‹ Saint Louis et les croisadesChapitre 106 sur 138 · I. Chroniques de Saint-Denis, d'après Guillaume de Nangis · texte numérisé non relu

I. Chroniques de Saint-Denis, d'après Guillaume de Nangis

çait qu'il entrerait avec toute sa puissance en France, à moins que le beau roi Philippe ne rendît à l'empire les possessions douteuses, juridictions et terres qui en avaient été détachées injustement par le roi de France ou ses prédécesseurs.

Quand le roi de France eut reçu ces lettres, il manda son conseil à une grande délibération et donna aux chevaliers d'Allemagne la réponse à leurs lettres. Ceux-ci se départirent donc de la cour et vinrent vers leur seigneur. Lorsque celui-ci eut brisé le sceau de la lettre, qui était fort grande, il n'y trouva rien d'écrit, fors

ces deux mots : Trop Allemand. Cette réponse avait été donnée par le comte Robert d'Artois dans le grand conseil du roi. Il advint peu après ce temps que le roi d'Angleterre envoya vers Adolphe, roi des Romains, le requérant que pour une grande somme de deniers il voulût aller avec lui contre le roi de France. Ce que ledit Adolphe lui accorda bien, car il avait en mépris la réponse des lettres qu'il avait envoyées au roi de France ; si envoya-t-il défier le roi de France : mais, quand il crut assembler grande quantité de gens d'armes pour accomplir ce qu'il avait entrepris, plusieurs des barons lui firent défaut, parce qu'ils ne voulaient pas marcher avec le roi d'Angleterre. Aussi travaillait grandement le roi de France à faire la paix, qui était bien habile et subtil, si bien que traité et alliance furent conclus entre le roi de France et le roi d'Allemagne, à condition que ledit Adolphe aurait pour femme la sœur du roi de France, et ainsi la paix fut confirmée.

En grand embarras et peine était à cette heure le comte Guy de Flandre, lequel avait signifié au roi Philippe de France par les abbés de Gemblours et de Florenne, du diocèse de Liège, qu'à cause des méfaits et défauts de droit qui avaient été commis

Sceau de Robert d'Artois.

(Archives nationales, n" 357. )

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envers lui, Guy, comte de Flandre et marquis de Namur,il se tenait pour délié, absous et délivré de toutes alliances, obligations, sujétions, services et redevances auxquels il avait pu être obligé envers la couronne de France. Cependant tardait encore le secours des Anglais sur lesquels il avait compté pour combattre contre son seigneur le roi, car les barons d'Angleterre avaient dit au roi Edouard d'Angleterre : « Nous ne vous devons pas service au delà des mers, ni en Flandre, car jamais nos ancêtres n'y ont servi les vôtres, » Par cette raison, quand vint enfin le roi Edouard, ainsi qu'il avait promis, amena-t-il peu de gens avec lui.

Pendant ce temps le roi Philippe de France était entré sur la terre de Flandre, malgré les ennemis, et assiégeait Lille depuis la vigile de monseigneur saint Jean l'apôtre. A quatre lieues de Lille environ, les Français avaient tout gâté et détruit. Et tandis que le roi Philippe le Beau se tenait devant Lille, Robert, comte d'Artois, laissa la Gascogne à garder à plusieurs nobles et loyaux hommes du royaume de France, et s'en vint avec son fils Philippe et grande quantité de chevaliers et hommes d'armes pour envahir la Flandre. Guy, comte de Flandre, envoya contre lui une multitude d'hommes de pied et de cheval, lesquels combattirent contre le comte d'Artois, près de la ville de Furnes. La bataille fut merveilleusement âpre et rude ; mais les Flamands, bien qu'ils fussent six cents à cheval et seize mille à pied, furent tous occis par les gens du comte d'Artois ; car ce gentil comte se montra vaillamment, si bien qu'un grand nombre de chevaliers et écuyers flamands furent pris, desquels furent Guillaume de Juliers et Henri, comte d'Aubémont, qui furent envoyés à Paris et conduits en prison sur des charrettes, ayant mis devant leur visage, à la louange du noble comte d'Artois, sa bannière et ses enseignes. Dès le lendemain, le comte d'Artois prit la ville de Furnes et occupa Cassel avec toute la vallée. Sur quoi ceux de Lille, qui étaient durement travaillés par les assauts des gens du roi de France, et qui avaient souvent vu renverser leurs armes et briser leurs remparts, sans que Robert, fils aîné du comte de Flandre, qui était en leur forteresse, osât sortir en bataille contre le roi, firent leur soumission au roi de France ; il leur remit leurs biens saufs. Robert sortit de la ville avec le peu de chevaliers qu'il avait, et s'en alla à Bruges, où son

père se tenait sans rien faire. Ainsi fut bien déçu le roi Edouard d'Angleterre, qui était venu pour aider le comte de Flandre dans sa guerre, car celui-ci lui avait mandé qu'il tenait pour pris le comte Robert d'Artois et Charles de Valois, frère du roi de France. Pour lors le roi Philippe, apprenant la nouvelle de l'arrivée du roi d'Angleterre, garnit Lille de ses gens et se mit en marche pour aller vers le château de Courtray, qui lui fut remis, et aussitôt se hâtait pour assiéger Bruges. Mais le roi Edouard et Guy, comte de Flandre, quittèrent Bruges et s'en allèrent avec leurs hommes à Gand, pour y occuper la forteresse, où ils furent reçus : ce dont ceux de Bruges étant épouvantés coururent au roi de France, et remirent humblement et dévotement eux et leur ville en sa soumission. Le roi de France fit un peu reposer son armée dans cette ville, puis il prit son chemin vers Gand. Mais, pendant qu'il était en route, lui arrivait message du roi d'Angleterre, qui requérait la trêve, laquelle lui octroya le roi, ainsi qu'au comte de Flandre, pour deux ans, à la prière du roi de Sicile, qui était venu tout exprès. Cela fait et environ la fête de la Toussaint, le noble roi de France Philippe le Beau retourna en son pays.

Ce fut en ce même temps * que le glorieux Louis, roi de France, lequel avait été l'année précédente mis au rang des saints, fut levé de terre, le lendemain de la fête de saint Barthélémy apôtre, vingt-huit ans après s'être endormi au Seigneur sous les murs de Carthage. Philippe, roi de France, les grands et les prélats de tout le royaume rassemblés à Saint-Denis, assistèrent à cette cérémonie avec de grands transports de joie. Les miracles opérés auparavant avaient prouvé quels mérites avait auprès de Dieu le glorieux confesseur du Seigneur, le saint roi Louis. Mais ce miracle fut bien particulièrement démontré dans les diverses parties du monde, après que son corps eut été levé de terre ; car il augmenta tellement en vertu pour les guérisons, que personne ne lui demandait avec foi et confiance la santé ou son aide, qu'il ne vît aussitôt l'accomplissement de ses désirs.

La paix ayant été conclue à certaines conditions entre le roi Philippe et le roi Edouard d'Angleterre (i2qQ)-, ledit roi d'An-

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