LA GUEBBE DBS ALBIGEOIS ET SES CONSÉQUENCES
La réunion du midi de la France à la suite de la croisade contre les Albigeois est un des grands événements do notre histoire : elle a consommé r unité nationale de la France. — Alfonse a cicatrisé les plaies de la croisade et rendu français le Languedoc. — Situation des comtes de Toulouse avant la croisade; Ils sont entourés d*ennemis; ils ne peuvent fonder une monarchie méridionale. — Leur conduite habile ; les mariages et les divorces sont pour eux des actes politiques. — Ils sont peu puissants chez eux. — L*hérésie attire sur le Midi tes rigueurs de l'Eglise. — Une croisade est prêchée; Raymond compromis. — Conduite de Philippe Auguste qui refuse de prendre part à la croisade. — Raymond dépossédé de ses domaines, qui sont donnés à Simon de Montfort. — Grand mouvement national en faveur de Raymond, qui ne cesse d'être catholique ; il n'aurait en qu'à perdre à lever le drapeau de l'hérésie. — On le considère comme une victime; singuliers bruits sur les sentiments intimes d'Innocent III k son égard. — Simon de Montfort veut gouverner par la douceur; il ren» contre partout la révolte et périt. — Son fils et successeur Amaury incapable. — Le prince Louis fait une expédition en Languedoc. — Mort de Raymond VI. — Rapprochement entre Amaury et Raymond VIL — Mort de Philippe Auguste. — Louis VIII supplié par le concile de Paru de prendre en main la conduite de la croisade. — Conditions auxquelles il accepte. — Renonciation d' Amaury à ses droits. — Le Pape invite le Roi k se rendre en Terre sainte. — Colère de Louis VIII. — Le clergé renouvelle ses instances auprès du Roi, qui finit par consentir à conquérir pour son compte le \M\, — Son expédition. — Rôle du clergé méridional, qui va au-devant du Roi. — Siège d'Avignon. — Toulouse résiste. — Mort du Roi. — La reine Blanche conclut en 122Q avec Raymond VU un traité qui met fin à la guerre des Albigeois. — Raymond abandonne une partie de ses Etats et promet sa fille à l'un des frères de Louis I\.
Le grand travail de la formation territoriale de la France, qui a mis tant de siècles à s'accomplir, n'a point suivi
une marche régulière. Il faisait de temps à autre de notables progrès, puis il s'arrêtait pendant de longues années; souvent même il semblait reculer '. Le treizième siècle fut certainement une des époques où la royauté reçut le plus d'accroissement et où Tunité française , dont elle était le représentant et l'agent , fut le plus près de se réaliser. On a souvent loué la royauté du moyen âge de son habileté et de sa prudence : on a eu raison. Nos rois contribuèrent puissamment par leur mérite personnel à donner à la France la place qu'elle a toujours occupée dans le monde ; ils offrent une série d'individualités remarquables dont on ne saurait trouver l'analogue chez aucun autre peuple; mais on doit aussi reconnaître qu'ils ne furent pas seulement habiles, ils furent heureux. Les événements les servirent à souhait.
Jetons en effet un regard sur l'étal de la France en l'an 1200, et nous serons étonnés du peu d'étendue du domaine royal. II se composait des comtés de Paris, de Melun, d'Etampes, d'Orléans et de Bourges*. Ce territoire exigu était entouré et comme étouffé par les comtés de Flandre et de Champagne, par le duché de Bourgogne, par les Anglais qui possédaient la Normandie, la Bretagne, l'Anjou, le Maine, la Saintonge , la Guyenne et la Gascogne. Les provinces du Midi semblaient étrangères, et l'action de la royauté y était presque nulle. Si alors on eût prédit qu'un demi-siècle après la Normandie, les provinces de
' Cette marche rétrograde doit être surtout attribuée aux imprudentes concessions d'apanat^es faites par les rois aux dépens des domaines de la couronne en faveur de leurs fds puînés. Le roi Jean, en donnant à* l'un de ses fils la Bourgogne, dont il venait d*hériter, constitua, sans le vouloir, un Etat qui devint un rival puissant pour la monarchie.
^ Voyez le compte des recettes du domaine royal en Pan 1202 dans Brussel, Nouvel usage des fiefs, t. lï. Preuves, p. cxxxix.