‹ Saint Léon IX (1002-1054)Chapitre 42 sur 44 · I. Elle est dans Watterich, loc, cit,^ 9$ et sq · texte numérisé non relu

I. Elle est dans Watterich, loc, cit,^ 9$ et sq

a. On ne sait de Wibert que son nom et le fait, dont il se . félicite, d'avoir été admis parmi les familiers de Léon IX. Par un raisonnement assez ingénieux, le Père Brucker (op, cit,, 1, 370) croit voir en lui un archidiacre, nommé Herbert, lequel paraît parmi les signataires de la charte de reconstruction de Saint-Epvre.

monastère qu'il dédia à saint Léon IX. Transportée, au début du xv® siècle, à l'intérieur des remparts, pour les nécessités de la défense, cette abbaye fut agrégée, en 1627, par saint Pierre Foufier à la Congrégation de Notre-Sauveur et elle ne disparut qu'au moment de la suppression des ordres religieux par l'Assemblée constituante. Chaque année, à la fête de saint Léon, le chapitre de la cathédrale se rendait en procession à l'église abbatiale et mêlait ses louanges à celles des Chanoines-réguliers^ Touchant exemple de bonne confraternité ! féconde émulation dans la vénération de ce bon pasteur I

La collégiale de Saint-Dié ne se contentait point de compter Brunon parmi ses bienfaiteurs : elle soutenait, déjà au xin® siècle, l'avoir eu comme grandprévôt. L’assertion est loin d'être prouvée et, au xviii® siècle, les historiens, pourtant bien complaisants, du chapitre vosgien ne la donnaient plus que sous les plus extrêmes réserves*. Mais le patriotisme local s'arrangeait de cette légende : aussi, la fête du saint pape était-elle inscrite, sous le rite double, dans le calendrier déodatien et, au xvi® siècle, André de Reynette, alors grand-prévôt, érigea dans la grande église, aujourd'hui la cathédrale, une chapelle en l'honneur de celui qu'il s'honorait d’avoir comme prédécesseur et comme modèle.

Ni les autres monastères de la haute vallée de la Meurthe, Etival, Senones, Moyenmoutier, tous voisins de l'Alsace, ni l'abbaye de Poussay, qu'il avait achevée, ni l’abbaye Saint-Remi de Reims, où il avait

1. £ug. Martin, Hist, dioc, Toul^ i, 229, 38o ; II, i35 et passim .

2. Duhamel, Le pape Léon IX et les monastères de Lorraine^ dans Ann, Soc, Émul, Fosges^ 1869.

tenu le plus important peut-être de ses synodes, ni sans doute d'autres communautés, encore objets de ses faveurs, ne négligèrent le culte du saint pontife : chaque année, en leur bréviaire, au jour de sa fête, iis avaient au moins des leçons propres.

Outre leur bienfaiteur, en Léon IX, Saint-Remi, Moyenmoutier, Senones prétendaient honorer une illustration de la famille de saint Benoît ^ C'était en effet une persuasion douce aux Bénédictins que l'ami de Hildebrand, le précurseur de Grégoire VII, avait, comme ce dernier, appartenu à leur ordre. Mabillon, de ce chef, inséra la biographie qu'avait composée Wibert, au tome IX de ses Acta Sanctorum Ordinis sancti Bénédictin et il se retrancha, pour ce faire, derrière l'autorité de Tri thème, le rédacteur de la Chronique A Hirschau. Mais Trithème, le premier, à ce que l'on connaît, qui produisit cette affirmation, écrivait à la fin du xv® siècle et, des chroniqueurs ou des biographes plus anciens, aucun ne fait un moine de Brunon, ni Wibert qui pourtant note soigneusement la dévotion de son héros envers le saint patriarche, ni Jean de Bayon, moine de Moyenmoutier, ni Richer, moine de Senones, ni Didier, moine du Mont-Cassin, ni même saint Pierre Damien, lui qui, voulant établir que les religieux ne sont point inhabiles à gouverner l'Église, énumère tous les papes sortis du cloître. Aussi, le Bollandiste Henschen qui publia l'œuvre de Wibert, au tome deuxième d'avril des Acta Sanctorum^ ne dissimula point ses doutes sur cette croyance que rien ne lui paraissait appuyer. Mabillon, après Trithème, semble ici avoir été victime d'un trop grand amour de son ordre.

I. Brucker, op, cit., I, 893 et sq. : « Saint Léon fut-il moine ? »

Ce n’est point d’ailleurs le seul problème que suscite la biographie de saint Léon IX. Sans parler de certains détails généalogiques qui ne sont point élu* cidés, la question du lieu de sa naissance a déjà suscité de belles joûtes de patriotique éruditton. Qu’il soit enfant de l’Alsace, personne, que je sache, ne l’a contesté. Depuis plusieurs générations, ses ancêtres paternels tenaient, entre leurs mains puissantes la haute administration du Nordgau. Éguisheim, le manoir familial, dressait son fier donjon, entre la montagne et la plaine, au centre même de la contrée, et Dagsbourg, le château de son aïeul maternel, appartenait à la même province, ressortissait du même comté.

Mais Brunon est- il né à Dagsbourg ? est-il né à Eguisheim ? Si les deux localités étaient alsaciennes, la première était du diocèse de Strasbourg, la seconde, du diocèse de Baie : le dilemne se posait donc entre les deux Églises. Quoi qu’aient pu, en faveur de l'une ou de l’autre, noter en passant et sans y attacher autrement d’importance quelques annalistes plus ou moins documentés, chacune, durant de longs siècles, se contenta de jouir paisiblement de son opinion, sans essayer de troubler la persuasion de sa rivale. Sauf à l’abbaye de Lucelle qui conservait un fragment de son chef, à Sainte-Croix de Woffenheim qui avait obtenu un os de son bras droit, et, peut-être encore, dans quelques monastères, la fête du bienheureux pontife n’était célébrée, ni dans l’un, ni dans l’autre diocèse : au moyen âge, en effet, les Églises n’inscrivaient guère à leur calendrier liturgique que les saints dont elles possédaient des reliques ou dont elles revendiquaient le patronage.

Le souvenir pourtant de leur illustre compatriote restait vivant au cœur des Alsaciens, entretenu par les traditions locales de visites, de bienfaits, de consécrations d'églises, de fondations ou de dotations de monastères, etc., et ces traditions étaient plus denses et plus précises dans la plaine de Colmar que dans les vallées boisées de la Zorn et de la Bièvrev^

Ici, c’était Tabbaye de Hesse, la fondation du père d’Heilwige ; c’était le donjon des Dagsbourgs qui protégeait Dabo du haut de sa roche escarpée et qu'un bon nombre se persuadaient avoir abrité le berceau de Brunon, tandis que d'aucuns prétendaient, sans preuves absolument péremptoires, qu’il ne datait guère que de la fin du xif siècle : il fut détruit par les Français, en 1679, et, sur le roc découronné, la nature reprit ses droits, sans que rien y rappelât au voyageur la mémoire du pontife; c’était enfin, au sud de Walscheid, sur le Dürrenberg, le prieuré de Saint-Marc, qui avait, plusieurs du moins l’affirmaient, remplacé le vieux manoir du comte Louis, quand celui-ci avait été délaissé pour Dabo; mais, disaient 4 ls encore, la chapelle castrale avait subsisté, où le saint avait reçu le baptême, et les pèlerins aimaient à fréquenter cette colline du Dürrenberg que leur piété surnomma le Léosberg, la montagne de saint Léon.

Là-bas, c'étaient Sigolsheim, Kientzheim, Œlemberg, Woffenheim et son abbaye Sainte-Croix; les trois hautes tours de Weckmund, de Wahlenhourg et de Dagsbourg, les trois sorcières, Drei^Hexen, comme le peuple les appelait \ avec leur chapelle

I. Éguisheim, en patois alsacien, se àil Exen, D’où les nouveaux châteaux de Weckmund, etc., furent nommés les trois

de Saint-Pancrace, et surtout le vieux donjon, qui avait attiré autour de ses puissantes murailles les mai* sons de la petite ville d'Éguisheim et dont la demeure seigneuriale avait été le témçin, croyait-on, de l’heureuse naissance de ce prophète du Très-Haut.

Le jour vint toutefois où des cœurs alsaciens supportèrent avec peine de ne point célébrer, par une fête liturgique, le pape qu’ils regardaient avec justice comme l’une des gloires les plus pures de leur province. Le Jésuite Claude Sudan, ancien recteur de Fribourg, et Dom Bernardin, abbé de Pairis, amenèrent l’évêque Jean-François de Schœnau (i 65 ii 656 ) à doter le missel et le bréviaire de Bâle de l’office de saint Léon IX : naturellement, le saint pape était donné là comme enfant du diocèse et, si le nom d’Éguisheim n’était point énoncé dans les leçons des Matines, il s’y trouvait virtuellement inclus, et ainsi se fortifia, dans l’esprit des clercs ét des fidèles de la Haute-Alsace, la tradition qui plaçait le berceau de Brunon dans l’antique manoir des comtes du Nordgau.

Strasbourg cependant ne s’émut point; son calendrier n’enregistra pas la fête du 19 avril et le souvenir de Léon IX alla s’affaiblissant. Le prieuré du Dürrenberg n’existait plus ; la chapelle même était solitaire, presque ruinée, et Granffidier, l’historien de l’Alsace, s’attristait, à la veille de 1789, de voir, dans ce grand et noble diocèse, le culte du saint pontife inconnu et son nom a peu près ignoré.

La tourmente révolutionnaire acheva l’œuvre du temps. L’abbaye de Woffenheim, le prieuré d’Œlem-

Exen^ ou trois Éguisheim ; mais Hexen^ en allemand, veut dire sorcières : d’où, le jeu de mots, suscité par l’aspect fantastique de ces ruines.

berg, Tabbaye de Hesse, toutes les fondations des Éguisheims et des Dagsbourgs, tombèrent, pour ne plus se relever. Mais, dans cette pieuse et fidèle pro-vince, la mémoire ne périt point de ce vaillant champion : elle allait au contraire revivre plus vénérée, et la lutte allait s’engager ardente, sur le problème depuis des siècles pendant.

Le concordat de i8oi, en effet, changea la situation des parties : Éguisheim passa au diocèse de Strasbourg et Dabo, au diocèse de Nancy. Strasbourg, s’il se fût auparavant engagé à fond, se fût trouvé dans une position fausse; mais il était resté neutre : il oublia donc facilement les revendications de Dabo, fit sienne l’opinion qui s'était fortifiée dans la Haute- Alsace, en faveur d’Éguisheim, et adopta l’office du bréviaire et du missel bâlois. Nancy, de son côté, à qui venait d’échoir le siège de saint Mansuy^ se réjouit à la pensée qu’il possédait dans sa circonscription ecclésiastique le lieu de naissance du plus célèbre des prélats toulois. Et il fut aisé de prévoir que la discussion s’ouvrirait un jour, suscitée de part ou d’autre par le patriotisme local.

Cette fois, ce fut Dabo qui prit l’initiative. Tandis qu’Éguisheim, restant sur ses positions, se contentait de conserver dans son église paroissiale l’autel ^édié à celui qu’elle considérait comme son plus glorieux enfant et de célébrer chaque année solennellement l’anniversaire du 19 avril, l’abbé Klein, <5uré de Dabo, un infatigable zélateur, se préoccupait

I. Le siège de Toul fut supprimé, au profit de Nancy, par le concordat de 1801. Mgr de Forbin-Janson obtint de Léon XII, en i8a4y de ressusciter, comme souvenir historique, le titre d’évéque de Toul et, depuis lors, Tévêque de Nancy porte officiellement le titre d’évêque de Nancy et de Toul.

de raviver le souvenir trop oublié d’un pontife qui avait passé — il en était persuadé — les premières années de son enfance dans cette pittoresque contrée des Vosges. Il voulut ériger une chapelle en son honneur et, comme il était curé, non de Walscheid, mais de Dabo, plutôt que de relever le vieux sanctuaire du Dürrenberg, il préfera bâtir son oratoire sur la roche escarpée qui dominait sa paroisse et qui porta jadis le fier château des Dagsbourgs ou des Linanges ; la chapelle fut bénie, en 1826, par Mgr de ForbinJanson, évêque de Nancy et de Toul, et le roc reçut, lui aussi, le nom de Léosberg.

Mais cette thèse de Dabo n’était point suffisamment étayée : l’abbé Hunkler, curé de Wasselonne, du moins, le pensait, et il le montra, dans une note de sa Fie des Saints cT Alsace^ parue en 1887. Il se prononçait pour Éguisheim et, malgré une réfutation, publiée sous le titre : Die JFiege des heiligen Papsles Léo en 1848, dans le Katholische Kirchen =

und Schulblatt für das Ehass^ il maintint son dire et donna ses preuves, dans deux chapitres de son Léo der neunte und seine ZeiP^ imprimé à Mayence, chez Kircheim, en i 85 i. Le curé KJein, dont l’âge n’avait point refroidi l’ardeur, lui opposa, dans le même périodique, en avril i 853 , un article qu’il jugeait décisif : le titre lui-même l’indiquait : a Zum Entscheidung der Frage : TFelches die fFiege Léo" s IX seP? » De fait, plusieurs critiques, des Alsaciens mêmes — car Dabo, englobé dans le département de la Meurthe, semblait alors n’avoir jamais appartenu à son ancienne province — crurent la

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