‹ Saint Léon IX (1002-1054)Chapitre 41 sur 44 · I. Lîbuin., op. cit · texte numérisé non relu

I. Lîbuin., op. cit

a. On peut la lire dans Aringhi, Âoma subterranea, Paris, 1659 , [y i58, et dans Brucker, Ü Alsace et V Église,,,^ II, 38o, n. 4 .

dans ce sanctuaire de TApôtre, où sa tendre piété voulut soutenir le suprême combat, rien, pas même une inscription, ne rappelle au pèlerin la mémoire de Léon^ et ses restes précieux, enfermés dans la pierre, ne sont point accessibles à la vénération du fidèle. Et pourtant, Rome ne Ta point complètement oublié : elle célèbre sa fête, le 19 avril, sous le rite double, et, ce jour-la, se lit au Martyrologe : c Mort de saint Léon IX, pape, illustre par ses vertus et ses miracles »... peut-être, à cette mention, eût-on pu ajouter : « et par les grands services qu’il rendit à l’Eglise » : l’éloge eût été plus complet.

Bénévent, et c’était justice, devança la Ville éternelle, dans le culte de reconnaissance qu’elle rendit à son défenseur. Ulrich, l’archevêque qu’il ayait amené, ordonné, intronisé, lui bâtit un sanctuaire; son anniversaire fut solennisé par des hymnes propres et les habitants, encouragés par de nombreuses faveurs spirituelles et temporelles, se plurent à recourir à lui dans l’épreuve et dans le danger. Un moine de la ville reprit pour leur édification l’histoire de sa dernière maladie et continua la liste de ses miracles^ et Didier, religieux du Mont-Gassin, le futur Victor III, lui consacra une page éloquente au IIP livre de ses Dialogues^. Mais l’esprit de l’homme est inconstant et bien rares sont les noms, même les plus aimés, qui survivent dans le renouvellement incessant des générations. L’église elle-même qu’Ulrich avait élevée ne résista point aux ravages

I. Historia mortîs et mîraculorum S. Leonis IX y dans Borgîa, Memorie storice di BeneventOy II, 343. — L’ouvrage est sensiblement inspiré de la relation de Libuin.

». Migne, Patr, lai,^ CXLIII, 460 . — Wattericb, op, cit.y

du temps et ses pierres, au début du xiv® siècle, servirent à construire la porte délia Rocca. Ainsi, presque entière, périt, à Bénévent, la méuooire du grand ami de la cité, jusqu'au temps où Étienne Borgia, gouverneur de la délégation, sous le pape Clément XIII, justement ému de cette méconnaissance, recueillit avec soin, dans les écrits et dans les monuments, tous les souvenirs qui subsistaient de Léon IX, et persuada les notables de le déclarer solennellement, le 5 septembre 1762, protecteur de la ville. Une inscription, placée au fronton du Palazzo publico^ devait rappeler, et cette décision, et les motifs qui l’avaient inspirée*.

Deux localités de la même région honorèrent d’un culte particulier le bienheureux pontife. Sessa se rappelait un séjour qu’il avait fait dans ses murs; elle avait obtenu un os entier de son bras droit; elle l’avait proclamé son céleste patron et lui avait érigé un sanctuaire. Guardia dei Lombardi avait un monastère qui lui était dédié, et, quand le monastère disparut, une chapelle resta que les fidèles aimaient à fréquenter*.

D’autres églises aussi se félicitèrent de posséder de lui quelques reliques, entre autres l’église Saint- Étienne, à Bologne, et plusieurs diocèses d’Italie, du moins dans les années qui suivirent sa mort, aimèrent à célébrer son anniversaire. Ce fut pou^exciter la dévotion de ses ouailles, que Brunon, évêque de Segni, dans la province romaine, écrivit, sans doute sous le pontificat d’Urbain II (1088-1099), sa biogra-

I. Borgia, Memorie storîce di Benevenio^ II. — Brucker, op. cil., II, 38i.

a. Brucker, ibid.^ 382.

pliie si pieuse de Léon IX ‘ : il se reprochait d’avoir laissé tomber la fête du 19 avril et il ajoutait humblement : a Daigne le Bienheureux me faire merci! je le reconnais, ce n’est point une faible faute que j’ai commise. » Ce scrupule d’une âme délicate devait nous conserver maints détails inédits.

Cependant, en Lorraine et en Alsace, le souvenir du < bon Brunon » ne s’était point effacé. Dès son avènement à l’épiscopat, Udon avait encouragé l’un de ses clercs, de ses archidiacres peut-être*, à consigner les traits de cette enfance, de cette jeunesse, de cette vie pastorale, qui avaient tant édifié et charmé les Toulois : Wibert se laissa persuader d’autant mieux qu’il avait été admis dans l’intimité de l’homme de Dieu. Il poussa d’abord son récit, très circonstancié, jusqu’à l’élection de son maître au souverain pontificat et, plus tard, il le continua jusqu’à sa mort. C’étaient les mémoires d’un témoin véridique qui rappelait à ses contemporains et conservait à la postérité la figure douce et énergique, austère et sympathique de ce vaillant soldat du Christ. L’anniversaire du 19 avril fut célébré tous les ans, jusqu’à la Révolution, dans la ville et le diocèse de Toul, et, en 1091, avec le concours de l’évêque Pibon et du comte Hugues de Dagsbourg, le doyen du chapitre, Lutulf, fonda, sous les murs de la cité épiscopale, pour des Chanoines-réguliers de Saint-Augustin, un

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