CONFISCATIONS SUR LES JUIFS ET LES HÉRÉTIQUES
1249, Alfonse accorda aux habitants de la Rochelle de n'avoir plus de juifs dans leur ville. 11 s'engagea même à expulser les Israélites de Poitiers, de la Rochelle , de Saint- Jean-d'Angely, de Niort, de Saintes et de Saiot-Maixent, à condition que les habitants de ces villes lui payeraient une fois pour toutes quatre sous par feu ^ Il parait que ces conditions ne furent pas acceptées, ou plutôt les juifs offrirent pour rester des sommes encore plus considérables. En
' c Alfonsas... NoveritU qunà nos promittimiu , annaimas et concedimos diledis et fidelibus nottris majori et commaDie de Rapella, inajori et communie Piclavis , majori et commanie Sancti Jobannis Aogeliacensis , majori et commooie de Nyorti , et civibot oostris Xanctonensibut, et hominibas oostris de Sancto Maxencio, removere et expellere perpétue, îofra octabas inslantis AMumptionis béate Marie , onmes judeos et judeai de toto domanio nostro locius comitatut Pictavensit et Xanctonie, tam civitalibus quam dyocesibus, ita f idelicet quod judei et judee qui modo sunt vel alii qui pro tempore fueriot ia dictis dfitatibos, villis et diocesibus, de cetero oullatenus habitabunt ; nec eos nos tel successores uostri in dictis locit poterimus babere manûonarios , vei cciam retinere pretenti tempore vel future. Si autem contigerit nos vel successores nostros aljquid acquirere vel dominio nostro sabicere iafra comitatum Pictavensem , judeos et judeas , si ibi fuerint, per* petuo expellemus vel expelli faciemus , juxta formam superius annotatam. Item promittimus et concedimus quod si judei vel judee post dictum terminnm in dictis locis inventi fuerint, eos quicumque invenerit poterit auctoritate propria capere et arrestare, et res eorum, sine accusacione, ballivo terre reddere vel ejus allocato , et res ipsorum erunt deperdite et corpora redimentur; et iterum expellentur de dicto dominio comilatus Pictavensis. Et sdcndiun est quod onmia débita et cbataila dictorum judeorum et judearum que sibi debentur a septem annis cilra , que eciam débita et cbataila probari potuerint per légitima jestimonia christianorum juratorum , nobis sine usuris reddentur. Nulla autem alia débita, seu cbataila aut usure quoquo modo debeantur judeis a septem annis ultra non poterimus petere vel eciam vendicare. De summa autem debitoruro pro quibos judei habent gagia a christianis, juramento ipsprum christianorum credetur. Si tamen cbristianus, suspectus fuerit, ejos juramento cum juramento alterius de dicta summa credetur. Quod ut ratom sit et firmum présentes litleras sigilli nostri munimine duximus roborandis. Actum Lugdoni, anno Domini m.cc.xldl, mense julii. > Ong. scellé. Trésor des chartes, J. iOi, oP 112. — Voyet une autre lettre analogue pour le fond, J. 100,no36.
effet, un compte de l'Ascension 1250 fait mention d'un payement de mille livres fait par les juifs de Poitou à titre de premier versement '.
Il est certain que les juifs obtinrent de rester , mais ils furent soumis aux plus humiliantes vexations. Il leur fut enjoint de porter sur leur vêtement une rouelle de feutre ou d'étoffe jaune de quatre doigts de circonférence , sous peine de dix livres d'amende ^ Le produit des amendes payées par ceux qui ne portaient pas les signes dislinctifs qui leur étaient imposés devait être affecté à des usages pieux. Toutefois certains juifs étaient^ moyennant finance, exemptés de porter cette roue '.
Les méfaits des Israélites étaient sévèrement punis; cependant ils étaient protégés contre les vexations des agents *.
En 1268, le besoin d'argent amena une nouvelle persécution des juifs dans les Etats d'Alfonse : ils furent tous arrêtés, et leurs biens mis sous séquestre. Cette mesure fut étendue aux domaines des barons. Il se produisit un fait bizarre, c'est que plusieurs seigneurs réclamèrent contre cet ordre et exhibèrent des traités par lesquels ils
1 c De judeis Piclavensibus , pro prima paga u^. > Compte de l'Ascension 1251. J. 317» no 61, fol. 3 ro.
2 I Volumus quod judci a christianis discerni valeant et cognosci... împo* natis omnibus et singulis jadeis utriusque seins signa , videlicet nnam rotam de fultro seu panno croceo, in superiore veste coosutam ante pectus et rétro, cujus rote lalitudo sit in circonrerencia quatuor digitorum , concavitas antera contineat unam palmam. i Grculaire du lundi avant la Saint-Amoul 1S60. Reg. B, fol. 6 vo.
3 I Scn. Pict... Mandamus vobis quatinus Mossetnm de Sancto Jobanne Angeliacensi judeum et duos ejus filios ad deflerendum signum aliis judeis impositom usque ad instans festum 0. S. minime compellatis. i Mardi avant la Saint-Pierre aux liens 1269. Reg. B , fol. 7 v^.
* 2 juillet 1267. Mandement au sénéchal de Poitou d'écouler ce que le juif Benoit lui dira contre le prévôt de Poitiers, qui Tavait dépouillé. Reg. A, fol. 2 v«.
Digftized by VjOOQ IC
CONFISCATIOXS SUR LES JUlï-'S ET LES HÉRÉTIQUES. 321
avaient autorisé des Israélites à demeurer dans leurs fiefs tant qu'il leur plairait , moyennant une forte redevance. C'est ainsi que le comte de la Marche s'était engagé envers un nommé Bonin et envers Mosse son frère, à leur permettre d'habiter dans son domaine de Lusignan autant de temps qu'ils voudraient, à condition de payer 10 livres tournois de ferme chaque année, à NoëP.
Le comte Alfonse fit droit aux plaintes des seigneurs, plaintes fondées en droit, puisque, les juifs étant considé-^ rés comme la propriété de ceux sur les terres desquels ils l vivaient, le comte ne pouvait confisquer sans juste cause / la propriété de ses vassaux en leur prenant leurs juifs; aussi ordonna-t-il de les leur rendre ^ La dame de Bourbon
< c Hugo de Lczigniaco, cornes Marchie et Engolisroensis, omnibus présentes lifteras visons salutem in Domino. Noveritis quod nos Boninum , gènerum Ysaac de Paris , et Mousse fratrem suum , et familiam eorum commorantes in civitate Pictavis y judeos domini régis , recepimos in bona costodit nostra ad roanenduro et ad habitandum apud Lezigniacum , vel alibi in terra Dostra, quocumqae volnerint et quamdiu voluerint, reddendo nobis vel nostris decem libras Turonensiom de firma annuatim ad Nativitatem Domini ; et phn ab eis non possumus extorqoere , et tenemur eis faccre baberi débita que légitime probare poterunt. Et si in aliquo tempore de terra nostra recedere voluerint reddendo nobis firmam illius anni, tenemur ipsos conducere salvo dactu nsqne in terram domini régis, cujus sunt judei. In cojus rei teS' timonium dedimos eisdem judeis présentes lilteras sigillé nostro sigillatas. Datom die martis post festum Pentbecostis, anno Domini m.cc.xxxii. f
En 1244, Hugues X confirma le traité conclu avec son père.
c Ego etiam volo et concède et precipio ut omnes conventiones eis teneantor; et ego concessi tenere predictas conventiones sicnt et pater meus, ut prehabitam est. Et ne conventiones quas babeo erga dictos judeos tradantur oblivioni , dedi eisdem judeis présentes litteras sigillo meo sigillatas. Datom die Jovis post festum Omnium Sanctorum anno Domini m.cc.xliv. i — Reg. A, fol. 106 r».
* I Alfonsus.. . Si vos aliqnos judeos baronum terre nostre senescallie vestre, occasiooe mandati nostri nuper vobis per litteras nostras facti, cepisfis et bona ipsomm , vosque si bona eorumdem judeorum capta detineatis, et dicti barones super hoc conquerantur, mandamus vobis quatinus bona judeorum ipsorum qnos barones sues proprios esse probaverint , vocatit ad boc probis
3» LIVRE TROISIEME. — FINAXGES.
exigea surtout impérieusement les siens'. Le roi d'Aragon se plaignit aussi de ce qu'on eût fait arrêter un de ses juifs établi sur la terre du comte de Toulouse. Mais il se présenta un cas épineux : ce juif avait épousé une femme sujette d'Alfonse. On trancha la difficulté en faisant contribuer la femme pour sa fortune personnelle et en autorisant le mari à se retirer^.
Dans le Midi, les Israélites avaient joui sous les Raymond d'une certaine faveur : ils avaient le droit de posséder des propriétés foncières ^ et exerçaient des fonctions administratives; on les voit même figurer dans des actes en qualité de témoins. En devenant les sujets d'Alfonse y ils rentrèrent dans le droit commun des juifs des autres provinces de France; toutefois les mœurs continuèrent à les protéger. C'est ainsi qu'en 1269 Févêque de Toulouse pria Alfonse de dispenser un juif de la taille imposée aux autres juifs; requête qui ne fut pas admise^.
L'arrestation en masse de tous les juifs était tellement odieuse que le comte ne tarda pas à se relâcher de sa rigueur; les pauvres y les malades et les enfants âgés de
viris , sigillo vestro et sigillis domÎDoram qaorum dicti judei faerint sigiU lata de quolibet consignetis; et eadem bona predictis dominis usque ad très septimanas post instantem Candelosam recredatis. Quid vero super premissis feceritis, que et quanta bona taliter consignata fuerint, et quibus ea recredenda duxeritis nobis circa très septimanas post iustans festura Omnium Sanctorum rescribatis per vestrum clericum , cum ad nos venerit pro vestris compotis faciendis. Datum die lune in vigilia beati Dyonisii , anno Domini M.cc.Lxviii. » — Reg. A , fol. 143 r®.
1 Lctlre au connétable d'Auvergne , du samedi après la mi-caréme 1268 (v. style). Ibid., fol. 124 r*.
2 Lettre du lundi avant la Madeleine 1269. Reg. R, fol. 83.
3 Ce fait a été démontré par M. G. Saige dans un travail intitalé ; De l'konor, principalement de l'honor des Juifs, ouvrage couronné par l'Académie des Inscriptions , dont Fauteur a bien voulu me conmioniquer le manuscrit.
* Lettre du jeudi avant la Madeleine 1269. Reg. R, fol. 80 v».