‹ Saint Louis et Alfonse de PoitiersChapitre 13 sur 82 · ALPOXSE DEVIENT COMTE DE TOULOUSE · texte numérisé non relu

ALPOXSE DEVIENT COMTE DE TOULOUSE

Participation de Raymond VII à la révolte do comte de la Marche. — Il est battu et demande merci. — Alfonse part pour la croisade. — Raymond meurt (27 septembre 1249). — Il est inhumé à Fontevrault. — Douleur que cause sa mort dans le Midi. — EnuméraHon des ûeh qui passent à Alfonse. — Éclaircissement sur les possessions de Raymond VII en Quercy. — Nombreuses acquisitions domaniales de ce prince. — La reine Blanche fait prendre possession des domaines du feu comte. — Curieux récit du chapelain d*Alfonse. — Résistance des villes. — Prétentions de'la coor de Rome sur le comtat Venaissin , et du roi d'Angleterre sur le Quercy et TAgenais. — Fait capièal : Ui prise de possession du comté de Toulouse se fait, non à titre d'héritage, mais en vertu du traité de 1229. — Importance de cette distinction. — Alfonse revient d'Orient. — Il visite ses nonveaux Etats. — Il fait casser le testament de Raymond Vil. — Examen de la légalité de cet acte. — Motifs qui ont guidé Alfonse. — Réclamations des églises légataires de Raymond.

Raymond ne cherchait qu'une occasion de recouvrer une partie des domaines qu'il avait perdus. Déjà en 1240 il avait essayé ses forces : il avait attaqué le comte de Provence , beau - père du roi de France , et battu des seigneurs français du Languedoc qui allaient au secours de Raymond Bérenger. Menacé par saint Louis , il dut se retirer ; mais il se vengea en refusant de secourir le sénéchal royal de Carcassonne , assiégé dans cette ville par Trencavel , fils du dernier vicomte de Béziers, qui avait soulevé contre les Français une partie des provinces royales du Midi '. Le comte de Toulouse fut obligé de se rendre

^ Sur les événements qui signalèrent le siège de Carcassonne, voyez la curieuse lettre du sénéchal Bernard des Ormes à la reine Blanche , publiée par M. Douët d'Arcq. Bibl, de T École des chartes , ii« série, t. II, p. 365.

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à la cour pour obtenir le pardon de sa conduite ' ; mais il espérait toujours une revanche. Aussi accueillit-il avec joie les ouvertures du comte de la Marche : il se concerta avec lui dès le mois d'octobre 1241, ainsi qu'avec le roi d'Aragon ^ : il s'assura le concours de ses principaux vassaux y des comtes de Foix , de Comminges , de Rodez , des vicomtes de Narbonne, de Lautrec, de Lomagne, du sire de Lunel , etc. Trencavel se mit en devoir d'accourir d'Aragon à la tête des faidits, c'est-à-dire de tous ceux qui avaient été obligés de s'expatrier pour s'être compromis par leurs opinions religieuses ou leur haine de la France. Le succès semblait assuré , mais la certitude du triom*phe ôta toute prudence. Des inquisiteurs de la foi furent massacrés à Avignonnet (28 mai 1242) par des hérétiques , avec la connivence des officiers du comte de Ton*louse : c'était mal commencer. C'était surtout une grande iaute que d'introduire les passions religieuses et le meurtre là où il ne devait être question que d'indépendance et d'honneur national. Ce crime souleva la réprobation des cœurs honnêtes, et attira les foudres de l'Eglise : Raymond VII fut accusé de complicité et excommunié. Il re« poussa, il est vrai, toute solidarité avec les hérétiques el se prononça solennellement contre eux, mais le coup était porté, et le clergé le dénonça comme un ennemi de l'Eglise. Pendant c[ue le comte de la Marche se faisait battre

< Traité de Moolargis, veOle des ides de mars 1240 (14 mars 1241). Reg. XXVI du Trésor des chartes, fol. 183 ir«.

2 Le lundi avant la fête de saint Luc 1241, Hugues de Lusignan promit à Raymond VII i quod ipsum ad requestam suam juvabimas bona fide contra omnes homines qui ei focerent injuriam ve\ gravamen. Hoc idem predîcto comiti pro domino J. rege Arragonîe snb eodem promisimus juramento fideliter observere >. Orig. Arch. de TEmp., J. 192, n» 5. Par un traité conclu le 18 avril 1241 , le comte de Toulouse et le roi d* Aragon avaient fail on traité d'alliance, sauf contre le roi de France. Idem, J. 539, n^ 3.

60 LIVRE PREMIER. — RÉGIT DES ÉVÉi\EME\TS.

en Saintonge , Raymond envahissait le bas Languedoc et prenait le titre de duc de Narbonne.

11 se rendit au mois d'août à Bordeaux auprès du roi d'Angleterre 5 et tenta de lui donner du courage : il convint avec lui d'un traité d'alliance offensif contre saint Louis; mais ses efforts n'eurent aucun résultat. Il fut obligé de rentrer dans ses Elals, que venait d'envahir une puissante armée où l'on comptait un grand nombre de Normands. Cette armée s'était réunie en Auvergne sous la conduite d'Imbert de Beaujeu ' et del'évéquedeClermont, et était entrée en Agenais et en Quercy. On ne sait presque rien de ses opérations : cependant elle s'empara de plusieurs villes où elle mit garnison , notaniment de Penne et de Caslel-Sarrasin ; mais Raymond vint assiéger ces villes, et pressa Castel-Sarrasin si étroitement que les assiégés furent réduits à manger leurs chevaux*. L'inaction de Henri III et du roi d'Aragon, la soumission du comte de la Marche ne laissaient plus à Raymond d'espoir de vaincre, ses alliés l'abandonnèrent : le comte de Foix, qui avait été un des plus ardents à l'exciter à la révolte , fut le premier à faire sa paix avec le Roi à condition de relever immédiatement de la couronne (5 octobre); il déclara même la guerre à Raymond au nom du Roi et de l'Eglise '.

L'évêque de Toulouse qui éprouvait une sincère affection pour Raymond le pressa vivement de se réconcilier avec saint Louis. Le comte y consentit, mais le Roi voulut que Raymond se rendit sans condition. Se sentant

1 Registre des enquêteurs de saint Louis en Normandie. Arch. de TEmp., J. 783.

^ Ibidem, i Hugo de Monte- Acuto , miles de Nonnant, conqueritur quod cum ipse eiset in servicio d. Régis, et in municione Castri Sarraceni, in terra Albigensium, et plures alii scrvientes, cum eo, famé coacti snnt cornedere qnemdam roncinum suum. •

» Trésor des chartes, J. 332, n» 6.

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perdu, le comte écrivit le 20 octobre pour demander grâce au Roi. Il supplia la reine Blanche d'intervenir en sa faveur, alléguant un grand repentir et promettant de servir le Roi fidèlement, de défendre et d'honorer l'Eglise, de proléger la foi catholique et de purger le pays des hérétiques \ Le prévôt de l'église de Toulouse se rendit auprès du Roi porteur de cette missive : il arrivait à temps , car saint Louis avait déjà obtenu un vingtième des revenus ecclésiastiques et se préparait à une nouvelle croisade. La plupart des seigneurs languedociens avaient fait leur paix séparément. Saint Louis et la reine Blanche, qui, bien qu'elle ne fût plus régente, avait une grande part au gouvernement , accueillirent favorablement l'émissaire du comte de Toulouse. Raymond , après avoir donné des sûretés de l'exécution de ses promesses , se rendit au mois de janvier 1243 à Lorris, ou il reçut son pardon en bonne forme, à condition de faire prêter serment de fidélité au Roi, suivant les formules du traité de Paris, par tous les nobles, bourgeois et roturiers de ses domaines, âgés de pins de quinze ans^ : il remit plusieurs châteaux à titre de sûreté '.

En 124ti, Alfonse prit la croix avec saint Louis , et après avoir fait d'immenses et dispendieux préparatifs il se disposa à partir pour la croisade en 1249, amenant au Roi , selon l'expression de Joinville, l'arrière-ban du royaume de France : il s'embarqua le 26 août 1249à Aigues-Mortes, avec Jeanne sa femme. Raymond VII était venu faire ses

' Orig. Trésor des chartes, J. 309, n*» 29. Lettre datée de Pennc-d'Agen le 20 octobre 1242.

s Traité de LorrU, janvier 1243. Orig. Trésor des chartes. J. 305, n» 10.

3 Ibidem. J. 305, oP 9. — Le 10 janvier, Haymond VU s* engagea à chasfer les hérétiques de ses terres. Ibidem, J. 428 , n^ 9. Cette promesse fut faite- spécialement à la reine Blanche.

- adieux à son gendre et à sa fille : de là il se rendit en Rouergue ; la fièvre le prit dans un château près de Rodez : il se fit transporter à Millaud , et y mourut en paix avec l'Eglise le 27 septembre. Il avait fait un testament où il élisait sépulture à côté de sa mère la reine Jeanne, dans Tabbaye de Fontevrault * : il instituait sa fille son héritière et chargeait un noble languedocien , Sicard d'Alaman , du gouvernement de ses domaines jusqu'au retour d'Alfonse : le lendemain il compléta dans un codicille ses dernières volontés *; il avait cinquante-deux ans. Son corps fut porté à Toulouse : là , on l'embarqua sur la Garonne y et on le conduisit au monastère du Paradis en Agenais. U y resta en dépôt jusqu'au printemps suivant, où, sa sépulture étant prête, il alla reposer dans la noble abbaye de Fontevrault aux pieds de sa mère, à côté de Richard Cœur-dc-lion et des autres princes de la famille royale d'Angleterre.

La tombe de Raymond lll n'a point pailagé l'étrange destinée des sépultures dont elle était entourée , profanées sous la République , transportées au musée de Versailles, restituées à Fontevrault, cédées à l'Angleterre, et en fin de compte conservées comme un souvenir historique dans la chapelle d'une prison. Elle n'attendit pas 1 793 et le marteau révolutionnaire. Dès 1668, une princesse do sang^ abbesse de Fontevrault, trouvant que le tombeau du comte de Toulouse gênait à^os le chœur de son église, le déplaça; et rooinie elle le jugeait barbare et gothique , elle substitua à re£,^:c couchée du prince, qui était un portrait, une fi.nire z^^fooui^]^ , fAn^ caractère et sans vérité *. Ray-

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