Chroniques de Saint-Denis 3. Chronique flamande
défendez vos droits et votre pays. Illustres et chers amis, efforcezvous de châtier aujourd'hui la violence et l'orgueil sous lesquels vous avez si longtemps gémi ! N'oubliez point la mort perfide que la reine de France a fait subir à ma sœur et à ces nobles filles de Flandre qui furent misérablement étranglées, cousues dans un sac et jetées à la Seine. N'oubliez point les malheurs de mon père et de mes frères, qui expient dans les fers, avec un grand nombre de chevaliers et de bourgeois, leur généreuse tentative pour vous donner la paix. Illustres Flamands, louez le Dieu juste et tout-puissant. Je ne doute point qu'il ne vous ait choisis pour ses champions, afin de punir par vos mains l'orgueil et la perfidie de vos ennemis. La victoire n'appartient ni à la puissance du nombre, ni à la force de l'homme; elle est à ceux auxquels Dieu l'accorde. » Et Messire Guillaume de Renesse dit : « Souvenez-vous que votre cri de guerre est toujours : Flandre au Lion* ! »
Alors les chevaliers français, qui se fiaient trop en leur force, voyant venir contre eux les Flamands, qu'ils méprisaient comme foulons, tisserands et hommes d'autres métiers, firent retirer leurs gens de pied qui allaient devant eux et qui vigoureusement attaquaient les Flamands , car ils les voulaient assaillir eux-mêmes : ce qu'ils firent en grand désordre. Mais ceux de Bruges, abaissant leurs lances aiguës et formant un corps serré, jetèrent et abattirent à terre les gentils chevaliers français tant qu'il en vint à leur rencontre. Le noble comte d'Artois, voyant la ruine soudaine de ses compagnons, lui qui n'avait point accoutumé de fuir, se plongea parmi les Flamands en la société de ses nobles forts et vigoureux, comme un lion rugissant de fureur. Cependant les Flamands tenaient leurs lances si épaisses et serrées, que le gentil comte Robert ne put pénétrer dans leurs rangs. Alors ceux de Bruges, comme s'ils avaient été convertis et changés en tigres, n'épargnaient nulle personne et ne s'écartaient ni haut ni bas, mais avec leurs lances bien acérées, qu'on appelle les fauche-brebis, firent trébucher les chevaliers de leurs chevaux, et, comme ils tombaient à terre comme des brebis, les