I. Chronique de FlnnJre
PHILIPPE LE BEL. 539
sergents avaient mis la main sur le comte, ils dirent qu'ils ne laisseraient d'autre gage que le poing, car on leur apprendrait à mettre la main sur un si haut seigneur que le comte de Flandre. Mais, quand le comte entendit ces paroles, il dit à ses enfants : « Beaux seigneurs, que demandez-vous à ces pauvres gens qui servent loyalement leur seigneur en faisant son commandement? Il ne vous appartient pas de prendre vengeance sur eux, mais, quand vous viendrez aux champs et que vous verrez ceux qui conseillèrent au roi d'agir ainsi envers moi, vous vous vengerez sur eux. » Et ainsi conclut le comte de Flandre son traité d'alliance avec le roi Edouard d'Angleterre, par lequel il disait : « Nous voulons que chacun sache qu'il est des personnes de haut état et de grande puissance qui ne se conduisent point comme elles le devraient, selon la raison, mais qui vont selon leur volonté, en ne s'appuyant que sur leur seul pouvoir. Cependant la raison doit être souveraine pour tous. Il n'est aucun homme, quelque grand qu'il soit, qui puisse empêcher de rechercher des alliances, soit pour obtenir une postérité selon la loi de nature, soit pour s'attacher des amis avec lesquels on puisse maintenir ses droits et repousser les attaques et les violences. Chacun sait de combien de manières le roi de France a méfait vis-à-vis de Dieu et de la justice : telle est sa puissance et tel son orgueil, qu'il ne reconnaît rien au-dessus de lui et qu'il nous a réduit à la nécessité de chercher des alliés qui nous puissent défendre et protéger. »
Pendant ce temps et tandis que le roi Edouard d'Angleterre faisait guerre et liait alliances contre le roi Philippe de France, mourut le roi d'Allemagne (Rodolphe de Habsbourg) *. Alors s'assemblèrent les électeurs à Cologne et s'accordèrent tous pour élire un vaillant homme qui n'était pas bien riche et il avait nom Adolphe (de Nassau). Dès qu'il eut été couronné à Aix, il assembla les barons de l'empire et leur montra que le roi de France s'était emparé d'une grande partie de l'empire , laquelle chose il ne pouvait souffrir d'après le serment de son couronnement. Tantôt donc furent élus deux chevaliers, qui portèrent des lettres au roi de France à Corbeil. Dans ces lettres le roi d'Allemagne annon-