‹ Saint Léon IX (1002-1054)Chapitre 34 sur 44 · I. Math., V · texte numérisé non relu

I. Math., V

a. Ekkehardi, Chronicon universale^ dans Pertz, Mon, Germ» hist,f SS, y VI, 197.

ne serait point réintégré dans les fonctions de son ordre. La condamnation fut alors rapportée et l’office continua. » Le doux pontife avait ainsi cédé, pour éviter un plus long scandale; mais les prélats allemands ne le prirent point ainsi : on en peut juger par la conclusion d’Ekkéhard : « Il faut, écrit-il, admirer, dans cet incident, et la fermeté de l’archevêque qui défendait son rite, et l’humilité du pape qui, tout supérieur qu’il était en dignité, croyait devoir céder au métropolitain, lorsqu’il se trouvait dans son diocèse ».

Quelles que fussent les dispositions de son conseil, Henri III promit au souverain pontife de lui prêter secours : il ne descendrait point lui-même en Italie; mais il fournirait des troupes. D’ailleurs, il n’avait plus à défendre Bénévent comme un fief impérial : dans la même diète, il avait abandonné au patrimoine de saint Pierre toutes les prétentions plus ou moins authentiques que l’Empire avait sur cette ville et sur son territoire, en échange des droits temporels que les chartes de fondation ou des donations avaient accordés à l’Église romaine sur l’évêché de Bamberg, l’abbaye de Fulda et d’autres Églises d’Allemagne. L’Empire, à cette transaction, gagnait plus que le Saint-Siège; mais la situation du pape vis-àvis de Bénévent s’était précisée. La donation de Charlemagne était confirmée : ce n’était plus seulement à titre d’ami, c’était à titre de souverain qu’il allait désormais intervenir.

Les troupes promises devaient se concentrer à Augsbourg. Léon IX, ayant pris congé de son royal cousin, vint célébrer dans cette ville, comme deux ans auparavant, la fête de la Chandeleur. Il y trouva un contingent considérable et, sans retard, il se mit

en route pour l’ Italie : le carême approchait et après lui le synode annuel. Il partait plein d’espoir et se flattait de réduire enfin ces hommes du Nord à des sentiments plus pacifiques. Mais, pendant ce temps, l’opposition s’agitait. La lutte venait de renaître, avec plus d’ardeur que jamais, entre Gebhart, de Ratisbonne, et Conrad, le duc de Bavière : était-il prudent de se dégarnir, au profit d’une terre étrangère et lointaine, au moment où, dans l’Empire même, pouvaient surgir de graves complications? Et les Normands étaient-ils si redoutables que les habitants de la péninsule ne suffisent point à les dompter ? Ils avaient jadis prêté hommage à l’empereur : pourquoi se les aliéner et faire ainsi le jeu des Grecs, de ces gens qui s’obstinaient dans leur méfiance et leur antipathie à l’égard des chrétiens d’Occident? Toutes ces raisons et bien d’autres étaient répétées à Henri III, en particulier par le chancelier de l’Empire, Gebhart, évêque d’Eichstædt : si bien qu’à la fin, l’empereur se laissa persuader et envoya à ses soldats un ordre de rappel.

Voilà donc à quoi avait abouti ce long et pénible voyage! Léon IX restait avec sa petite troupe et il ne se faisait point illusion sur la valeur de ces recrues. A côté de vrais, mais trop rares dévouements, il avait été contraint d’accepter les services de gens sans aveu ou d’aventuriers qui ne voyaient qu’une occasion de lucre dans l’expédition qui se préparait. Il était loin de ses rêves d’avenir et c’est obsédé des plus sombres inquiétudes qu’il repassa les monts. Une nuit, durant son sommeil, il lui sembla que ses amis et ses partisans cherchaient un refuge à ses côtés, et lui d’étendre sa chape et de les en couvrir. Vains eflforts ! l’ennemi les atteignait

quand même et leur sang rejaillissait sur le vêtement impuissant à les protéger. Ces pressentiments ne devaient point tarder à se réaliser : la voie douloureuse allait s’ouvrir.

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