Chroniques de. Saint-Denis
PHILIPPE LE BEL
Monnaie de Philippe, comte de Poitiers'.
Fossés-Saint-Germain, par l'avis et à la requête de Charles, comte de Valois, et aussi des barons de Picardie et de Normandie, spécialement de messire Ferry de Pecquigny et du comte de Saint-Pol. Par ordre de Louis, roi de Navarre, peu après couronné roi de France, il fut emprisonné et mis au Louvre en la tour où Ferrand, comte de Flandre, avait été naguère détenu. Car, un peu après la mort du roi Philippe de France, Louis, roi de Navarre, ses deux frères, Philippe, comte de Poitiers, et Charles, comte de la Marche, et très spécialement leur oncle, Charles de Valois, avaient eu ensemble parlement, disant qu'ils voudraient savoir ce qu'Enguerrand
avait fait du trésor et des richesses du roi de France Philippe, qu'il avait eus en garde. Et pour ce ils l'avaient mandé pour comparaître devant eux. Là était venu ledit Enguerrand; sur quoi les princes lui demandèrent ce qu'était devenu le trésor de France dont ils avaient trouvé les coffres vides. Quand Enguerrand vit qu'il fallait rendre raison, sans quoi il pourrait avoir très grande honte, il répondit qu'il rendrait bon compte et loyal. Et tout aussitôt
le comte de Valois lui dit : « Rendez-le donc dès maintenant. » Pour lors Enguerrand dit : « Je vous ai baillé la plus grande partie, et le reste je l'ai mis en payement pour les dettes de monseigneur votre père. »
Quand Charles de Valois ouït la réponse d'Enguerrand et qu'ainsi il lui faisait honte, il fut grandement courroucé et irrité, et il lui dit : « Certes là-dessus mentez-vous, Enguerrand. » Mais Enguerrand répondant lui dit : « Par Dieu, sire, c'est vous qui mentez. » Alors Charles, comte de Valois, l'ayant entendu, sauta sur lui et le faillit prendre, mais plusieurs s'empressèrent à faire
Monnaie de Charles, comte de la Marche -.
1. PHS FILI REG FRAC. Croix. Au revers, COMES PICTAVIES. Châtel fleurdelisé. — Billon, denier.
2. KAROLUS COMES. Croix cantonnée d'un lis. Au revers, MONETA MARCHE. Trois croisettes, lis debout et lis couché. — Billon, denier.
disparaître Enguerrand, car, sMl eût pu le tenir à cette heure, il l'eût occis ou fait mourir de cruelle mort ; ce fut donc pour cette cause qu'Enguerrand de Marigny fut mené à la prison du Louvre, comme déjà vous a été dit.
Aussitôt après le comie de Valois manda et fit savoir à tous, tant pauvres que riches, auxquels Enguerrand de Marigny avait fait tort, qu'ils vinssent en la cour du roi pour y apporter leurs plaintes et qu'il leur serait fait bon droit. Cependant Enguerrand de Marigny étant toujours emprisonné au Louvre, le comte
de Valois, fort inquiet, vint trouver son neveu Louis, roi de Navarre, et lui dit :
« Sire , qu'avez-vous fait ?
Certes vous avez mis ce larron Enguerrand en prison chez lui, dans la tour du Louvre, car il est châtelain du Louvre, et point ne me semble-t-il convenable de l'avoir mis là. » Sur quoi le roi répondit à son oncle :
« Que voulez-vous que je fasse de lui et où faut-il le mettre ? » Le comte de Valois répondit : « Je veux qu'il soit mis en étroite prison au Temple, autrefois hôtel des Templiers. » Là-dessus, sur Tordre du roi, ledit Enguerrand fut amené du Louvre au Temple, chevauchant sous la garde d'une belle compagnie de sergents et beaucoup de peuple allant après lui pour le voir, qui en concevait grande joie, et là il fut étroitement gardé en prison.
Ce fut le samedi devant Pâques fleuries qu'Enguerrand de Marigny fut amené du Temple au bois de Vincennes, devant Louis, roi de Navarre, et grand foison de prélats et barons du royaume de France qui y avaient été tout exprès assemblés. Pour lors, par le commandement du comte de Valois, maître Jean Hanières proposa contre Enguerrand de Marigny les raisons et accusations qu'on lui avait ordonnées, et premièrement il prit son
Sceau d'Enguerrand de Marigny.
(Archives nationales, n° 248.)
PHILIPPE LE BEL
thème de cette autorité : Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini ttio da gloriam. «Non pas à nous, sire, non pas à nous, mais à ton nom donne gloire. » C'est le français de ce latin. Après cela il prit les exemples d'Abraham et d'Isaac, son fils, puis il parla des serpents qui dévastaient les terres du Poitou au temps de saint Hilaire, évêque de Poitiers, et il compara les serpents à Enguerrand