‹ Saint Louis et Alfonse de PoitiersChapitre 16 sur 82 · ALFONSE DEVIENT COMTE DE TOULOUSE · texte numérisé non relu

ALFONSE DEVIENT COMTE DE TOULOUSE

juin 1250. Après une longue traversée il débarqua à Aigu es- Mortes, à la fin de septembre. II ne visita pas ses nouveaux Etats. Le but de son voyage étant de procurer du secours aux croisés, il se borna à recevoir à Beaucaire l'hommage personnel du comte de Comminges et de quelques autres seigneurs. Il se joignit à Charles d'Anjou et se rendit à Lyon auprès du pape Innocent IV pour l'inviter à cesser ses querelles avec l'empereur Frédéric II et à ne pas abandonner la Terre sainte. Les deux frères, d'après l'ordre exprès de saint Louis , se rendirent ensuite auprès du roi d'Angleterre pour le déterminer à remplir la promesse qu'il avait faite de passer sans délai en Orient.

Après avoir veillé aux affaires de saint Louis, Alfonse songea aux siennes et voulut prendre possession de ses États de Languedoc. Ce fut au printemps de l'année 1251 qu'il partit avec la comtesse Jeanne. Il se rendit d'abord dans le comtat Venaissin et y reçut les hommages des seigneurs du pays; la ville d'Avignon n'ayant pas consenti à reconnaître son autorité ni celle de son frère le comte de Provence, il résolut, de concert avec Charles d'Anjou, de l'y contraindre par la force. Les Avignonnais voyant que l'on était disposé à agir sérieusement se soumirent en stipulant le maintien de leurs franchises ^ La ville fut gouvernée par un viguier commun aux comtes de Toulouse et de Provence (7 mai 1251 ).

Le comte et la comtesse délivrés de ce souci se dirigèrent vers leur nouvelle capitale ; ils firent leur entrée à Toulouse le 23 mai. Quelques jours après Alfonse ayant réuni les habitants jura de maintenir leurs privilèges. Ce premier devoir rempli, il tenta de s'affranchir de certaines obligations inhérentes à sa qualité d'héritier.

1 Traité en date det nones de mai. Orig. Trésor des chartes, J. 311, no 65.

Il voulut faire casser le testament de Raymond VII. Il semble que le projet de faire annuler Tacle de dernière volonié du comte de Toulouse remonte à Tépoque même de la mort de ce prince, car on se rappelle que ce ne fui pas comme mari de Théritière de Raymond qu'Alfonse fut mis en possession du comté de Toulouse, mais bien en vertu du traité de Paris '. On réunit à Toulouse vingt et un des plus célèbres jurisconsultes pour examiner la validité du testament ^ Il est bon de dire que le testament original est conservé au Trésor des chartes , oii nous Tavons examiné avec soin , et qu'il présente toutes les garanties d'authenticité désirables ' ; mais les légistes' dévoués à Alfonse exigèrent que cet acte réunit toutes les conditions exigées dans l'ancienne Rome pour la validité des testaments, conditions dont la plupart étaient tombées depuis longtemps en désuétude et dont l'absence ne pouvait être invoquée contre un acte de dernière volonté dont l'authenticité était surabondamment prouvée. Nous avons sous les yeux une enquête originale que n'a pas connue Dom Vaissete, qui démontre de la manière la plus évidente cette authenticité. Le chancelier de Raymond, Pons d'Astoaud, y raconte comment son maître étant tombé malade à Riom en Auvergne commença son testament ; mais ayant recouvré la santé il ne mit pas la dernière main à cet acte. Plus tard, ayant été repris par la maladie au château de Prix, près de Rodez, et sur l'instance de ses barons, il Gl venir un notaire, Jean Auriol, pour écrire ses volontés; mais il ne

' Voy. plus haut, p. 77, la réserve introduite dans les actes d*bonimage à .^Ifonse.

^ L'original de cet acte important est conservé au Trésor des chartes. Il était scellé de vingt et un sceaux. (J. 311, n» 69.) Gatel en a publié une copie délestable. (Comtes de Tholose, p. 380.)

3 Orig. Trésor des chartes, J. 311, n<* 64.

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put se résoudre à terminer. Son état s'élant aggravé , il se fit transporter à Millaud. Se sentant mourir, il prit son parti, et dicta son testament à Jean Auriol, qui vint en secret de sa part le lire à Sicard d'Alaman et au chancelier. Cette lecture se fit à la dérobée dans une salle basse, pendant que le comte était dans sa chambre. Sicard, mandé auprès de lui, en reçut Tordre de prescrire à Pons d'Astoaud de sceller l'acte : le chancelier répondit qu'il élait indispensable pour assurer la validité du testament de l'entourer de formes solennelles, puisque le comte refusait de faire un testament mystique. Sicard objecta que Raymond était fatigué, qu'il ne voulait ni parler ni entendre parler, et qu'il suffisait, suivant la coutume du pays, que le testament fût scellé du sceau du comte et des sceaux des barons. Le chancelier alla trouver Raymond et lui demanda s'il voulait qu'il scellât le testament écrit par Jean Auriol : le malade dit oui '.

* Orig. supplément du Trésor des chartes , dépositions de Pons d'Astoaud , de Sicard d^Alaman et de J. d' Auriol. (J. 1031, n"23.) Voici le dire du chancelier : K Cum doruious R. bone memorie qoondam cornes Tholosanus eései infimios apud Riomum in Alvernia, incepit facere testamentura suura et de bonis suis disponere. Gonvaluit autem de illa inûrmitate et (estamentuni inceptuni non complevit. Postmodum , tempore procedente, fuit inGrmus in partibus Rothenenaibus apud Pris prope Ruthenanif et ibidem baronibus qui présentes erant instantibus propter periculum infirmitatis ut d. cornes faceret testamcn- Ivm suum , fecit vocari Johanoem Aurioli ad scribendum testamenlum suum « sicat audivit a dicte Johanne. Deinde in eadem infîrmitate fecit se deporlari apad Amiliavum et ibidem complevit scripturam testamenti quod facere volebat, et pro majori parte ordinaverat apud Rioms ea que poslea fuerunt coDtenta in testamento quod fecit apud Amiliavnm. Et cum omnia illa scripsisset dictus Johanoes Anrioli , familiaritcr et secreto venit dominus Sicardus Alamanni ad ipsum Poncium Astoaudi , ex parte d. comitis ut viderct et audiret cartam illam, in qua testamentum domini comitis continebatur; et Icgit eam sibi dictus Johannes , in presencia domini Sicardi in inferiori domo turris castri. Et dominus cornes jacebat infirmus in quadam caméra juxta turrim, et non erat presens d. cornes quando sibi fuit Iccta carta illa. Tune d. Sicardus iiit ad d. comilcm et reversus dixit ipsi Poncio ex parte d. comitis ut

Dans ce testament, Raymond VII, après avoir élu sa sépulture , faisait pour le repos de son âme une aumône de dix mille marcs sterling, dont cinq mille à l'abbaye de Fontevrault, à laquelle il laissait en outre ses joyaux, ses pierreries et sa vaisselle d'or et d'argent. Il distribua les cinq mille autres marcs à différents monastères. Il instituait sa fille Jeanne son héritière, ordonnait à ses exécuteurs testamentaires de restituer ce que lui ou ses baillis avaient enlevé injustement; il confirmait les privilèges et les libertés des nobles , des églises et des villes; il désignait pour exécuteurs de ses dernières volontés les évéques de Toulouse, d'Albi, d'Agen, de Cahors, de Rodez, de Carpentras et de Cavaillon, le comte de Comminges, Sicard d'Alaman, et quatre bourgeois de Toulouse. Le lendemain il ajouta un codicille où il déclara devant témoins sa ferme intention , s'il revenait à la santé, d'aller en personne à la croisade; s'il mourait , il enjoignait à son héritier d'envoyer et d'entretenir pendant un an outre-mer, au service de Jésus-Christ, cinquante chevaliers, et de restituer au Saint-Siège les deniers que le Pape l'avait autorisé à lever pour la guerre sainte, ainsi que les sommes qu'il en avait reçues à la même intention. Il semble que Raymond n'avait rien ordonné

sigillarct illud testamentum d. comitis, et ipse Poncius dizit qaod major sollempnitas erat necessaria ad hoc ut testamentam valeret, quod d. cornes nolebat facerc clausum et clausam sigillari. Et d. Sicardus dixit quod d. cornes nolebat alias sollempnitates adhibcre quia multum displicebat ei loqui et audire loqueotes , et sufficiebat secupdum consuetudinem terre si testamentum esset sigillatum cum sigilio d. comitis et cum sigillis baronum : et alia vice fecerat testamentum suum sub eadem forma. Tune îpse Poncius accessit ad d. comitem et interrogavit eum si volebat quod sigillaretor cam sigillo suo carta illa quam scripserat Johanncs Aurioli pro teslamento, et d. cornes dixit quod sic. > — Dépositions semblables de Jean d*Auriol et de Sicard d*Alaman. Orig. Arch. de FEmp., suppl. du Trésor des chartes, J. 1031, n» 23.

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