I. Chronique de Guillaume de Nangis
Monnaie de Clément V '.
Pâques avec ceux qui habitaient au delà de cette rivière, et s'en retourna en France avec honneur et gloire.
L'année suivante, 1303 de l'Incarnation de Notre-Seigneur, les cardinaux élurent enfin, la veille de la Pentecôte, Bertrand, archevêque de Bordeaux, qui devint pape sous le nom de Clément V. Vers la même époque fut conclue la paix entre le roi de France Philippe le Beau et les Flamands, le comte Guy de Flandre étant mort peu auparavant en sa prison.
Le dimanche appelé la Saint-Martin d'hiver, le pape Clément fut consacré à Lyon dans l'église du château royal, appelée l'église de Saint- Just, en présence des cardinaux et prélats et d'une foule de grands, et il revint à sa maison dans la ville, portant, selon la coutume, les insignes de son couronnement. Pendant qu'il traversait la cour de ce château, le roi de France le conduisit avec grand honneur, marchant à pied près de lui, par une pieuse humilité, et tenant la bride de son cheval. A la sortie de la cour. Clément fut reçu par Charles et Louis, frères du roi, par Jean, duc de Bretagne, et conduit de la même manière jusqu'à sa maison. Cependant une si innombrable multitude de peuple étant accourue et s'étant amassée à ce spectacle, un mur, près duquel passait le pape et sa suite, ébranlé par le poids de la foule qu'il portait, s'écroula avec fracas et si soudainement, que le duc de Bretagne en fut atteint, comme sa mort le prouva bientôt, et que Charles, frère du roi, fut grièvement blessé. Le pape eut sa mitre pontificale brisée ainsi que beaucoup d'autres ornements, et un grand nombre d'autres furent tués ou blessés dangereusement. Ainsi ce jour qui, au premier aspect, n'annonçait que magnificence, joie et transports, amena la confusion de la douleur et des lamentations. Avant que le roi de France ne quittât Lyon, le pape Clément lui donna la permission de faire
I. CLEMENS PAPA QUINTUS. Buste de face. Au revers, COMIT VENASINI AGIM TIBI GRA OMNIPOTENS D. Croix.
transporter du monastère de Saint-Denis en sa chapelle, à Paris, la tête et une des côtes de saint Louis, son aïeul, et à sa prière il rétablit dans leur première dignité les frères Pierre et Jacques Colonne, dégradés depuis longtemps par le pape Boniface du rang de cardinaux. En outre, pour dédommagement des dépenses
Chef de saint Louis servant de reliquaire, conservé autrefois à la Sainte-Chapelle.
{Recueil de Gaignères, t. II. )
faites en Flandre, il accorda au roi pour trois ans la dîme des églises et des annates, et investit d'avance ses chapelains et clercs et ceux de ses frères des premières prébendes qui viendraient à vaquer dans presque toutes les églises de son royaume. Il engagea, dit-on, le roi à améliorer une petite monnaie qu'il avait faite et à payer promptement ses dettes. Le pape Clément créa dix-huit cardinaux de plus, et en envoya deux à Rome pour lui conserver la dignité de sénateur. Il nomma deux évêques, un à Arras, un autre à Poitiers. Il accorda à Févêque de Durham
PHILIPPE LE BEL
le patriarcat de Jérusalem, fit beaucoup de dons aux pauvres clercs, et les pourvut de bénéfices selon leurs besoins et leurs mérites personnels.
Après la Nativité du Seigneur, le roi Philippe revint de Lyon
Reliquaire en vermeil contenant un os de saint Louis. ( Trésor de Saint-Denis. (Al. Lenoir, Monunicnis des arts libéraux. )
en France. Vers la Purification de la sainte Vierge, le pape Clément, quittant Lyon, se retira à Bordeaux, et, dans son passage par Mâcon, Brioude, Bourges et Limoges, ravagea lui-même ou par ses satellites les églises et les monastères des religieux ou séculiers, et leur causa de nombreux et graves dommages; car il arriva que frère Gilles, archevêque de Bourges, fut réduit par
ces pillages à une telle indigence, qu'il fut forcé, comme un de ses simples chanoines, de fréquenter les heures ecclésiastiques pour recevoir les distributions quotidiennes des choses nécessaires à la vie.
Le roi Philippe voulut tout à coup rendre plus forte une faible monnaie qu'il avait fait frapper, et qui avait cours dans le royaume depuis environ onze ans, surtout parce qu'elle avait peu à peu tellement diminué, qu'au contraire de sa valeur primitive le petit florin de Florence valait maintenant trente-six sous parisis de cette monnaie courante. Vers la fête de saint Jean-Baptiste, il fit proclamer publiquement par le royaume un édit du palais, pour qu'à compter de la fête suivante de la sainte Vierge, toutes les recettes de revenus et remboursements de dettes se fissent désormais au prix de la monnaie forte qui avait cours du temps de saint Louis, ce qui jeta un grand trouble parmi le peuple.
Vers le même temps, le roi de France accueillit favorablement la requête des archevêques de Reims, de Sens, de Rouen et de Tours, qui avaient éprouvé et souffraient encore, ainsi que leurs suffragants et les peuples soumis à leur autorité, un grand nombre de maux de la part du pape et de quelques-uns de ses cardinaux, ou de leurs satellites et gens, et il s'appliqua à les secourir en partie, s'il ne le put faire tout à fait.
A l'occasion du changement de l'élévation du cours de la monnaie, et surtout à cause des loyers des maisons, il s'éleva à Paris une funeste sédition. Les habitants de cette ville s'efforçaient de louer leurs maisons et de recevoir le prix de location en forte monnaie, selon l'ordonnance royale; la multitude du commun peuple trouvait très onéreux qu'on eût triplé par là le prix accoutumé. Enfin quelques hommes du peuple, s'étant réunis avec beaucoup d'autres contre la loi et contre les bourgeois, marchèrent en grande hâte vers la maison du Temple à Paris, où ils savaient qu'était le roi; mais, n'ayant pu arriver jusqu'à lui, ils s'emparèrent aussitôt, autant qu'ils le purent, des entrées et issues de la maison du Temple, pour qu'on n'apportât pas de nourriture au roi. Ayant appris ensuite qu'Etienne Barbette, riche et puissant citoyen de Paris, directeur de la Monnaie et des chemins de la ville, avait été le principal conseiller de l'ordonnance au sujet
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du loyer des maisons et du taux des monnaies, transportés contre lui d'une rage cruelle, ils coururent d'abord avec une fureur unanime dévaster une maison remplie de richesses qu'il avait hors des portes de la ville, dans le faubourg, près de Saint-Martindes-Champs. Le roi, l'ayant appris, ne put souffrir davantage que de tels outrages commis envers lui et ledit citoyen demeurassent impunis, et ordonna de livrer sur-le-champ à la mort tous ceux qu'on trouverait les auteurs et excitateurs de ces crimes. Plusieurs des plus coupables furent, par son ordre, pendus hors les portes de la ville, aux arbres les plus voisins ou à des gibets nouvellement construits à ,cet effet, et surtout aux portes les ^ plus grandes et les plus remarquables, afin que leur supplice effrayât les autres et réprimât leur révolte.
Vers la Pentecôte de l'an 1307, le roi de France Philippe se rendit à Poitiers pour avoir une entrevue avec le pape. Il y fut, dit-on, délibéré et statué par lui et les cardinaux sur plusieurs affaires importantes, et notamment sur l'emprisonnement des Templiers, comme le fera voir l'événement qui suivit. Alors le pape manda expressément aux grands maîtres de l'Hôpital et du Temple, qui étaient dans le pays d'outre-mer, de laisser tout pour venir à Poitiers, dans un espace de temps fixé, comparaître en personne devant lui. Le grand maître du Temple obéit sans délai à cet ordre; mais le grand maître de l'Hôpital, arrêté dans son chemin à Rhodes parles Sarrasins, qui s'étaient emparés de cette île, ne put venir à l'époque fixée et s'excusa légitimement par des envoyés; enfin, au bout de quelques mois, ayant recouvré et reconquis cette île à main armée, il se hâta de se rendre auprès du pape à Poitiers. Le vendredi après la fête de saint Denis, le 13 octobre, vers le point du jour, tous les Templiers qu'on trouva dans le royaume de France furent tout à coup et en un seul instant saisis et renfermés dans différentes prisons, d'après un ordre et décret du roi. Parmi eux fut pris, dans la maison du Temple à Paris, et retenu prisonnier, le grand maître de l'ordre. Depuis longtemps déjà le bruit était parvenu aux oreilles du roi, par le témoignage et le rapport de plusieurs, dont quelques-uns avaient auparavant été profès dans l'ordre des Templiers, que cet ordre et ceux qui le composaient, étaient souillés et infectés d'abominables crimes :
ce qui pouvait être légitimement prouvé, même en présence de leurs dénégations.
Le roi de France, le dimanche suivant, dans la grande salle du palais, fit proclamer ouvertement et publiquement, en présence du clergé et du peuple, tous les crimes dont ils étaient soupçonnés, et que le grand maître avoua, dit-on, la semaine suivante, en grande partie, lorsqu'il fut amené en France en présence des docteurs de l'Université.
On assure qu'il fit savoir à tous ses frères, par un écrit de sa main, que le repentir l'avait conduit à cette confession, et qu'il les exhortait à en faire autant. Quelques-uns avouèrent ainsi d'eux-mêmes leurs crimes en pleurant conduits, paraît-il, par le remords. Parmi les autres, plusieurs confessèrent à la suite de la question et de différents supplices, ou par les menaces et l'aspect des tourments. Quelques-uns furent entraînés ou attirés par des promesses séduisantes; d'autres enfin avouèrent, tourmentés et forcés par la disette qui les pressait dans leur prison. Mais un grand nombre nièrent absolument l'ensemble des accusations, et plusieurs, parmi ceux qui avaient d'abord avoué, se rétractèrent ensuite et persistèrent jusqu'à la fm dans leurs dénégations; quelques-uns d'entre eux périrent au milieu des tortures.
Le roi fit enfermer à Corbeil le grand maître de l'ordre ; les autres furent détenus à Paris et dans différentes prisons, jusqu'à ce que le monarque eut délibéré, avec le siège apostolique et les prélats, de quelle manière il devait agir en cette affaire contre l'ordre et les personnes des Templiers, pour procéder selon Dieu et la justice. Il fit saisir partout leurs biens, et en prit possession par les mains de gens sûrs, qu'il envoya tout exprès.
Ce fut l'année suivante (1308) que le roi de France Philippe, sur le point de se rendre à Poitiers, où résidaient encore le pape et la cour ecclésiastique, convoqua à l'effet de délibérer de l'affaire des Templiers, dans la ville de Tours et pour le temps de Pâques, grand nombre de gens de presque toutes les villes ou châteaux du royaume; il emmena avec lui à Poitiers une nombreuse troupe de nobles et d'hommes du commun. Après que le roi et le pape eurent conféré ensemble sur différentes questions, par Tordre du pape on emmena le grand maître de l'ordre des Templiers avec
PHILIPPE LE BEL
ceux qui occupaient le premier rang dans leur ordre tant à cause de la supériorité de leur naissance que par leur mérite personnel. Il fut délibéré en leur présence et réglé d'un commun accord que le roi, à compter de ce moment et désormais, garderait au nom de LEgiise et en la main du siège apostolique tous les pères de cet ordre, dans quelques prisons qu'ils eussent été renfermés, et qu'il ne procéderait pas à leur procès, jugement ou punition
Philippe le Bel tenant un lit de justice. (Lenoir, Musée des monuments français, t. P"'. )
sans un ordre du siège apostolique, mais qu'il leur fournirait d'une manière convenable les choses nécessaires à la vie sur leurs biens à eux appartenant, dont l'administration et la garde lui seraient laissées, sous la charge de les gouverner fidèlement jusqu'au concile général qui devait être bientôt réuni.
En effet le pape Clément, étant à Poitiers, ordonna, le i" octobre, par le conseil des cardinaux, qu'un concile général serait tenu à Vienne, deux ans plus tard, le i^du même mois d'octobre, pour envoyer des secours en Terre Sainte, afin de réformer l'Église universelle et surtout afin de régler les questions qui s'étaient élevées au sujet de l'ordre du Temple; le pape déclara en même
temps, en présence du roi et des cardinaux, qu'une soixantaine parmi les chevaliers du Temple avaient reconnu la vérité des accusations portées contre eux. Le pape manda donc en tous lieux par ses lettres aux archevêques et évêques, comme aux inquisiteurs de Thérésie et tout particulièrement à ceux du royaume de France, qu'ils eussent à s'appliquer soigneusement à l'affaire des Templiers. Il leur était également commandé d'arrêter tous ceux sur lesquels ils pourraient mettre la main et de se hâter de les juger d'après leurs mérites, en conduisant à bonne fm toute cette affaire par le conseil des hommes sages et doctes. Le grand maître et un petit nombre des principaux de l'ordre furent dès lors et par une sentence positive du siège apostolique réservés à l'excommunication ou au supplice.
Lorsque l'année 1310 fut venue, le pape Clément résolut de proroger jusqu'aux calendes du mois d'octobre de l'année suivante le concile général qu'il avait annoncé pour les calendes du prochain mois d'octobre. Mais le concile de la province de Sens fut tenu à Paris depuis le onzième jusqu'au vingt-sixième jour d'octobre pour l'affaire des Templiers, avec la permission de son président Philippe, alors archevêque de Paris. Après qu'on eut soigneusement examiné les actions de chaque Templier et tout ce qui s'y rapportait, et pesé équitablement la nature et les circonstances de leurs crimes, afin que le degré de punition fût proportionné aux délits, il fut décidé, d'après le conseil des hommes doctes en droit divin et en droit canon et par l'approbation du saint concile, que quelques-uns des Templiers seraient simplement déliés des vœux de l'ordre, d'autres renvoyés libres, sains et saufs après l'accomplissement de la pénitence qui leur serait prescrite; d'autres devaient être retenus en prison, un grand nombre à perpétuité; quelques-uns enfin, tenus pour relaps, devaient être livrés au bras séculier, ainsi que l'ordonnent les lois canoniques au sujet de semblables criminels, soit qu'ils fissent partie d'un ordre religieux et militaire, ou qu'ils eussent reçu les ordres sacrés. La sentence s'accomplit ainsi après que, selon les décrets, ils eurent été dégradés parl'évêque. Ce fut ainsi que cinquante-neuf Templiers furent brûlés hors de Paris dans un champ peu éloigné d'une abbaye de nonnes, appelée Saint-Antoine. Tous cependant, sans en
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excepter un seul, refusèrent, à leur dernier moment, d'avouer les crimes dont on les accusait et persistèrent avec constance et fermeté dans une dénégation absolue, ne cessant de déclarer que c'était sans motif et injustement qu'ils étaient livrés à la mort : ce qu'un grand nombre de gens ne purent voir sans un grand étonnement et une excessive stupeur. Vers le même temps on convoqua, à Senlis le concile de la province de Reims, et en cette occasion, comme au concile de la province de Sens, tenu à Paris pour l'affaire des Templiers, on fit le procès à neuf d'entre eux, qui furent ensuite brûlés.
Les os d'un Templier, mort depuis longtemps à Paris, Jean de Thure, trésorier de l'ordre, furent exhumés et brûlés comme ceux d'un hérétique, parce qu'on avait découvert qu'il était coupable des crimes imputés aux chevaliers du Temple.
Vers le même temps, après des procédures contradictoires au sujet du pape Boniface, le pape Clément se déclara suffisamment éclairé par les dépositions et affirmations du chevalier Guillaume de Nogaret, qu'on accusait d'avoir soulevé les ennemis du pape Boniface, de même que par les recherches soigneusement poursuivies par le saint-siège à ce sujet; convaincu que le roi de France avait été complètement innocent dans l'affaire de l'attaque et de la prise dudit Boniface à Anagni, du pillage et de la ruine de son trésor et de tous les faits qui avaient accompagné cette attaque, le pape Clément rendit sa sentence d'après l'avis des cardinaux et par l'autorité apostolique, et déclara et décréta que le roi n'avait été aucunement coupable dans tout ce qui avait été commis et que ceux qui avaient dénoncé le pape Boniface ou déposé contre lui n'avaient porté leurs dénonciations ou accusations par aucune haine ni aucun autre motif personnel, mais bien par un zèle juste et pieux pour la pureté de la foi catholique. Les deux parties ayant d'ailleurs remis l'entière décision au pouvoir et aux ordres
Sceau de Jean de Thure ou du Tour,
trésorier de l'ordre du Temple.
(Archives nationales, n° 9872.)
HIST. DE FRANCE PAR LES CHRONIQUEURS. — lî.
du saint-siège, le pape Clément, par la plénitude du pouvoir apostolique, déclara absous le roi, tous ses adhérents dans cette affaire, le royaume et tous ses habitants, de toute faute, offense ou injure faite au pape Boniface , des sentences portées et des peines infligées par lui pour ce sujet, de droit ou de sa propre autorité, publiquement ou secrètement, contre le roi ou son successeur, ses sujets ou l'un de ses sujets. Il leva en même temps sans réserve les pénitences, châtiments ou procès qu'ils auraient pu ou pourraient subir à l'occasion de ce qui avait été commis contre le pape Boniface, ou de quelque fait relatif à cette affaire.
Le pape Clément fit en même temps biffer et effacer entièrement du registre les sentences, excommunications ou interdits, et toutes susdites procédures, défendant expressément que personne osât, d'une manière quelconque, garder en son pouvoir, cacher ou communiquer à d'autres lesdites sentences, excommunications, interdits ou procédures, en clause pubJique ou privée, et ordonnant de détruire et d'anéantir entièrement les lettres, cédules, parchemins et autres actes publics ou privés, où il était fait mention desdites sentences et procédures. Il déclara que ceux qui, dans l'espace de trois mois, après que cet ordre serait venu à leur connaissance, ne l'auraient pas accompli, encourraient une sentence d'excommunication, dont ils ne pourraient être absous par le pontife romain qu'à l'article de la mort. Quoiqu'il eût, de science certaine, nommément excepté de cette absolution les chevaliers Guillaume de Nogaret et Renaud de Lupin, et une dizaine des citoyens d'Anagni, qu'on assurait avoir été les chefs de ladite attaque et du pillage du trésor, afin de les obliger à lui faire, par une autre voie, une juste réparation, cependant, par considération pour le roi et par égard pour ses prières, le pape Clément finit par absoudre Guillaume de Nogaret de toutes les sentences portées contre lui, enjoignant pour pénitence l'obligation de s'embarquer en propre personne avec ses armes et ses chevaux pour secourir la Terre Sainte, à la première expédition générale, et d'y rester à perpétuité, à moins d'obtenir par la suite, de la grâce du pape ou de ses successeurs, son rappel de l'exil. Il lui fut également enjoint d'accomplir pieusement certains pèlerinages
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qu'il s'était lui-même imposés. Il devait, en outre, à sa mort laisser tous ses biens au saint-siège.
En l'an 131 1, cent quatorze prélats mitres, sans compter les prélats non mitres et les procureurs des absents, se rassemblèrent le premier jour d'octobre à Vienne, ville de la Provence, au concile général que le pape Clément avait fait annoncer. Les patriarches d'Antioche et d'Alexandrie siégeaient aussi dans le concile. Avant que la première session fût ouverte, le pape ordonna à tous les membres du concile de célébrer pendant trois jours des messes et des jeûnes. Dans la première session, qui se tint le samedi de l'octave de Saint-Denis dans l'église cathédrale, le pape, après avoir invoqué le Saint- Esprit, prit pour texte :
« Seigneur, je vous louerai de tout mon cœur dans la société des justes et dans l'assemblée des peuples; les œuvres du Seigneur sont grandes, et d'accord avec toutes ses volontés. » Après quoi, il exposa le triple sujet de la convocation d'un concile général, à savoir : les crimes inconnus des Templiers, les secours à porter à la Terre Sainte et la réforme de l'Eglise. Cela fait, il donna sa bénédiction au peuple, et chacun s'en retourna chez soi. Ensuite, après beaucoup de conférences et de négociations, il y eut entre le seigneur pape et ceux qu'il avait appelés à ses conseils, cardinaux, prélats, procureurs ou autres hommes importants, de longues délibérations, qui
Pape tenant un concile.
(Bibliothèque nationale, Ms. fr., n" 491.)
durèrent jusqu'à l'arrivée du roi de France; on disait d'ailleurs que, par zèle pour la foi, ce prince avait été depuis le commencement le principal et le plus ardent promoteur des procès intentés à l'ordre et aux personnes des Templiers. Les affaires traitées dans ce concile étaient sujettes à de si grandes difficultés, qu'elles traînaient longuement en paroles.
Le jour de la lune, après la Quasimodo de l'an 1312, on tint à Vienne, dans la grande église, la seconde session du concile général. Philippe, roi de France, arrivé vers le carême avec ses fils et ses frères, et accompagné d'une suite nombreuse, riche et puissante, de prélats, de nobles et de grands seigneurs, siégea à la droite du souverain pontife, sur un siège un peu moins élevé que le sien, avec les cardinaux, les prélats et les conseillers appelés par le pape. En cette occasion, le pape prit pour texte : « Les impies ne ressusciteront point dans le jugement des justes, et les pécheurs ne siégeront point dans leur assemblée. » Après quoi, l'ordre du Temple fut appelé, n'ayant point encore été convaincu en tant qu'ordre ; mais le pape déclara que le mode d'admission dans l'ordre jusqu'alors tenu secret par les chevaliers, et pour la première fois révélé par un grand nombre d'entre eux, étant tel, que nul homme de bien ne voudrait jamais y entrer, il abolissait de son autorité apostolique, et sur l'avis du saint concile, le nom et l'habit de l'ordre du Temple. En même temps le pape fit lire le statut porté à ce sujet contre ceux qui à l'avenir garderaient l'habit de l'ordre, le prendraient à nouveau, ou recevraient les vœux de quelques nouveaux frères, lançant une sentence d'excommunication, aussi bien contre ceux qui recevraient que contre ceux qui seraient reçus. Quant aux personnes et aux biens de ceux qui restaient encore entre les mains du souverain, le pape en réserva la disposition au siège apostolique, pour y être par lui pourvu avant la dissolution dudit concile.
Cependant, comme le second objet du concile général était les secours à envoyer en Terre Sainte, le pape prit pour texte : « Les justes obtiendront ce qu'ils désirent; » et, passant de la sévérité à la douceur, il exposa à tout le concile comment les vœux formés par les justes pour le recouvrement de la Terre Sainte, si désirable pour tout fidèle catholique, allaient bientôt être accom-