‹ Saint Louis et Alfonse de PoitiersChapitre 15 sur 82 · ALKOYSE DEVIENT COMTE DE TOULOUSE · texte numérisé non relu

ALKOYSE DEVIENT COMTE DE TOULOUSE

2^ 1/ Albigeois, au nord du Tarn '.

3"* Le Rouergue. Rodez appartenait à un comte particulier nommé comte de Rodez : Saint-Antonin avait été cédé au Roi en 1229 par Raymond ^ et fit dès lors partie de la sénéchaussée de Carcassonne ^.

4** Le comtat Venaissin. Ce comté, appelé aussi marquisat de Provence, avait été confisqué par le Saint-Siège; mais le pape Grégoire IX l'avait rendu à Raymond VII en 1234. Avignon appartenait par indivis au comte de Toulouse et au comte de Provence; cette grande cité n'était pas censée faire partie du comtat Venaissin, dans lequel elle se trouvait enclavée \

5** Le Quercy et TAgenais. Il est utile d'entrer au sujet du Quercy dans quelques explications. Dom Vaissete prétend que Raymond VII possédait toute cette province, à l'exception de Cabors : c'est une erreur. Le comte de Toulouse n'avait tout au plus que la moitié du Quercy. Dans les comptes de recettes de ses domaines, le Quercy est divisé en douze baylies, dont onze situées au midi du Lot, qui divise la province de l'est à l'ouest en deux parties à peu près égales, et une seule située au nord de cette rivière. Cette dernière baylie était désignée sous le nom de baylie d'Outre-Lot. {tdtra Oltim) ^, et ne com-

< TraiVe de Paris. Vaissete , t. VI, Preuves , p. 330. Sur les limites de TAlbigeois et du Toulousain, voici un passage curieux d*une charte de Tan 12^2 : i Prout rivus de Parer incipit prope Testonera dividende Tholosanum et Albigesiom, descendendo usque ad flumen Tarni prope portum de Oonbleos. • Becueildes ordonnances, t. XV, p. 423.

^ Le vicomte de Saint-Antonin céda ses droits particuliers en i2V9.

^ Voy. une lettre de saint Louis, relative à la monnaie de Saiut-Anlonin. Bibl. imp., Tonds latin, nP 10918, fol. 14.

^ Voj. plus loin le chapitre consacré aux divisions administratives.

^ Cette baylie d*Outre-Lot est peu connue. Dans un compte publié par Vaissete (t. VI, p. 4S4), clic Ggure sous le nom de ultra Cusi, ce qui est

prenait que des localités voisines de TAgenais. Tout le reste du haut Quercy était dans ia mouvance du Roi. L'évéque de Cahors avait profité de la guerre des Albigeois pour se rendre vassal immédiat de ia couronne *. Il en fut de même des vicomtes de Turenne , qui possédaient Martel ^, des puissants seigneurs de Gourdon', et de plusieurs autres feudataires quercinois, auxquels le Roi promit de ne jamais les distraire de la mouvance directe de ia couronne. L'abbé de Figeac était dès le douzième siècle vassal royal, et Philippe Auguste, ainsi que nous l'avons déjà dit, avait donné en 1196 à Raymond VI la garde de ce monastère; mais après la croisade, l'abbé rompit ses liens avec le comte de Toulouse^, et son abbaye ainsi que le prieuré de Souillac devint vassale immédiate de la couronne. A partir donc du premier quart du treizième siècle, tout le haut Quercy relevait sine medio du Roi, et était placé sous les ordres d'un sénéchal royal qui gouvernait cette province ainsi que le Périgord et le Limousin. Le traité de Paris , en restituant à Raymond VU le Quercy, réserva

une faute de lecture; dans le Rcg. XI du Trésor des chartes « elle est appelée ullra ÂioJifm. \ous rétablissons, diaprés plusieurs textes originaux, le vrai nom de cette baylie.

^ Uipidinede Philippe Auguste d*octobre 1211 ; Gallia christiana, t. I*', p. \'»\%, Le 12 des calendes de juillet 1211, Tévéque lit hommage à Simon de Xlonlforl pour le comte de Cahors , tel qu'il le tenait de Raymond VII. RegLylrum Curie, fol. 13. Sur les droits du Roi à Cahors, voy. Actes du Parlement de Paris, 1. 1^**, Arrêts et cnquélcs antérieurs aux Olim, p. cccviii, n» 22 , ruquéte de Tan 1246.

3 Diplôme de Philippe Auguste de septembre 1217, Reg. Vil du Trésor des chartes, fol. 55.

3 Hommage de Bertrand dcGourdon à' Philippe Auguste, décembre 1211. Bibl. de l'Fxole des chartes, l**** série, t. III, p. 446.

* Carlul.de Raymond Vil, fol. 61; Brussel, Xouvel usage des fiffs , t. II, p. 780. — Pour la preuve que Figeac était du temps d^Alfouse soumis an Roi, voy. Otimy édit. Beognot, t. I«% p. 6S1.

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expressément les fiefs que Philippe Auguste y possédait lors de sa mort, c'est-à-dire la moitié du pays *.

Un fait curieux qui a échappé à dom Vaissete, c'est Tardeuravec laquelle Raymond VII avait, à partir de 1229, travaillé à étendre ses domaines directs dans les provinces qui lui avaient été laissées , et à réparer ainsi les pertes qu'il avait faites. Il ne cessa d'acheter des châteaux ; Te registre connu sous le nom de Cartulaire de Raymond VU nous fait connaître ces acquisitions dont il reproduit les instruments^. En voici les principales :

Comté de Toulouse. En 1 233 Raymond acquit de R. Unaud une partie de Saint-Rome'; en 1236, une autre partie d'Aymeri de Roquefort*; la même année, le reste, d'Aymeri de Castelnau\ En 1245, Aicard de Miramont lui vendit le tiers de Cintegabelle ®, et en 1248, Bernarde, fille d'Aicard de Cintegabelle, abandonna ses droits sur le même fief. Raymond VII échangea la moitié du château de Vaziége contre Gardouch ^ : il réunit à son domaine en 1234 Montgiscard*, et en 1237 et 1238, Buzet '® : en 1238, différents domaines à Antenac, à Rieux et à Montesquieu '';

1 I Epîscopatam autem Gaturcensem dimiUit nobis Rcx, excepta civitate Catorcense et feodis, et aliis que habuit in eodem comitata rex Philippus, avus pjtis, tempore mortîs sue. «

2 Le Cfirtulairc de Raymond VU est conservé au Trésor des chartes , oii il est coté Registre JJ. XIX.

3 Girtiilaire de Raymond VII , fol. 172, vu die exitus mensis aprilis. ^ Ibid., n" 7, xi die cxitns mensis marcii ii. ce. x\xv.

* Ibid., n® 8, ÎV décembre.

« Ibid,, n« 9.

'* Ibid., nP 144.

8 IbiL, n'M04.

• Venlu par Aicard de Miramont, n® 171. .^0 \«»4,6et 158.

" Cédé par Genlile, fille dVAdhémar de Gcnsic, a«» 15.

en 1246, la moitié de Fanjaux'; en 1248, Cepet^j en 1249, Laurac \ En 1246, dame Siguis et Eude de Lomagne lui cédèrent leurs droits sur le comté de Fezensac*.

Querci. En 1246 les seigneurs de Montdenard abandonnèrent au comte le domaine de ce château ^, et Eude de Montpezat, ce qu'il avait à Montpezat.

Rouergue. En 1246, Guillaume de la Queilhe céda ses droits sur Najac ^ du consentement de ses (ils \

Périgord. L'abbé de Sarlat inféoda à Raymond VI le château de Baynac, en 1238 ^

Agenais. Pierre de Lavarzac vendit en 1246 le tiers du château de Lavarzac^.

Venaissin. En 1235, Frédéric II donna Ile et Carpentras '^. Elzéar vendit en 1247 le château de Seguret*', et en 1248, Guillaume de Caderousse la vingt-quatrième partie du domaine de Caderousse *^

Dès que Raymond VII eut fermé les yeux, le sénéchal de Carcassonne s'empressa d'en instruire la reine Blanche, qui envoya deux chevaliers. Gui et Hervé de Chevreuse , et Philippe , trésorier de Saint-Hilaire , chapelain du comte de Poitiers, recueillir la succession du comte de Toulouse. On a découvert récemment une missive en lan-

< Vendu par dame Na Cavaera , n9 78.

- Vendu par P. Embrinus, n» 145.

* \o* 70 et 71.

^ Ibid., no 1.

(^ 8 des ides de mai, n» lOi.

'^ 2 des calendes de juin, n<* 102.

« 3 septembre 1*30, n<» 132.

^' 1246. Undecima die exitus septembris, feria 5, n« 66.

«t> Décembre 1235, n» 113.

'1 12 des calendes de juin , n^ 142.

«2 2 des ides de janvier 1247, n«l23

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gue vulgaire écrite par le trésorier de Saint-Hilaire à son maître, alors en Orient, et qui ne se doutait guère de la haute fortune qui lui arrivait en France. C'est une lettre intime et d'affaires, où le fidèle chapelain rend compte des soins qu'il s'est donnés depuis le départ d'Alfonse pour accomplir ses ordres et veiller à ses intérêts; mais la partie la plus curieuse est le récit détaillé des événements qui suivirent la mort de Raymond, l'envoi d'une commission pour prendre possession de ses États, les difficultés que rencontrèrent les commissaires. Cette lettre est, ainsi que celle qui fut adressée à la reine Blanche au sujet de la révolte du comte de la Marche, dont nous avons tiré tant de lumières, un de ces trop rares documents historiques qui permettent d'assigner aux événements auxquels ils se rapportent leur véritable caractère : ils donnent surtout, ce que ne font jamais les chartes, la signification morale des faits. La lettre du chapelain d'Alfonse est précieuse sous ce rapport; elle montre avec quelle défiance le Midi accueillit l'avènement d'un prince du sang royal. Mais laissons parler le trésorier de Saint- Hilaire, sauf à éclairer et à compléter sa lettre *.

tf A son très noble et son très chier seignor, Alfonz, fuiz le roi de France, comte de Tholose et de Poitiers, et marquis de Provence, Phelippes, ses devoz chapeleins, saiuz et soi tout à son servise et à sa volenté.

9 Voz lestres que vos m'envoiates par le message lo Roi closes et overtes, ge les reçui liement et o grant affection de cuer, à Paris , le lundi devant la feste saint Mathias l'apostre; et entendu par celés vostre arivement à Damiete, et vostre santé, et la joie que li Rois et vostre

* Orig. Arch. de l'Emp., «oppL du Trésor des chartes, J. 890. Cette lettre a été publiée pour la première fois par M. Saint-Brice dans la Bibliothèque de r École des chartes, !»■• série, t. I«f, p. 389 et suiv.

frère , et li baron vos Brenl, ge fui moull durement eleesciez en cuer; mes nequedenl ge me merveillié moult et me fu moult grief de ceo que vos arivates en Chipre et de ceoque voslre passages fu tant retardez, mes je crois certennement que \ostre Sires le fist à vostre bien et à acressemant de corone et de mérite, se vos cez travaux et les autres que voz avez soiTerz et sofferroiz recevez humblement et en bone pacience. Et toutes les choses que vos feroiz soit en buvent, soit en mengent, ou en toutes choses faisant, adreciez, selonc le conseil de l'Apostre, et faciez à Ténor de Dieu , et ge croi bien que voz aiez bone voienté dou faire , et Nostre Sire vos en dont le poeir.

n Et sclonc le mandement que vos me feites par voz lestres, ge vos faz à savoir par cez présentes lestres le procès, et les novelles et les choses qui sunt avenues en France , puis que voz passâtes.

» Sachiez, sire, que celui jour mesmes que vos feites voile , si tout comme j'oi perdue la veue de voz nés, qui me fu grant meseise et grant engoisse de cuer, ge me parti dou port et m'en ving par mes jornées droit à madame la Roine, à Pontoise, que ge trové moult liée des novelles que ele avoit oïes deus jourz avant que je venisse à lui, de la prise de Damiete; et moult en fu esjoïe toute France; et meesment à Paris et es leus voisins en firent la gent grant joie et processions, et oroisons et aumosnes, et en loèrentNostreSeignorhumblementetdevotemant.Etquant ge fui venuz à Madame, ge li dis et raconté combien vos aviex demouré au port , et le jour et l'eure de votre passage, et les granx despens qu'il vos avoit convenu faire , et li prié de par vos que ele, comme mère, meist conseil en voz afaires, car toute vostre fiance et toute vostre atendence si en ert à lui. Elle respondi que si feroit-ele mouU volentiers.

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D Après ceOy ne demora que un pou de tens que ele oï novelle de la mort le comle de Tholose qui avoil esté morz, si comme il me remenbre, la veille de la Saint Micbiel à la Milloe, et qui avoit fait moult bêle fin, si comme l'en disoit , et avoit bien fait son testament et ordené de ses choses ; et ce porroiz vos bien voeir par le testament meesrae que ge voz envoi saelé de mon sael. Si tost comme Madame ot oies ces noveles, les quelles ge meesmes avoie jà oies , ele me manda que ge alasse à lui sanz deloi à Gourboil; et ge tantost i aloi et trové avec lui Hemeri Portier qui ces noveles li avoit aportées. Et ilueques ele ot conseil que ele manda monseignor Ansel de risle, monseignor Gui et monseignor Hervé de Chcvreûse, que il venissent à lui sanz délai, et il i vindrent. Et fu alorné que misires Guis et misires Hervé et ge aleissons au parties de Tholose et de Albigeis pour la terre et pour les feutez recevoir en voslre nom. Et nos i alames, si que nos fumes là le diemancbe après la Saint Martin d'iver.

» Misires Secars \ à cui li cuens de Tholose avoit lessié la garde de sa terre, à cui noz feimes savoir nostre venue, vint avant enconire nos à Chalelneef ^ et nos reçut moult liement. Et d'iluecques vint avec nos jusqu'à Tholose. Et li borgeis de la vile, li greignor et li plus poissant, quant il sorent nostre venue, vindrent encontre nos à granz chevaucheures et nos reçurent moult liement. Et nos fu avis, et est encore, qu'il soient moult lie de vostre seignorie, à quoi il sont venu.

» Landemain au matin, nos les feimes asambler en la meison dou commun, et leur proposâmes la besoigne pour-

* Sicard d*Alainan , institué par Raymond VII gouveroear général de set Etats jusqu'au retour d'Alfonse.

3 Gasteluaii, Haute-Garoone , arr. de Toulouse.

quoi nos estions venu là. II nos respondirent que il avoienl envoie des leur greignors borgeis à madame la Roine, pour cette besoigne meesme et pour confermemant avoir de leurs franchises, et nos prièrent que nos soffrissons tant que leur messages fussent revenu. Et nos nos sofiVimes et les atendimes par quinze jourz et plus. Nos, endemantières , mandâmes à touz les barons et aus chevaliers et ans consès des bones viles de Tholosan qu'il fussent à nos à certein jour pour feire les feutez en vostre nom. Et à ce jour vindrent li cuens de Cominges et pluseurs des autres barons et des chevaliers et des consès, et nos firent les feutez volentiers, si comme leur requimes. Et après ceo, quant li message de Tholose furent venu de madame la Roine , il nos firent volentiers les feutez, selonc la forme que Madame nos envoia escrite et saelée, par els meesmes.

» Cez choses faites, nos meismes chateleins es chatiaux et les feimes garnir; c'est à savoir le chatel Narboneis, Lorac, Laval, Villemur, Verdun et Sainte Gazele. Et ces choses faites, nos alames aus autres bones viles de Tholosan, de Albigeis, de Caoursin, et receumes les feutez. Et après ceo, nos alames à la cité de Agen et requeimes les feutez, mais il ne les nos voidrent pas faire , car leur franchises estoient teles, si comme il disoient, qu'il ne dévoient pas jurer devant ceo que vos leur eussiez juré. Et li baron et li chevalier de Ageneis respondirent ausinc, ne ne voidrent faire les feutez lors. Nos, cez choses oies, nos soflrimes et nos partimes d'ilueques et venimes à Mirmande, et ilueques receumes les feutez. D'ilueques nos alames à la Riole , à monseignor Symon de Montfort , à la comtesse , sa femme, qui ilueques estoient, et nos avoient mandé et prié par lestres que nos i alessons. Ilueques nos les trovames et i geumes une nuit, et nos firent moult grant joie, et parlâmes à monseigneur Symon en tele manière

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que il ne receut nus des maufeteurs de vostre terre en la sene , ne vos de cels de la sene en la vostre. Et quant H baron et li chevalier et li borgeis de Ageneis virent que nos estions à un acort, si furent moult esbabi. Et sacbiez que nos parlâmes à monseignor Symon d'endroit la voie d'outre mer, et entendimes de lui qu'il a bone volenté de passer à ceste feste Saint Johan. Et sachiez que il tenoit Ga^coigne en bon estât, et que tuit li obeisseent ne n'oseent rien enprendre contre lui; et avoit prins le chalel de Fronçac seur monseignor Ernault de Blanquefort et le tenoit en sa main.

» D'ilueques nos en revenimes par Mirmande droit à Penne en Ageneis, et receumes illuec les feutez de cels de la ville, et meismes chatelein et garnison ou chatel. Et ilueques vindrent à nos aucun des borgeis de la cité de Agen pour touz les autres, et aucun des barons et des chevaliers de Ageneis, et nos offrirent à faire feuté en forme qui n'estoit pas bone, ne profitable. Pourquoi , nos ne la volsimes pas recevoir. Et s'en partirent issinc de nos li borgeis de Agen, mes il remest aucuns des barons et des chevaliers de Ageneis qui firent la feuté, si comme nos leur requimes. Et li evesques de Agen qui a esté toujours en ceste besoigne avec nos et qui bien et léalment s'i est portez, et de cui nos nos devons moult loer, nos fist la sene feuté moult volentiers.

n Ces choses faites nos en revenimes en l'eveschié de Rodois et receumes les feutez des bones viles et des chevaliers. Et cez choses toutes parfaites et le païs leissié en bone seurté et en bone pais , noz en reveqimes en France par nox jornées un poi devant la Chandeleur droit à Bealmont, où madame la Roine estoit, et li raportames tout le procès et toute l'ordenance de la besongne, si comme nos l'avons faite.

)7 En la lerre de Venissi ' noz n'alàmes pas, pour ce que ele nos esloit trop loigh'gne el parce que li evesques d'AIbenne* ert alez en celé lerre pour avoir la à TEiglise; si ne volons pas qu'il nos meist à reison de cesle chose, mes noz i envoiames le seigneur de Lunel , pour prendre les feulez, qui bien s'est contenuz en cesl afaire, si comme il nos est avis. Après ceo, aus oictèves de la Chandeleur ge fui à Paris pour voz contes oïr avec meistre Renaut et avec monseignor Pierre de Esnancourt, et oï lors le conte de la Tousainz, auquel ge n'avoie pas esté, et puis, celui de la Chandeleur. Et sachiez qu'il sunt moult petit ce me sanble avers ceo que il soient estre, et la value de la terre en cez deus termes je vos envoie en escrit par ce que je voil que vos les voiez et les sachiez.

)) Et sachiez que misires Secarx et li sires de Lunel, et Bârraut des Baux et moult d'autres du pais vindrent à madame la Roine à Meleun , la seconde semeine de quaresme, et lors vindrent li censés d'Agen qui nos avoient née la feulé à faire , et la firent par devant madame la Roine. El fut ilueques moult Iraiclié des besongnes dou païs , et Barrant des Baus s'olfri moult el promist à votre service, et promit à traire à vosire volenlé el à voslre obéissance et de voslre frère le comte de Provence, la cité de Avignon et de Arle , et en fist seurlé de serement el de lestres. El ilueques misires Secarz nos bailla- en escrit la value de toute la lerre , laquele ge voz envoi en escrit par le porteur de cez lestres. Et sachiez que ge li prié moult qu'il vos envoiast argent, s'il onques poeit, mes il respondi qu'il ne creoit pas qu'il vos en poist point envoier à cesl passage , car il et la terre estoient trop encombré des leis

1 Comtat Venaissin.

'«^ L'évéque d'Albano.

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et des deites le conte paier. Et lors fu ordené par Madame et par lui que li cors le coûte de Tholose seroit aporlé le dimanche devant TAscension àFontevrautoù il avoit esleue sa sépouture.

» Estre cez choses, sachiez que li rois d'Angleterre prist la croix en caresmes à movoeir à sis ans, mes moulz de genz croient qu'il ne le fist que pour relarder la voie des croisiez d'Engleterre. Et sachiez que madame la Roine envoia à l'Apostole pour pourchacier qu'il fussent escoumeniez, se il ne passéent au passage d'aoust, et ensinc fu pourchacié et otroié de l'Apostole. Et sachiez que li cuens Richarz ' et sa feme vindrent en France en cest caresme, et alerent à Saint Calmon , et d'ilueques ala li cuens Richarz à l'Apostole, mes ge ne sui pas certeins pour quoi. En sa revenue, il vint à Meleun à Madame entour les trois semeines de Pâques , et misires Symon de Montfort i vint ensement, et fu traictié de trive et a esté alongnié celé trive de la Saint Jehan an cinc anz.

D Ge vos faz à savoir que madame la Roine vostre mère et madame Ysabel vostre seuer, et vostre neveu sont sain et haitié, et ge lou et conseil que vos la merciez par lestres dou conseil que ele met en voz besongnes, et la priez que ele comme mère soit entenlive à faire les , et que ele i meste tout le conseil que ele porra.

» Li réaumes de France et vostre (erre sunt en paisible estât par la grâce de Dieu. De rechief , sachiez, sire, que de la promesse que li Apostoles vos fist de sis mile livres de Parisis que nos n'en n'avons mie eu, dom ge loeroie que voz priessiez l'Apostole par voz lestres qu'il les rendisl, et que vos li recommandoiz vos besongnes, et que vos toutes lefoiz que vos envoierez a cez parties que vos à lui et au

1 Richard, comte de Gornouailles , Trère de Henri III, depuis roi des Romains.

frères faciez savoir par voz lestres voslre eslat et le voz frères et le procès de la besongne de la Terre saînle , quar il en seront moult liez , et en ameront mieulx voz besongnes. Et sachiez que ge entendu qu'il sont corrocié quant l'en ne leur escrit.

n Fromaches , et vins et harans ge vos envoi par Guillaume de Monleart, et par Jehan de la Haie, qui volenliers travaillent en voslre afaire, tant comme vos mandates par voz lestres y et vos envoi par cez meemes , ovcc l'avoir lo Roi, que en or, que en argent, que en tournois, xvii ii. iiu c. im livres v solz et v deniers de tournois. Et sachiez que je ne poi plus envoier, quar voz detes que l'en vos doit l'en ne les peot pas bien avoir, et meemement celés que li cuens d'Angolesme et se frères, et misires Renauz de la Pareite vos doivent. De cez deniers que ge vos envoi , sachiez que il i a ini m. vu c. xxxi livre xvi solz de tournois et XVII mars d'estellins. Et sachiez qu'eles sont moult escoulées, et que je dout que nos n'en puissions moult avoir, quar eles sont moult haineuses, et i avons moulz de nuiseurs, si comme vos seustes avant que vos en partissiez. Et nequedent g'i travalleré , tant comme ge pourroi par moi et par autrui.

» Ge vos soupli en toutes les menières que je puis que vos esjoissez en \ostre Seigneur et que vos aiez vostre cuer en peis et en léeté, quar vos estes ou servise de Celui qui est amierres et faissieres de peis, et que vos, vostre estât et le procès de vos besongnes de là me faciez savoir quant vos auroiz par qui. Et sachiez que vos avez moult d'oreisons de moult de bones genz, en qui vos devez avoir moult grant fiance. Nostre Sires vos gart. Et je voz lou et vos conseil que vos escrivez aus barons et au chevaliers et aus bones viles d'Aubigeis , selonc les formes que ge vos envoi saelées de mon sael, ou souz meilleurs formes, si

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comme vos vcrroiz qu'il soit à faire. Et à Madame envoies ausinc unes lestres de procuration overtes souz la forme que ge vos envoi avec les autres formes, ovec le testament devandit. Ge vous envoie en escrit la value de toute votre terre d'Aubigeis, et sachiez que je n'ai eu nuleslestres de vos, fors celés, samplus, que vos m'envoiates par le message lo Roi.

y> Cez lestres furent données à Courbeil le mercredi après les trois semaines de Pâques. »

Il y a un point capital qui ne ressort pas de la lettre du trésorier, mais sur lequel nous ne saurions trop attirer l'attention, c'est que la prise de possession du comté de Toulouse se fit, non pas en vertu du testament de Raymond VU, mais bien aux termes du traité de 1229. Les actes originaux de serment de fidélité au nouveau comte qui nous sont parvenus sont rédigés d'après cette formule : tt Je serai fidèle à monseigneur Alfonse, comte de Poitiers et de Toulouse, et marquis de Provence, et aux fils qu'il aura de madame Jeanne, sa femme, fille de feu Raymond, comte de Toulouse : je conserverai de bonne foi et de toul mon pouvoir leur vie, leurs membres, leur -seigneurie et leurs droits, j'obéirai à ceux qui gouverneront leur terre pour eux , sauf le droit de monseigneur le roi de France et de ses héritiers, suivant la forme de la paix conclue à Paris entre le Roi et ledit Raymond ^ »

Notons la résistance que leis communes opposèrent et l'énergie avec laquelle elles sauvegardèrent leurs privilèges. Les consuls de Toulouse refusèrent de jurer fidélité purement et simplement , et n'y consentirent que lorsque la reine Blanche les eut autorisés à joindre à leur serment

' Trésor des chartes, J. 308, n® 67 : > Forma jiiramenti quod facieat cives Tbolosaoî. i — Lundi, 6 décembre 1249.

une prolestaljon en faveur de leurs droits '. Les consuls d'Agen se montrèrent encore moins accommodants : il fallut les mander devant la régente à Melun et leur faire prendre l'engagement d'être fidèles à Alfonse , absent pour le seroice de Jésus-Christ. Cette clause était une satisfaction qu'on leur accordait et qui leur permettait d'exiger personnellement d' Alfonse, à son retour de la croisade, le serment de respecter leurs privilèges ^. Les autres villes se contentèrent du serment du sénéchal ou du bayle.

On ne savait rien jusqu'ici de la manière dont Alfonse avait été investi du comtat Venaissin; la lettre du trésorier apprend que les commissaires ne se rendirent pas dans le marquisat de Provence, parce qu'ils surent que l'évêque d'Albano y était accouru pour essayer de reprendre cette province au nom du Saint-Siège. Ils craignirent de s'attirer des difficultés avec la cour de Rome, et chargèrent le sire de Lunel de faire reconnaître Alfonse dans le Comtat. Les habitants d'Avignon ne voulurent pas se soumettre, et s'érigèrent en république sous la protection de Barrai des Baux ; mais Barrai redoutant la vengeance royale, implora son pardon de la Reine et promit de faire reconnaître l'autorité d'Alfonse par les Avignonnais, dût-il employer la force. Il ne put y parvenir.

Pendant que ces choses se passaient en France, Alfonse éprouvait de grandes vicissitudes en Orient. Fait prisonnier à la Alassoure avec saint Louis, il fut délivré peu après et rejoignit à Damietle Jeanne de Toulouse , qui y était restée avec la reine Marguerite. De Dainiette il suivit saint Louis à Acre; mais sa présence ayant été jugée nécessaire en France, le Roi l'autorisa à partir vers la fin de

» TrMor des chartes, J. 308, n« 67.

^ Rpfiis dr prôler serment , 16 décembre, J., 192, n*5. — Lcltre des consuls d'Agcu àla Reine, 3 féirricr 1250. J. 307, n» 10.

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