‹ Saint Léon IX (1002-1054)Chapitre 40 sur 44 · I. Op, et loc, cît,^ liv, II, ch. xiv · texte numérisé non relu

I. Op, et loc, cît,^ liv, II, ch. xiv

». Libuini, Ecclesiæ romanm subdiaconiy De obitu S, LeoniSy P, P. /AT, dans u4ct^ SS,, II® Aprilis, 665 et sq. — Migne, Pair, lat,, CXLIII, 5o5 et sq. — Watterich, Pont, rom, vitæ, I, lyOâ

paroles. Allez maintenant et revenez au lever de l’aurore. » Et, veillé seulement par quelques amis, il passa la nuit dans le recueillement et la prière. »

Mais, dévot comme il l’était au prince des apôtres, il ne pouvait que souhaiter mourir auprès de son tombeau vénéré. Aussi, « le lendemain, quand on revint près de lui, il voulut qu’on le transportât à la basilique Saint-Pierre, devant le sarcophage qu’il s’était fait préparer. Les Romains, voyant le cortège, crurent que le pape avait rendu le dernier soupir et, suivant la coutume, iis se précipitèrent en masse vers le palais de Latran, pour le mettre au pillage; ' Mais, ajoute le chroniqueur, en termes malheureusement trop vagues, tels étaient le mérite et les vertus du bienheureux Léon, qu’ils ne purent franchir la porte du palais et qu’ils rentrèrent chez eux, couverts de confusion et pénétrés de crainte.

« Lorsque sa litière fut déposée au lieu qu’il avafr indiqué, le malade fit approcher les fidèles et leur ayant fait signe de s’asseoir pour écouter ses avis :

« Mes frères, leur dit-il, au milieu d’un religieux silence, vous qui servez avec moi Notre-Seigneur Jésus- Christ, soyez fidèles aux commandements de Dieu et marchez dans le droit sentier, pendant que vous jouissez encore de la lumière. » Et, revenant dans cette allocution suprême sur des recommandations qui lui avaient été bien familières : « Que nul d’entre vous, continua-t-il, ne se permette d’acheter en toute propriété une villa, une vigne ou un bien quelconque de la sainte Eglise dont il a seulement l'usufruit. Celui qui agirait de cette manière encourrait certainement la colère du souverain Juge. Vous prêtez serment beaucoup trop facilement et vous vous êtes exposés aussi, en plusieurs circonstances ,

à vous rendre coupables de parjure. A. cause de la miséricorde de Dieu, je vous remets ces fautes qui se sont renouvelées trop souvent. Ne vous mariez point avec des personnes de voire parenté. Ne suscitez pas de difficullés aux pèlerins qui viennent ici de toutes les parties du monde, pour demander à Dieu, par Tintercession de son Apôtre, le salut de leurs âmes et de tous les chrétiens. Offrez enfin à Dieu les prémices des biens qu’il vous'accordc, c’està-dire, de vos fruits et de vos animaux. Si vous agissiez autrement, vous ne pourriez vous sauver. »

« Puis, il manda les évêques et les clercs; leur fit le sincère aveu de ses fautes... et, apercevant l’image de la Croix, il fondit en larmes et pria longuement. Il remit ensuite leurs censures à ceux qu’il en avait frappés et octroya même une indulgence générale.., a Seigneur Jésus, murmurait-il, vous qui disiez dans l'Évangile que nous lisions hier : « Je suis le bon Pasteur, qui donne sa vie pour ses brebis »... délivrez de tout mal et de tout lien ceux qui ont encouru l’anathème et l’excommunication. Faites qu’ils embrassent de tout cœur la vérité et qu'ils comprennent que ce n'est point un sentiment de haine qui m’a poussé à les condamner, mais uniquement mon devoir de défenseur de la foi. Que votre miséricordieuse bénédiction se repose sur eux tous! » Et, revivant par la pensée toutes ses courses apostoliques : « Accordez, ajoutait' ii, la paix et la concorde aux provinces que j’ai visitées ; c’est à cause de vous qu’elles m’ont reçu et qu’elles m'ont obéi. N’avez-vous point dit : « Qui vous reçoit, me reçoit, et qui me reçoit, reçoit Celui qui m’a envoyé »?... C’est en votre nom que j’ai marché, que j’ai prêché, supplié, menacé. Vous le savez, ô mon Dieu, j’ai tâché de vous, être fidèle en

tout. Mais, comme vous êtes un père miséricordieux, daignez convertir tous vos adversaires, pour qu’ils vous connaissent, vous qui êtes le vrai Dieu, béni dans les siècles des siècles! ^ Et tous les assistants répondirent : € Amen ! »

Il pria ensuite pour Théophylacte, son prédécesseur, qui alors expiait volontairement ses fautes dans le monastère de Grotta-Ferrata, et pour les deux frères de celui-ci, Pierre et Grégoire ; il les savait chargés d’une lourde responsabilité : celle d’avoir propagé et fortifié la simonie ; peut-être même avait-il eu encore à souffrir de ce vieux parti des comtes de Tusculum. En bon pasteur, il s’apitoyait sur leur sort; après le Sauveur, il répétait : « Je ne veux point la mort du pécheur, mais sa conversion et son salut. »

Le soir venu, il congédia, comme la veille, tous ceux qui l’assistaient et il passa la nuit dans une continuelle oraison. Cette fois, c’était moins sur le passé que sur l’avenir, que sa pensée se reportait : « Seigneur, Dieu des armées, soupirait-il, regardez votre serviteur, exaucez sa requête. Que votre bonté écoute ceux qui vous prient avec sincérité. Que votre parole arrive au cœur de ceux qui l’entendent. Faitesnous connaître la vérité. Si quelqu’un se sert de mon nom pour vous solliciter, daignez l’exaucer, quelque chose qu’il vous demande. Si quelques fidèles ont l’attention de célébrer mon anniversaire, soit par la célébration du saint Sacrifice, soit par des distributions d’aumônes, daignez les récompenser au centuple et, après cette vie, accordez-leur la vie éternelle. Ce n’est point appuyé sur mes mérites, mais sur votre bonté, que je parle ainsi: n’avez-vous pas dit : « Demandez et vous recevrez » ?... Je ne m’adresse

pas à votre justice, mais à votre miséricorde. Je ne demande point que mon nom soit glorifié : je n’ai rien fait pour cela ; mais, Seigneur, que le Siège apostolique soit exalté a cause de votre nom, ô vous qui êtes béni dans les siècles des siècles. »

Au point du jour, le 19 avril, les évêques, les prêtres, les diacres, le clergé et le peuple romain se retrouvèrent en la basilique Saint-Pierre, Le pape se souleva sur sa couche et, soutenu par deux clercs, il se fit porter à l’autel de l’Apôtre et, là, il se prosterna et resta environ une heure dans la prière et dans les larmes. Puis, ayant regagné son lit, il demanda le silence et adressa quelques paroles aux assistants. Il renouvela ensuite sa confession, entendit la messe et reçut la sainte Communion : « Taisez-vous, pour Dieu! dit-il alors, peut-être vais-je pouvoir prendre un peu de repos. » Et, inclinantla tête, il s’endormit... mais, c’était du dernier sommeil. Il était dans la cinquante-deuxième année de son âge, la vingt-huitième de son épiscopat, et il y avait cinq ans, deux mois et sept jours qu’il avait pris possession de la chaire de saint Pierre : ainsi se vérifiait sa vision des cinq calices*.

Ses obsèques furent célébrées, au milieu d’un grand concours de clercs et de fidèles, et son corps, suivant son désir, fut déposé dans le tombeau qu’il s’était préparé, près de l’autel de saint Grégoire, à l’entrée de la basilique Saint-Pierre : ne méritait-il point d’être réuni dans la mort et dans la gloire au pontife dont il avait rappelé la piété et le goût pour le chant religieux, l’ardeur pour la réforme de

I. Elle se vérifia davantage encore, quand on constata que, de ses deux successeurs immédiats, Victor 11 régna deux ans et Étienne X, un an à peine.

l’Église et l’humilité apostolique en face des prétentions orgueilleuses du patriarche de Constantinople ? Et, sur sa tombe, on grava ce distique, d’un laconisme éloquent :

« Victrix Roma dolet^ nom vuluata Leone ^

a Ex multis talent non habit ura Patrem^, »

Rarement, en effet, pontificat fut mieux rempli. Par son zèle, son activité, son infatigable coostance,, Léon IX, dans un règne trop court, fournît une longue carrière. Il enraya la simonie et le nicolaïtisme^, et il ouvrit par sa noble indépendance la guerre qui allait se poursuivre, pour l’affranchissement de l’Église. Il devina Hildebrand et les hommes qui, sous l’influence de cet indomptable champion des libertés ecclésiastiques, devaient lui succéder comme chefs des pasteurs, Frédéric de Lorraine et Didier du Mont-Cassin, les futurs Étienne X et Victor III. Il releva la discipline ; rétablit l’usage salutaire des assemblées synodales; veilla, contre Bérenger et les Manichéens, à l’intégrité de la foi; encouragea et utilisa le mouvement monastique. Il dénonça le péril de l’Islam; il fit des Normands des amis et des vassaux du Saint-Siège et, s’il ne réussit point à détourner le schisme grec qui depuis longtemps menaçait, il put du moins se rendre le témoignage qu’il avait épuisé, pour ame-

I . Rome, la souveraine, est dans les pleurs : elle a perdu Léon JX et, entre beaucoup, elle ne trouvera point un tel père.

a. C’était le terme par lequel on désignait Tincontinence des clercs (Apoc,, II, 6), probablement du nom du diacre Nicolas, l’un des sept premiers diacres choisis par les apôtres (Act,, VI, 5).

ner runion doctrinale et politique, tous les moyens de conciliation. Sa vigilante fermeté et la manifeste perfection de sa vie rendirent à la Papauté son pres-^ tige, comme sa bonté sereine et souriante, sa dignité dans l’épreuve, sa simplicité en toute occasion ramenèrent les cœurs au vicaire de Jésus-Christ. Il était passé le temps des hontes et des tristesses : le relèvement commençait! Et l’opposition qui travaillait dans l’ombre, en prenant plus de force et d’audace, allait rendre la lutte plus opiniâtre et, partant, le triomphe plus éclatant. Nos applaudissements vont à Grégoire VII : c’est justice; mais l’équité nous demande de ne point laisser dans un ingrat oubli celui que lui-même appelait son maître et son père et qui fut réellement son précurseur. Léon IX n’eut pas devant lut un Henri IV; mais, s’il eût rencontré un tel adversaire, la lutte eût peut-être été moins âpre : elle n’eût point été moins énergique*.

<i Malheureux notre monde qui n’a pas mérité de garder longtemps un tel pontife! » s’écriait son disciple Didier, abbé du Mont-Cassin*. « Pour lui, assurément, le paradis s’est ouvert et il jouit de la gloire des saints. » La voix populaire faisait écho à cette pieuse exclamation : clercs et fidèles, riches et pauvres, malades et bien portants, se pressaient au-

I. C’est à dessein que je n’ai rien dit des Scrmones et Epistoise ^ que les chanoines de Sainl-Mai tin, à Louvain, firent paraître, en i565, sous le nom de Léon IX, et que Surins réimprima à Cologne, en i568 : ils sont de saint Léon le Grand (Ceillier, Auteurs ecclésiastiques, XX, 358) et le traité De confliclu vitiorum atque virtutum donné par Migne (Patr. lat., CXLIII, 559 et sq.), comme étant de saint Léon IX, a pour auteur le bienheureux Ambroise Autpert, moine français du VJH® siècle (Hist, litt. Franc., IV, i4o et sq.).

a. Dialop.^ liv. III, dans Walterich, op. e t., ^5.

tour du tombeau qui venait de se fermer sur le cercueil du pasteur vénéré, et le Seigneur semblait avoir pour agréable ce mouvement de filiale dévotion : •dans les quarante jours qui suivirent les funérailles, ia reconnaissance publique put attribuer au regretté pontife soixante-dix guérisons extraordinaires. Et ainsi, par ses bienfaits, Léon IX prolongeait ici-bas -sa féconde existence ; il prenait rang parmi les bienlieureux dont on se plaît à reconnaître la puissante et salutaire intervention. Des plumes attentives conservèrent le souvenir de ces faveurs ‘ et l’un des papes de la fin de ce onzième siècle, Grégoire VII {1076-1085) ou Victor III (1087), qti’à ratifier cette touchante canonisation : il le fit selon l’usage du temps, en procédant à une reconnaissance authentique, puis à une solennelle translation de ses restes mortels. Il les déposa, relate une vieille inscription*, dans la même église Saint-Pierre, entre la porte d’argent et la porte de Ravenne, sur un autel qu’il lui consacra.

Mais, plus lard, cet autel, de ce qu’il était privilégié en faveur des défunts, reçut le nom d’autel des morts. C’était l’oubli qui venait pour le saint pasteur, et le voile s’épaissit encore, lors de la construction de la nouvelle basilique : les reliques furent placées dans une urne de cyprès et transportées dans le transsept méridional, sous l’autel des saints martyrs Martial et Valérie, que surmonte aujourd’hui la reproduction en mosaïque du fameux tableau duDominiquin : les stigmates de saint François. Et rien,

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