‹ Saint Léon IX (1002-1054)Chapitre 39 sur 44 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Tant de courses et de travaux, de soucis et de chagrins eussent eu raison du tempérament le mieux constitué et de la volonté la plus énergique : le fils des comtes d'Éguisheim, d'une complexion plutôt délicate, ne devait point échapper à la loi. Dans ce long et laborieux séjour à Bénévent, il sentit ses forces décroître et sa vie, déjà si sainte et si mortifiée, devint toute céleste. Plus encore que par le passé, il se préoccupa du sort des pauvres âmes du Purgatoire et souvent il se plaisait à célébrer le saint Sacrifice pour leur délivrance. Le 12 février, jour anniversaire de son sacre, il tint encore, malgré sa faiblesse, à célébrer, en grande pompe, la messe pontificale et sa tendre piété, son exquise douceur ravirent les assistants. Mais cet effort l'avait brisé et, se jugeant frappé à mort, il voulut revoir Rome et prier encore au tombeau des apôtres.

Il quitta donc Bénévent, au milieu des larmes et des sanglots, et il prit en litière le chemin de la Ville étemelle. Humfroy et ses Normands, fidèles à la promesse qu'ils lui avaient faite d'eux-mêmes, au lendemain de Civitella, l'escortèrent jusqu'à Capoue, limite de leur domination. A petites journées, comme

le lui permettait son état d'épuisement, il arriva enfin au palais de Latran, où il se reposa quelque temps, « attendant, dit Wibert*, ce que déciderait de lui l'adorable volonté du Juge suprême ».

Nous avons, de ses derniers jours, une relation due à la plume minutieuse d'un témoin oculaire : ce serait une faute de la déflorer et de nous priver de l'édifiant spectacle d'une sainte mort, digne couronnement d'une vie si bien remplie*. « Le 17 avril, écrit le sous-diacre Libuin, dimanche du Bon-Pasteur, le Pape, se trouvant plus souffrant, manda auprès de lui les évêques et les clercs. « Mes frères, leur dit-il, le Seigneur me rappelle. Ayez en mémoire la parole de l'Évangile : « Veillez, car vous ne savez à quelle heure le Seigneur viendra, » et voyez combien périssable est la gloire de ce monde. Moi, indigne, j'ai reçu la dignité de l'apôtre Pierre et, me voilà, en ce qui concerne mon corps, réduit au néant. Ce monde s'obscurcit pour moi et n’est plus qu'une sombre prison. J’ai vu le lieu où je vais entrer, et il me semble que je suis déjà sorti du temps et que j'habite désormais le monde de ma vision. Là, je me suis réjoui sur le sort de mes frères qui sont tombés en Apulie en combattant pour Dieu, car je les ai vus au nombre des martyrs... puis, j’ai entendu une voix qui disait : « Dans trois jours, il sera près de nous... sa place est préparée. » Mes frères, conclut le pontife, si je survis au troisième jour, tenez ma vision pour vaine et mensongère ; mais, si je trépasse au jour annoncé, gardez fidèlement mes

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