais l’opposition au pape avait grandi et s’était fortifiée, parmi des prélats altiers, fiers de leur couronne comtale et rebelles à toute idée de réforme. Léon IX put

s'en douter à plus d'un Indice, mais sage et patient, comme il l'ctait, il sut dissimuler et il ne se départit point de sa mansuétude. Aussi bien, il se présentait peu de criants abus qui eussent exigé des actes de fermeté, et l'hostilité ne se vainc que par le silence et par la bonté. « Bienheureux les doux : ils posséderont la terre j> a dit le divin Psychologue*.

Un incident se produisit, dès le lendemain de la fête ; le voici, tel que le raconte le moine Ëkkéhard, car le fait lui-même et la réflexion qui en accompagne le récit, sont révélateurs de l'état d'âme du parti antiromain*.

C'était le jour de saint Étienne et Luitpold, celuilà même qui venait de recevoir de si grandes faveurs, officiait, en sa qualité de métropolitain. « Après la procession et lorsque l'oraison eut été dite, relate le chroniqueur, l'archevêque prit place à son siège et l’un de ses diacres, nommé Humbert, en raison de la solennité, au lieu de lire simplement la leçon, la chanta, ainsi que plusieurs ont coutume de le faire. Des Romains, de l'entourage pontifical, trouvèrent défectueuse cette pratique et, sur leurs représentations, le pape envoya dire au diacre de réciter simplement la leçon. Celui-ci, avec la présomption du jeune homme, ne tint nul compte de l'observation ; il ne se rendit que sur un ordre formel et une sentence d'interdit... Luitpold fit aussitôt prier Léon IX de lever la peine et, comme il éprouva un refus... le moment de monter à l'autel étant arrivé, il se rendit à son siège et déclara que, ni lui, ni d'autre, ne célébrerait les saints Mystères, tant que le diacre

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