DEUXIÈME PARTIE. — ADMINISTRATION LOCALE
CeUe discussion sur les origines des baillis royaux est indispensable pour bien faire connaître quelle part revient au comte Alfonse dans les institutions administratives que nous verrons en vigueur sous son règne ; il est important de déterminer exactement l'état dans lequel il trouva la science gouvernementale pour montrer quels progrès il introduisit. D'ailleurs, la matière est obscure : on est généralement disposé à faire honneur à saint Louis et à Philippe le Bel de la puissante organisation que reçut la France royale. Il faut remonter plus haut : on trouve le germe de presque toutes nos institutions sous Philippe Auguste, germe que ses successeurs ne firent que développer d'une manière plus ou moins heureuse. Cette remarque est surtout vraie pour les baillis. Ces officiers jouèrent sans doute, à partir du règne de saint Louis, un plus grand rôle qu'auparavant. Us eurent principalement mission d'attaquer et de ruiner la noblesse, mais ils remplirent dès leur origine les mêmes fonctions administratives que celles que nous leur voyons au milieu du treizième siècle. Je n'en veux d'autre preuve que ce Pierre de Thillay, dont M. Delisle a récemment fait la biographie et qui fut un des plus utiles agents de Philippe Auguste \
Voici quelles étaient les attributions d'un bailli dans les premières années du treizième siècle. Chaque année il se rendait à l'Échiquier; il faisait des enquêtes sur des points litigieux; il veillait à l'exécution des arrêts de la Gour et des ordres du Roi; il protégeait les églises; il administrait les domaines royaux; il rendait les comptes des recettes et des dépenses de son bailliage ; il faisait rédiger un état des fiefs relevant du Roi dans la circonscription
1 Fragments de Thistoire de Gonene , par M. L. Delisle , Bibl, de V Ecole des chartes, IV« série, t. V, p. 116, 117, 118. Il est inutile d*ajoater que ce travail est entièrement fait à l'aide de documents inédits.
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soumise à son autorité; il prenait le commandement des nobles et des roturiers qui devaient le service militaire. Les baillis de saint Louis et de Philippe Auguste n'avaient pas d'autres fonctions. C'est donc à Philippe Auguste qu'appartient la gloire d'avoir institué les baillis.
L'apanage d'AIfonse ayant fait partie du domaine royal jusqu'à sa majorité, les provinces qui composaient cet apanage avaient vécu pendant un temps assez long de la vie propre au domaine royal. Le comté de Toulouse avait d'autres traditions : l'administration y était fortement empreinte du génie méridional. Je vais montrer comment Alfonse s'y prit pour concilier ces différentes influences et pour établir une sorte d'unité administrative y sans porter atteinte aux anciens usages.
Commençons par les domaines de l'apanage. Pendant la régence, le Poitou était, ainsi qu'en fait foi un compte royal de 1238, administré par Hardouin de Maillé ^ Le titre de ce personnage n'est pas indiqué dans le compte ; mais dans un registre qui renferme des enquêtes faites en 1248 contre les officiers du Roi en Touraine , en Anjou et en Poitou, il est plusieurs fois qualifié sénécbaP.
En étudiant l'organisation administrative des provinces anglaises de France avant la conquête de Philippe Auguste, on trouve que chaque province était sous les ordres d'un sénéchal. C'est ainsi que dès le milieu du douzième siècle le Poitou était gouverné par un sénéchal révocable. En 1168, Raoul de Faye, qui remplissait ces importantes fonctions , commit tant d'exactions que le roi Henri II le destitua et l'envoya en exil. Ces sénéchaux étaient chan-
* Historiens de France, t. XXI, p. 259. i Ardoinus de MaJli » rend compte des dépenses d'une baillie non dénommée.
2 Reg. des enquêteurs de saint Louis en Poitou, en Anjou et eo Touraine. Arcli. de TEmp., JJ. 507, fol. 7 et 9, etc.