LA GUERRE DES ALRIGEOIS ET SES CONSÉQUENCES
L'irritatioD du Roi se justifie : il voyait le Languedoc lui échapper ; il ne pouvait oublier que quelques mois auparavant (le 14 décembre 1223), le Saint-Père Tavait prié de prendre les armes contre les Albigeois, et sollicité
litteras domiiii Pape in qaibus continebatur qood dominus Papa noullis auctoritatibus et aliis persuasiooibiis nos inducere nilebatur ad hoc quod negocium îllud persooaliter assumeremus. Et etiam viva voce nobis promiseruot ex parte domini Pape et cardinalhim quod thesaaros Ecclesie nobis ezponerent, et alia auzilia impenderent et consilia , quantum secundum dominum faeere «posseot. Nos autem communicafo consilio cum prelatis et baronibas nostris, petitiones quas vidimus negotio Albigesii expcdire (ransmisimus domino Pape. Dominus autem Papa nobis mandavit per dominum Portuenscm quod ipse paratus crat pelitionibus nostris omnino satisfacere. Cumque hoc ipsum injunctum esset domino Portuensi quod accederet ad nos et satisfacerct petitionibus nostris, sup«rvenit nuntius domini Imperatoris, lot et tanla promittcns ad subsidium Terre sancte , quod oportuit dominum Papam et curiam Romanam intendere negocio Terre sancle, et ad presens postponere negocium Albigesii , quia dominus Papa et curia Romana talia promiserant domino Imperatori quod nuUum negocium postponerent negolio Terre sancte. — Preterea nobis sigorGcavit dominus Papa per euodem dominum Portaeosem et per litteras suas , quod , si Raymundus crederet quod totis viribus uteremur ad ipsum deprimendom, non auderet nos expectare, sed rediret ad mandatum Ecclesie. Et, propter hoc nos inslanter monuit et rogans, ut comminationibus et commonilionibus studeremus eum inducere ad pacem Ecclesie , herelicos eliminando, ecclesiis et personis ecclesiasticis satisfaciendo et liberlatibus Ecclesie in posterum providendo , et cum Amalrico Tolosano comité componendo. — Nos antem eidem Portuensi respondimus quod ex quo dominus Papa petitiones nostras rationabiies ad negocium pertinentes ad presens exaudire nolebat , quod absolut! sumus ab honere bujus negocii , et hoc publiée protestati sumus, coram omnibus prelatis et baronibus Francie. De pace si qnidem ad quam dominus. Papa voluit quod induceremus comilem Raymundum comminationibus et commonilionibus, respondimus domino Portuensi qood non erat necessarium examinare articules fidei nec Iractare de compositione que ad negotium fidei pertinet; sed bene volumus quod Ecclesia Romana , ad quam pertinet examinatio fidei, componat cum predicto Raymundo, sicat viderit expedire, salvo jure nostro, et salvis feodis nostris, sine alîqua diminutione, ita quod eis nullum onusnovum vel insolitum imponatur. — Ad nltimum dicimus eidem domino Portuensi quod de cetero ad nos de negotio Albigesii nuUum verbum reportaret, a quo sumus penitus absoluti. * Registre XWl du Trésor des chartes, fol. 14 r^. Conf. Vaissete , t. V, p. 627.
d'accepter la cession qu'Araaury proposait de lui faire de ses droits. Cette cession s'était effectuée ; ]es demandes du Roi avaient été admises ; le Saint-Siège avait même ordonné la levée d'un vingtième des revenus ecclésiastiques pour soutenir la nouvelle croisade. C'était à la veille de frapper un coup décisif que tout était remis en question, ou plutôt que les promesses les plus solennelles étaient retirées. Le bien de la Terre sainte que Ton invoquait était un prétexte : de puissantes influences avaient agi sur la cour de Rome. Frédéric II avait fait une diversion puis-^ santé en faveur du comte de Toulouse en ouvrant la perspective d'une croisade en Orient. L'évéque de Licbfield était venu par ordre du roi d'Angleterre implorer la bienveillance du Pape en faveur de Raymond VII, dont les ambassadeurs furent admis et bien accueillis par la cour romaine'. On parlait déjà de réconciliation avec l'Église, mais on comptait sans le clergé français, dont l'hostilité secrètement encouragée par le Roi fut telle, que devant l'expression de ces sentiments le bon vouloir du Saint- Siège dut céder.
Cette hostilité se manifesta dans un concile convoqué à Bourges au mois de novembre 1225 : le légat, au nom du concile, pressa le Roi d'entreprendre en son nom une expédition contre les Albigeois , et offrit pendant cinq ans le dixième des revenus ecclésiastiques du royaume ^. Louis VIII voulut se faire prier; il convoqua à Paris une assemblée de prélats et de barons qui Pinvitèrent à se charger de cette entreprise, et promirent de l'y aider jusqu'à ce que le succès eût récompensé ses efforts ^ (23 jan-
^ Rymer, Fœdera, t ^^ p. 271.
2 Sur Jes décisions du concile de Bourges, voy. la Déclaration du cardinal Romain. Vaissete, t. V, p. 647.
3 Acte du mois de janvier 1226. Orig. Trésor des chartes, J. 428, n<> 1 bis, — Conf. Teuict, t. II, p. 68.
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vier 1226.) En même temps Amaury céda solennellement ses droits au Roi, qui finit par accepter, mais déposa entre les mains du légat une protestation portant qu'il se réservait la liberté de quitter T Albigeois quand il lui plairait '. A la tête d'une armée de cinquante mille bommes il entreprit la conquête des Etals de Raymond VII , avec l'intention avouée de les garder. Ar la nouvelle de son approche un grand nombre de villes et de seigneurs firent leur soumission : on remarque alors en Languedoc un mouvement analogue à celui qui sept siècles auparavant avait facilité à Clovis la conquête du Midi : le clergé se met à la tête des populations pour solliciter l'arrivée du roi de France, aller au-devant de lui et se ranger avec joie sous sa domination. De toutes parts arrivèrent au Roi des adresses de soumission, où éclate un enthousiasme trop exagéré pour être bien sincère ^. Cependant beau* coup de seigneurs étaient flattés de devenir les vassaux
I DëclantioD du cardioal de Saint-Ange et des prélats da royaume de France (janvier 1226). Orig. Trésor des chartes, J. 428, n» 2. — Gonf. Teolet, t. II, p. 69 : iCnm Ludovicas rex Francie illostris ad honorem Dei et ad eihortationem nostram contra AJbigenses et iuimicos fidei signum cnicis de manu nostri legati snscepisset , ante receptionem dixit et protestatus est qaod ex ista crucis assumptione ef tali voto emisso non volt nec intendit obligari ad morandum in terra Albigesii, nisi quantum sibi placuerit, nec ad revertendnm illuc, cum inde redierit; et, quando placuerit ei, de terra recedere possitsine scrupule conscienlie...t
3 Voy. la lettre de 0. Garini et de G. Melchini, dont était poHeur Tabbé de Sunt-Gilles. Trésor des chartes, J. 400, n» 5i; Teulet, t. Il, n» 75. Voy. aussi la lettre transmise au Roi par Tabbé de la Grasse au nom de GwUaome • de Gerviera t. Ibidem, J. 428, n» 14; Gonf. Teulet, t. II, p. 81. H. Teulet a cru que ce Cerviera était Cervera en Gatalogoe; ils*est trompé : il s*agit de Servière, près de la Grasse. Sicard de Puy-Laurent est encore plus enthousiaste à la nouvelle de Tarrivée du Roi : c Tantus stupor ieticie, tanta replevit mentes nostras gaudii plénitude, quod fandi vires superat et scribendi. i 8 juin 1226. Orig. Trésor des chartes, J. 626, n^ 150; Teulet, t. II, p. 82.
directs de la couronne '. Avignon, ville aux traditions impériales et à Tesprit monicipal , tente de résister ; elle avait un intérêt particulier. Raymond VII lui avait engagé Beaucaire, Malaucène et le comtat Venaissin, contre un prêt d'argent *; elle est obligée de capituler après un long siège . Toulouse reste fidèle à Raymond VII , mais le reste du Languedoc se soumet. Louis , après avoir organisé administrativement les provinces conquises y se dispose à retourner en France ; il meurt à Montpensier, en.Auvergne (8 novembre 1226).
Cette mort met tout en question : Raymond Vil, soutenu par la sympathie de ses peuples, fait une guerre de partisans contre les Français. Les embarras d'une régence agitée empêchent Blanche de Gastille, mère de saint Louis, de lutter avec avantage : elle finit par comprendre que mieux vaut s'assurer une partie du Languedoc que risquer de ne rien garder en voulant tout avoir. L'abbé de Grandselve et le comte Thibaud de Champagne tentent un rapprochement auquel se prête le légat ; des conférences s'ouvrent à Meaux, et le 12 avril 1229 est signé à Paris un traité qui réconcilie Raymond VU avec l'Eglise , attribue à la royauté une partie du Languedoc, et lui assure le reste à l'avenir *.
1 Bcraard Ot , seigneur de Laurac , est lyrique : c Totis visceribus exultamus , quia utilitatis hinc fructum non modicum expeclamus , et maxime quia sub umbra alarum veMrarum ac moderato regimine subsistere affectamus. t Trésor des chartes, J. 400, n^ 71 ; Teulct, t. Il, p. 81. — Les seigneurs de Saint-Paul , pour rendre leur soumission plus agréable , vantent la situation avantageuse de leur château : c Gum castrum dictum prope si( et vicinum Tolose civitati et competenlihus habundct victualibus multum utilitatis ofTeret exercitui Jhesu Christi. t Trésor des chartes. J. 400, n® 73 (14 juin 1226). Il serait superflu de poursuivre Ténumëration de ces actes d'adhésion.
s 27 mai 1226. Orig. Trésor des chartes, J. 309, n» 4. — Conf. Teulet, t. Il, p. 83.
3 Orig. Trésor des chartes, J. 305, n» 60; Teulet, t. II, p. 147.