‹ Saint Louis et les croisadesChapitre 117 sur 138 · I. Jacques de Molay · texte numérisé non relu

I. Jacques de Molay

Monnaie de Philippe IV '.

Normandie, sur lesquels le pape s'était réservé de prononcer définitivement, avouèrent tous quatre ouvertement et publiquement les crimes dont on les accusait, en présence de l'archevêque de Sens et de quelques autres prélats et hommes savants en droit canon et en droit divin. Les juges avaient été spécialement assemblés à cet effet, d'après l'ordre du pape, par l'évêque d'Albano

et deux autres cardinaux légats ; il leur fut donné communication de ce que pensait le conseil des accusés. Comme ils persévérèrent dans leurs aveux et paraissaient vouloir y persister jusqu'à la fm, après une mûre délibération et sur l'avis dudit conseil, le savant tribunal, le lundi après la fête de saint Grégoire, sur la place publique du parvis de l'église de Paris, condamna les quatre accusés à une réclusion perpétuelle. Mais voilà que,

comme les cardinaux croyaient avoir définitivement conclu cette affaire, deux des Templiers, à savoir le grand maître d'outre-mer et le grand maître de Normandie, prirent tout à coup la parole pour se défendre opiniâtrement contre celui des cardinaux qui opinait et contre l'archevêque de Sens, et sans aucun respect ils recommencèrent à nier tout ce qu'ils avaient avoué : ce qui causa une grande surprise à beaucoup de gens. Les cardinaux les remirent entre les mains du prévôt de Paris, alors présent, afin qu'il les gardât jusqu'au lendemain, comptant délibérer plus amplement à leur égard; mais aussitôt que le bruit de ces événements parvint aux oreilles du roi, qui était alors dans le palais royal, il consulta avec les siens, et, sans en parler aux clercs, par une prudente décision, fit livrer aux flammes les deux Templiers, vers le soir de ce même jour, dans une petite île de la Seine, située entre le jardin royal et l'église des

Monnaie de Philippe IV '.

1. PHILIPPVS KEX. Croix tréflée à long pied. Au revers, BVRGENSIS. Dans le champ, FORTIS en deux lignes sous couronne. — Bourgeois fort, billon.

2. PHILIPPVS REX. Croix à long pied. Au revers, BVRGENSIS. Dans le champ, NOVVS en deux lignes sous un lis. — Bourgeois simple billon.

PHILIPPE LE BEL. 577

frères Ermites. Ils parurent supporter ce supplice avec tant d'indifférence et de calme, que leur fermeté et leurs dernières dénégations furent pour tous les témoins un sujet d'admiration et de stupeur. Les deux autres Templiers furent renfermés dans un cachot, selon que le portait leur arrêt.

Vers la fête de la sainte Vierge, Philippe, roi de France, voulut ramener à l'ancienne et complète valeur de la monnaie de Paris les petites pièces dites Bourgeois qu'il avait fait fabriquer et qui avaient eu cours à Paris pendant deux ans, chose qui avait semblé inouïe dans le royaume de France, surtout lorsqu'elles équivalaient à peine aux autres monnaies en poids et en valeur.

Il fit donc fabriquer des sous parisis et tournois de la même valeur et du même poids qu'ils avaient été dans le temps de saint Louis, et régla en outre que les florins à l'agnel, qui avaient cours pour vingt-deux sous de ces petits bourgeois, ne vaudraient plus, jusqu'à une autre disposition à ce sujet, que quinze sous tournois. De plus, le roi Philippe fit défendre expressément, par un édit proclamé publiquement, que personne fît usage secrètement ni publiquement de quelque autre monnaie, que ce fût d'or ou d'argent, ou estimée à une autre valeur, sous peine de perdre la totalité de ses biens. Ces changements firent bientôt murmurer hautement les citoyens, parce qu'ils furent pour eux la source de beaucoup de pertes et dommages, surtout pour les marchands, qui furent trompés sur ces monnaies dans plusieurs lieux, principalement auprès de Paris, par la ruse des serviteurs chargés de faire exécuter l'ordonnance.

Peu après, en l'an 1314, une extorsion injuste, une exaction inique et d'un nouveau genre, inaccoutumée dans le royaume de France, commença d'abord à Paris, et se répandit de là par tout le royaume, sous le prétexte des dépenses faites naguère dans la guerre de Flandre : c'est à savoir que tout acheteur et tout vendeur furent forcés de payer au roi, entre les mains de ses conseillers, satellites et agents, dix deniers par livre parisis de chaque denrée vendue et achetée. Plusieurs nobles et gens du commun, parmi les Picards et les Champenois, liés ensemble par un serment pour la défense de leur liberté et des libertés de leur pays, ne pouvant aucunement souffrir cette exaction, s'y opposèrent vigou-

Monnaie de Charles de France, comte de la Marche •.

reusement et obtinrent enfin le succès qu'ils souhaitaient, car l'extorsion royale cessa entièrement et complètement par l'ordre du roi, non seulement dans leurs terres, mais par tout le royaume de France. Quelques gens ont dit que ces exactions n'avaient pas été imaginées par le roi lui-même, mais lui avaient été suggérées par le conseil des méchants. Le roi, se sentant d'ailleurs malade, fit également cesser les exactions de la maltôte dont il entendit parler et qui lui déplurent infiniment.

La maladie du roi s'étant accrue, il se fit transporter par les siens

à Fontainebleau, lieu de sa naissance. Là, peu de jours après, voyant approcher le moment de sa mort, il pourvut avec soin et sagesse à ses affaires domestiques , investissant du comté de la Marche le seigneur Charles, son plus jeune fils, auquel il n'avait jusqu'alors assigné aucun apanage. Il donna à son fils aîné, déjà roi, de nouveaux conseils salutaires et pleins de sagesse, qu'il lui recommanda de suivre sous peine de la malédiction paternelle et de la colère divine; enfin, après avoir reçu avec une grande dévotion les sacrements de l'Eglise, il rendit son âme au Créateur dans la confession de la véritable foi catholique, la trentième année de son règne, le vendredi, veille de la fête de l'apôtre saint André. Le vingt-cinquième jour de la lune, son corps fut porté en la sépulture de ses pères en l'église de Saint- Denis, où il fut enseveli avec les honneurs qui conviennent à la majesté royale en présence d'un archevêque, de dix évêques et de quatorze abbés. Son cœur, qu'il avait laissé à l'église de Saint- Dominique par lui fondée à Poissy, y fut porté et enterré avec tous les honneurs convenables le lendemain même de ses obsèques.

A peine était mort et enterré le roi Philippe le Beau^ lorsque le mercredi devant Pâques fleuries, au temps du carême, messire Enguerrand de Marigny, chancelier, coadjuteur et gouverneur du royaume de France, fut arrêté dans sa maison de la rue des

1. K FIL REG FRANCIE. Croix. Au revers, COMES MARCIE. Écusson; au-dessus, croissant. - Billon, denier.

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