ALPONSE DEVIENT COMTE DE TOULOUSE
mood VII était plus heureux que son père, dont les os privés de sépulture se montrèrent pendant des siècles comme un objet de curiosité '.
La mort de Raymond VII excita dans tout le Midi une douleur profonde ; en lui s'éteignait la race des comtes, dont Torigine remontait au neuvième siècle. Les Français allaient dominer : quelle conduite tiendraient-ils? Graves sujets d'inquiétude pour les populations méridionales, qu'une étroite sympathie, resserrée par le malheur, avait unies à leurs chefs. Pour gagner sa dernière demeure , le corps de Raymond VII traversa tous ses anciens États : ce fut pitié de voir le peuple accourir rendre en pleurant un dernier hommage à celui qui avait été son seigneur naturel. Le deuil fut général; et aux yeux des catholiques les plus fervents celte mort, qui mettait fin à la lignée des comtes nationaux, était un châtiment de Dieu , qui voulait punir le Midi de sa participation à l'hérésie ^.
Alfonse devint le plus puissant feudataire du royaume. Nous avons vu que le traité de Paris de 1229 avait partagé le Languedoc entre le Roi et Raymond VII. Par le Languedoc il ne faut pas entendre ici seulement la province qui portait ce nom dans les derniers temps de la monarchie. Au douzième siècle, et même au commencement du treizième siècle, on appelait Provence non-seulement la province connue depuis sous ce nom , mais encore une
< Voy. La Faille, Annales de Toulouse, t. I, p. 126. Le crâne de Raymond VII avait cette particularité qu'on y voyait une fleur de lis.
3 Voici comment s'exprime Guillaume de Puy-Laurent : i Ad sepeliendum apod Fontem Ebraudum, ut elegerat, deportatur; eratqoe pietas prios et posterios videre plèbes ejulare et flere dominum naturalem , et a modo nullom de sua linea expectare ; sioque fieri Domino Jesu Gbristo placuisse ut cnoetis inootesceret quod propter peccata labis heretice multasset Dominus oniversam sublato sibi domino liberali. i Gatel, Comtes de Tholose, p. 100, cap. xLnn.
partie du Languedoc moderne '. Après la guerre des Albigeois, on appela partes Tholosane ce qu'avait conservé Raymond \W de ses anciens Élals, ei partes Albienses les provinces que la royauté s'était fait céder. Après la mort d'Alfonse, la couronne se vit maîtresse des anciennes possessions des comtes de Toulouse. Ses domaines directs s'étendirent de la Manche à la Méditerranée. De la différence bien tranchée des deux langues parlées au nord et au midi de ces vastes possessions , naquirent les noms de Langue d'oïl et de Langue d'oc, donnés, le premier aux pays situés au nord de la Loire, ainsi qu'au Poitou , à la Saiutonge et au Bourbonnais ; le second , aux provinces que la royauté possédait dans le Midi , c'est-à-dire au Languedoc de nos jours et à une partie de la Guyenne.
Par le traité de 1229 saint Louis eut tout le bas Languedoc, comprenant les diocèses de Magueione, de Nimes, d'Agde , de Narbonne , le pays d'Uzès , les Cévennes , le Vivarais , le Velay, le Gévaudan , la moitié de l'Albigeois.
Raymond conserva :
P Le comté de Toulouse , sauf plusieurs fiefs qui avaient été donnés au sire de Lévis , maréchal de l'armée de la foi , dont le Roi retint l'hommage, et le comté de Foix, qui fut déclaré relever directement de la couronne pour récompenser le comte qui avait abandonné en 1242 Raymond VII dans sa révolte. Alfonse réclama en vain; le comté de Foix fit partie jusqu'à la Révolution de la sénéchaussée de Carcassonne.
^ Voy. Ménard, Histoire de Nismes ^ t. II, notes, p. i; Vaissete, l. II, p. 630, et t. III, p. 96; Catci, Comtes de Tkolose, p. 2 et 3.
^ C'est ce qui résulte d'une foule de documents, entre autres du Registre des enquêteurs d' Alfonse (J. 190, n» 61), où leQuercy est raogé sous la rubrique générale : Partes Tholosane. L'expression lingua occitana est une traduction latine barbare du mot langue d'oc.