I. Migne, Pair, lat.^ cxliv, c. io
INTRODUCTION
par la menace, par Texcommunicaiion et, comme l’on méprisait son glaive spirituel, par la force des armes, il entreprit de rétablir l’équilibre dans les finances et la sécurité dans la rue. Ce n’était point le compte des fauteurs de désordres. A leur instigation, Sylvestre III revint de Sabine et s’installa à Sainte-Marie-Majeure; Théophylacte, de son côté, n’ayant point réussi auprès de Gérard de Saxo, désavoua son abdication et rentra à Saint-Jean-de- Latran. Rome eut alors trois papes et se vit plus déchirée que jamais.
Tant de misère attira enfin l’attention de l’empereur, le seul souverain assez puissant pour essayer d’y porter remède. Durant les premiers mois de l’an 1046 , Henri 111 passa les Alpes, fermement résolu à rendre l’unité au Siège apostolique. Pour lui, le seul moyen efficace était de faire monter un pape allemand sur la chaire de saint Pierre : d’accord avec cet homme qui lui serait dévoué et — il le comptait bien — soumis, il ruinerait l’influence néfaste des comtes de Tusculum; il reprendrait le rôle, jadis rêvé par les Olhons, de protecteur de l’Eglise; et, en meme temps qu’il se ménagerait la prééminence sur tout le monde chrétien, il assolerait solidement sa suzeraineté en Italie. Son plan était arrêté quand, sur son initiative, un concile s’ouvrit à Sutri, non loin de Viterbe, aux environs des fêtes de Noël. Inconsciemment ou non, les évêques qui répondirent nombreux à son appel, servirent ses intentions. Grégoire VI les présidait, uniquement sou- . deux du bien et de la paix : après avoir sanctionné comme définitive la renonciation de Benoît et condamné l’intrusion de Sylvestre, au lieu de l’acclamer comme le seul pape légitime, ils le prièrent de leur
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exposer les circonstances qui avaient précédé et accompagné son élection. Il s'exécuta en toute franchise et, sur la remarque qu’on lui objecta, qu’il y avait apparence de pacte simoniaque, moitié de gré, moitié de force, il abdiqua la dignité suprême, s’honorant ainsi grandement par son humilité et, sans nul doute, achetant par ce sacrifice, pour la sainte Église, *des grâces de relèvement et de prospérité.
D’un commun accord, les membres du concile de Sutri et le clergé de Rome choisirent, pour lui succéder, le candidat de l’empereur, l’allemand Suidger, évêque de Bamberg. Sacré sous le nom de Clément II, le nouveau pontife continua la tâche que s’était imposée Grégoire : plus rude encore était pour lui la besogne; plus complexes les diUficultés : il était étranger et les partisans de Théophylacte s’en prévalaient auprès des mécontents. Il ne faiblit point toutefois, soutenu qu’il était par les exhortations brûlantes que, du fond de son désert, lui envoyait saint Pierre Damien et par les conseils que lui prodiguait Odilon, le saint abbé de Cluny, venu pour refaire sous un ciel plus doux une santé mortellement atteinte. Il réunit un concile contre les simoniaques ; il poussa même des courses apostoliques jusqu’en Ombrie; mais l’excès de fatigue, l’inclémence du climat, peut être le poison, comme on se l’imagina non sans vraisemblance en ces temps de violence et de perfidie, le terrassèrent le 9 octobre 1047 • avait régné neuf mois et huit jours.
Les partisans de Benoît IX renouèrent leurs intrigues et les Romains fidèles, ne s’estimant point assez forls, envoyèrent a l’empereur, alors en Saxe,
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des députés pour lui demander de désigner un successeur à Clément IL Les voyages alors étaient longs et, durant le vacance qui s'éternisa, Théophylacte, une troisième fois, reprit la tiare : on eût dit que la chaire de TApôtre ne serait jamais débarrassée de ce monstre! Enfin, le ly juillet io48, Poppon, évêque de Brixen, nommé par Henri III, fut intronisé, dans la basilique Saint-Pierre, sous le nom de Damase II et, le meme jour, le fil-s des comtes de Tusculum, frappé de la grâce et craignant les jugements de Dieu, se retira au monastère de Grotta-Ferrata, au pied des Monts- Al bains. Sylvestre III restait paisible; Grégoire VI venait de mourir au delà des Alpes, où Henri III l’avait emmené : le calme, après tant d’orages, semblait donc assuré. Hélas non! après vingt-deux jours de pontificat, Damase II emporta au tombeau toutes les espérances que l’on avait fondées sur lui et ce trépas prématuré que l’on ne manqua point d’attribuer au poison, semblait devoir déconcerter toutes les bonnes volontés. Il ne paraissait plus possible à un étranger de se hasarder sur le trône de Pierre, et Rome, on en avait trop de preuves, ne possédait point de clerc assez vertueux, assez puissant, assez dégagé des vieilles querelles, à qui l’on pût sans crainte confier les intérêts de la société chrétienne.
Mais — l’histoire est là pour le démontrer — c’est alors que tout semble désespéré, que le Seigneur intervient. La Providence avait son homme; depuis longtemps, avec soin, elle le préparait, dans une Église obscure sur les frontières de la France et de l’Allemagne; à travers ces morts, ces dépositions, ces abdications, elle venait de lui disposer les che-
mins. Avec Brunon, évêque de Toul, que nous honorons sous le nom de saint Léon IX, allait commencer enfin le grand travail de renouvellement religieux qui se poursuivit sous les Grégoire VII et les Innocent III et qui devait émanciper l’Église.