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I. Chroniques de Saint-Denis

PHILIPPE LE BEL

pris de si près, qu'à peine put-il vêtir ses armes, et, avant qu'il pût être monté sur son cheval, il vit occire devant lui messire Hugues de Banville, chevalier, et deux bourgeois de Paris, Piei're et Jacques Gentien, qui, à cause de leur vertu et de leur courage, se tenaient toujours auprès de lui; mais quand il fut

Armures portées par Philippe le Bel et par son fils le comte de la Marche à la bataille de Mons en Puelle, d'après une photographie. (Musée de Chartres.)

monté à cheval, très fier et très hardi visage montra le roi à ses ennemis.

Le roi faisant ainsi noble contenance, les Français, qui se remettaient déjà de leur frayeur, coururent à son secours et s'élancèrent à la bataille, criant tous ensemble : « Le roi se combat ! le roi se combat ! » Et ainsi la bataille s'animant de toutes parts, Charles, comte de Valois, et Louis, comte d'Évreux, frères du roi Philippe, Guy, comte de Saint-Pol, Jean, comte de Dammartin, et grande foison d'autres nobles chevaliers, coururent sus aux Flamands, se

plongeant au milieu d'eux et rejoignant ainsi le roi. La bataille fut merveilleusement forte, âpre et dure entre les nobles compagnies à pied et à cheval et les ennemis; mais les Flamands furent de fond en comble renversés et défaits, avec si grand carnage et massacre, qu'ils ne pouvaient plus résister. Aussi la fuite qu'ils commencèrent fut très laide et honteuse, abandonnant leurs charrettes et chariots avec tout leur appareil de bataille. Et certes, si la nuit obscure étant venue n'avait arrêté la bataille, bien peu de Flamands eussent échappé d'un si grand nombre. Et ainsi

la bataille étant parfaite et

finie, notre roi Philippe, noble batailleur, s'en revint, les torches de cire allumées, jusqu'aux tentes avec sa noble chevalerie. Ainsi peuton voir, par ce qu'il est dit ci-dessus, que, si le roi de France Philippe le Beau ne se fût si noblement et vertueusement conduit, et s'il eût montré aux Flamands la queue de son cheval, toute l'armée des Français eût été par aventure déconfite. Dans ce combat périrent Guillaume, comte d'Auxerre ^ et Anselme, comte de Chevreuse, chevalier fidèle et d'une bravoure éprouvée, qui portait la bannière du roi, dite oriflamme, étouffé, dit-on, par l'excessive chaleur; un grand nombre des nôtres périrent aussi dans ce combat. Mais la perte des Flamands fut beaucoup plus considérable encore ; entre autres fut tué Guillaume de Juliers, petit-fils du comte de Flandre, principal commandant et capitaine de toute l'armée.

Après cette victoire, le roi, ayant soumis assez promptement à sa domination toute la terre de Flandre aux environs de la Lys, à cause de l'approche de l'hiver, conclut une trêve jusqu'à

Sceau du comte d'Évreux.

( Archives nationales, n° 904. )

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