‹ Saint Léon IX (1002-1054)Chapitre 37 sur 44 · I. Id,y ibid · texte numérisé non relu

I. Id,y ibid

a. Herman Contract [Chronîcon^ ad annum io53), dit que « les Allemands périrent par un juste jugement de Dieu, .... parce qu’un si grand pontife aurait dû combattre plutôt pour les choses éternelles... » et saint Pierre Damien, dans une lettre àOrderic, évêque de Firmo (Migne, Pair, lat,^ CXLIV, 3i6j, enchérit encore sur ce reproche. — Mais, ni le chroniqueur, ni l’âpre zélateur de la réforme ne se sont certainement pas rendu compte des circonstances qui ont obligé Léon IX à combattre les Normands, circonstances qui sont exposées par le saint pontife lui-même, dans une lettre à Constantin Monomaque déjà signalée plus haut.

jetant la consternation dans toute la contrée. A Tespérance, succéda l’abattement et les chefs normands n’eurent point de peine à réduire Içs villes qui avaient secoué leur joug. Il était à craindre qu’à Bénévent, le parti lombard ne reprît l’avantage, au grand détriment de l’autorité pontiOcale. Aussi Léon IX, au lieu de rebrousser chemin et de se replier sur Rome, résolut-il de se rendre dans cette cité, objet de tant de soucis. Humfroy l’accompagna, soit pour lui faire escorte, soit peut-être aussi — il est permis de le soupçonner — pour surveiller sa marche et prévenir une jonction possible avec Argyros, et les troupes de Byzance. Ce n’était point sans appréhensions que le vaincu poursuivait la route : quel accueil allait-il recevoir de cette population si mobile? Mais les Bénéventins s’honorèrent en respectant son infortune; ils avaient compris que c’était pour leur sécurité qu’il avait entrepris cette campagne et, pour n’avoir point réussi, il n’avait pas moins de titres à leur reconnaissance. Ils se portèrent donc à sa rencontre et ils le saluèrent de leurs larmes et de leurs gémissements. Entre eux et le pontife, leur suzerain, le malheur venait de créer des liens durables de mutuelle confiance et de filial attachement.

Sans être prisonnier de ses vainqueurs, comme se l’est imaginé Hermann, le chroniqueur de Reichenau*, le souverain pontife demeura plusieurs

I. Loc, supr, cit, — La preuve en est qu’il partit quand il voulut et que les Normands lui firent escorte jusqu’à Capoue. Et, s’il avait été prisonnier, était-ce à Bénévent, terre pontificale, que ses vainqueurs l’eussent gardé? Du reste, à Bénévent, Léon IX a parlé et agi en pape qui jouit de sa pleine liberté : il a même écrit de là des lettres très peu favorables

mois dans sa principauté de Bénévent. Il savait les populations inquiètes : il voulait leur redonner confîance, car, il pouvait le constater, sa présence en imposait aux Normands. D'ailleurs, il n’avait point perdu l'espoir de réaliser enfin son œuvre de sauvegarde et de pacification. Il avait appris que Henri III, déplorant trop tard son imprudent contre-ordre, rassemblait des troupes et il comptait que, tiré de sa torpeur, le souverain de Byzance joindrait ses forces à celles du Saint-Empire : rester aux avantpostes, n'était-ce point stimuler leur lenteur et hâter, pour ces régions, l'heure de la sécurité?

Et là, comme à Rome, comme dans ses voyages, il vivait dans la retraite, le travail et la prière, attentif à sa propre sanctification, à l'organisation de la principauté et au gouvernement de la chrétienté. Quinze jours après son arrivée, le 12 juillet io53, il accorda le pallium à Ulrich, le nouvel archevêque qu’il avait nommé à Bénévent, et il confirma les biens et les privilèges de ce siège archiépiscopal.

Au mois de septembre, il termina une contestation qui divisait les prélats d'Afrique. Elle n’était plus, la glorieuse époque des Cyprien, des Eugène, des Augustin : des deux cents Eglises dont s’enorgueillissait la primatie de Carthage, cinq à peine avaient survécu aux ravages des Vandales et des Musulmans. Et, comme si, au milieu de tant de ruines, il y avait place encore à des querelles de préséance, l’évêque deGummi, en Bisacène, se voyant à la tête

aux Normands. Son long séjour dans le sud de ITtalie s’explique fort bien parles motifs que j’indique dans le texte. — L’opinion de Hermann a pourtant été admise par plusieurs historiens allemands.

d'un diocèse plus considérable, se regardait comme le successeur des métropolitains d'Adrumète et disputait à Carthage sa prééminence séculaire. Deux évêques, outrés de ces prétentions, en appelèrent, d’accord avec le primat, à la décision du souverain pontife. Leur démarche répondait trop bien aux vues de Léon IX, pour n’être point agréée, t Malgré la douleur que nous cause un tel affaiblissement de la religion (en Afrique), leur écrivit-il en les félicitant*, nous sommes heureux de constater que vous réclamez de votre Mère, la sainte Église romaine, le règlement de vos difficultés. Sachant que vous devez être des ruisseaux qui, partis d’une même source, vont se répandre de divers côtés, vous êtes venus chercher une direction sûre à l’endroit même ou la source jaillit. » Il confirma donc les prérogatives de l’évêque de Carthage : « Cette primatie qu’il a reçue du Siège apostolique, il ne saurait la perdre, au profit d’aucun évêque africain ; il la gardera jusqu’à la fin des âges, soit que sa ville demeure solitaire et dévastée, soit qu’elle se relève un jour brillante de gloire. » Un autre Léon devait se souvenir plus tard de celte déclaration solennelle et, rapprochement curieux, c’était en faveur d’un ancien évêque de Toul, le cardinal Lavigerie !

L’inlassable champion du pouvoir pontifical n’eut garde de négliger l’occasion qui s’offrait à lui si propice d’affirmer une fois de plus les principes pour lesquels il avait tanb combattu : « Sachez, mandaitil*, que sans l’ordre du successeur de Pierre, on ne peut tenir de concile universel, ni condamner ou

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