‹ Saint Louis et Alfonse de PoitiersChapitre 7 sur 82 · LA GUERRE DES ALBIGEOIS ET SES CONSÉQUEXCES. S · texte numérisé non relu

LA GUERRE DES ALBIGEOIS ET SES CONSÉQUEXCES. S

avons appris d'hommes instruits et éclairés que vous n'aviez pas le droit de le faire tant qu'il n'aura pas été condamné comme hérétique. Quand il le sera, vous devez le signifier et le mander, pour que nous exposions cette terre nous-méme, attendu qu'elle relève de notre fief. Or, vous ne nous avez pas encore signifié sa condamnation. Ce que nous en disons n'est pas pour l'excuser, car nous sommes plutôt porté à l'accuser, ainsi qu'avec la volonté de Dieu nous le prouverons quand l'occasion sera ve-

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Philippe voyait de mauvais œil cette expédition, dont le caractère purement religieux ne saurait être méconnu. Ce n'était pas, ainsi qu'on l'a dit, un duel entre le Xord et le Midi, mais bien une croisade, à laquelle accoururent des Français, des Belges, des Allemands, et où figurèrent, fait bien digne de remarque, un grand nombre de Méridionaux ^ 11 y avait pour le Roi deux lignes de conduite à tenir, ayant chacune de graves inconvénients. Se mettre à la tête d'une croisade contre ses propres sujets, sous la direction des légats, avec l'aide d'étrangers, c'était abdiquer le rôle suprême, même au profit de l'Eglise; c'était, en outre, s'exposer à se rendre odieux. D'autre part, il

1 « De eo aatem qaod vos predicti comitis terram exponitis occaptntibus , flciatis qood a viris litteratis et illustratis didicimus qiiod id de jure facere non potestis, quoutqae idem de herelica pravitate fuerit condempnatus. Gum aatem inde condempnatos fuerit, tantum demum id significare debetis et mandare at terram illam exponama» tanqoam ad feodum nostrum pertinentem. Nondam enim nobis significastis quod eomdem comitem pro condempnato habeatis ; nec caasaos idipsum excasando dicimus, cum pocius accusare qoam excasare veb'mos, sicut, Deo volente, cum se oportunitas obtulerit , ostendemus per efTectam. t Avril? 1208. Delisle, Catalogue des actes de Philippe Auguste j p. 512 et 513, d'après on cartulaire conservé à la Bibliotbèque du Vatican.

3 Sur ce dernier fait curieux , voy. le Poème de la Croisade des Albigeois^ p. 606 et 608. — Conf. Guibal, p. 329 et 330.

était humiliant de voir le royaume de France envahi par une armée qui n'obéissait pas à l'autorité royale, les vassaux de la couronne dépossédés et leurs fiefs donnés par le Pape au premier occupant. Entre ces deux politiques, Philippe-Auguste choisit celle de l'abstention, et il fit sagement. Il laissa les haines s'amasser sur les vainqueurs, il réserva ses droits, et attendit le moment, qui ne pouvait manquer d'arriver tôt ou tard, où l'anarchie se prcjiongeantlui fournirait l'occasion d'intervenir utilement.

Nous ne raconterons pas l'histoire de la croisade contre les Albigeois ; nous tenons seulement à bien définir les causes de la guerre et la conduite du Roi. Simon de Mont* fort, chef de la croisade, reçut au mois de janvier 1215, au concile de Montpellier, l'investiture des Etats, de Raymond VI. C'était une entreprise évidente contre les droits de Philippe Auguste, qui envoya immédiatement son fils Louis avec une armée, sous prétexte d'accomplir un vœu formé trois ans auparavant et dont les hostilités avec l'Angleterre avaient suspend! l'effet. L'arrivée du prince émut le légat apostolique ; il craignit que Louis ne vint détruire son œuvre; ill'accueillit en protestant qu'il ne le regardait que comme un simple pèlerin et en déclarant que le Pape était maitre du pays conquis par lui avec le secours des croisés, pays que Philippe Auguste avait refusé, malgré de pressantes instances, de purger de l'hérésie qui l'infectait. Le Saint-Père s'empressa de convoquer à Rome un concile pour décider du sort de Raymond VI. Louis passa en Languedoc quarante jours, durée légale du pèlerinage; il parcourut le pays, vint à Saint-Gilles, Montpellier, Béziers, Garcassonne, Toulouse, avec l'appareil et l'autorité du fils du Roi; il emporta de mauvaises impressions sur Simon de Montfort, impressions qu'il fit partager à la cour de France.

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