DEUXIÈME PARTIE. — ADMINISTRATION LOC.UE
écrivit par ordre du Roi à Jean d'Escreines, qui venait d'être investi des fonctions de sénéchal de Garcassonne^ une curieuse lettre où il lui expliquait le mécanisme administratif du Midi :
tt Notre sénéchaussée est divisée en plusieurs baylies ; nous concédons chaque année les revenus et l'exercice de la juridiction au plus offrant, pourvu que ce ne soit pas une personne vile ou décriée pour ses méfaits... Les bayles touchent le produit des amendes prononcées par les viguiers qui jugent les causes. Si les viguiers commettent quelque délit, nous les en punissons. Ils prêtent serment de rendre justice à chacun et de conserver les droits du Roi. Nous n'affermons jamais aux viguiers les péages et les autres revenus du Roi '. »
Dans cette lettre, comme dans beaucoup d'autres documents, le mot juridiction n'a pas le sens que nous lui donnons : il signifie exercice de l'autorité accompagné de la coercition. C'est ainsi que le sénéchal de Beaucaire écrit qu'il concède au plus offrant la juridiction et les revenus domaniaux, et plos loin il ajoute que le jugement des causes, c'est-à-dire ce que nous appelons la juridiction, appartient uniquement à des officiers nommés viguiers.
Dans le Languedoc, à partir du milieu du treizième siècle,
* Possessionesd. Régis adfirmam concedimus... cam scnescallia nostraper plares ballivos sit divisa, jurisdictionem et redditus cujuslibet balliviœ ad aonom illi concedimus qui plas oiïert : dummodo non sit persona sui vilitate vel culpa non merito admittenda... Expenss causarum, quas sub talium quos Yicarios appellamos eiamine agitantur eorum sunt et emenda quœlibet usque adxu. sol... Pedagiaquoque ad firmam similiter concedimus non ipsis vicariis, vel personis aliis eodem modo. Si autem a die incepti ofGcii înfra mensem in ballivia vel in pedagio contigerit aliquem secundo vel alium tercio tantum plas oflerre qnod ideo ad balliviam vel ad pedagiom admittatur, ilUus pluris medielas d. Régi accresdt : alia vero ejus efQcitur qui secundo uti poterat offîciis sapradictis. i Dimanche de la troisième semaine après la Pentecôte 1247.Vaissete, t. VI. Preuves, p. 470.
l'autorité administrative des bayles fut considérablement restreinte par suite de la juste défiance qu'inspiraient ces agents, qui n'étaient à proprement parler que des traitants et se livraient aux plus odieux trafics. Comme je l'ai dit, il y avait souvent plusieurs bayles pour une baylie; les bayles cédaient l'exploitation d'une partie des revenus de leur baylie à des individus qui prenaient le titre de sous-bayles. Tous rapinaient à l'envi : en vain on leur avait ôté le droit de juger les procès, mais ils avaient conservé la police et la constatation des délits, et ils abusaient de leur pouvoir pour rançonner leurs administrés \
Je consacrerai un chapitre spécial au tableau des mœurs administratives du treizième siècle.
On trouve dans le Languedoc une institution très-ancienne, celle des viguiers (vicarii). Sous les deux premières races, les comtes avaient des vicaires qui les suppléaient dans l'exercice de leurs fonctions : c'est là, suivant les auteurs les plus accrédités, l'origine des viguiers languedociens^. Je crois qu'il faut faire une distinction : il y avait deux sortes de vicaires. A la fin de la seconde race on voit paraître des vigueries, circonscriptions administratives et judiciaires, qui se confondent avec la centaine et sont une subdivision du comté'. A la tête de la viguerie était un viguier (vicarius), officier différent du vicaire. En effet, l'un était le lieutenant, le suppléant du comte, l'autre un officier public ayant une autorité personnelle bien
1 A risle en Venaissin les bayles prenaient des draps de lit aux habitants, f pannos seu lintheamina i y sans les payer , pour le sénéchal et le juge. Alfonse ordonna de supprimer cet abus. Mardi avant la Pentecdte 1269. Reg. B, fol. 168.
2 Mémoire sur le Languedoc, par Lamoignon de Bâville, parmi les Mémoires des intendants rédigés pour le Dauphin. Arch. de TEmp., KK, 1316. Il y a de ce livre curieux une édition tronquée. Amsterdam, 1737, in-8<*.
3 Guérard , Polyptique d'irminon , Prolégomènes.