‹ Saint Louis et les croisadesChapitre 124 sur 138 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Les Valois et la guerre de Cent Ans.

iiiftimifltin iiTTTTffltnTr

EU de temps après mourut le roi Charles de France, fils du beau roi Philippe. Tl avait été trois fois marié et mourut sans héritier mâle : ce qui fut dommage pour le royaume, comme vous le verrez ci-après.

Lorsque la reine sa troisième femme, sœur du roi de Navarre qui alors était, se trouva enceinte, le roi son mari se coucha malade dans son lit de mort. Et quand il s'aperçut qu'il fallait mourir, il déclara qu'il voulait, s'il advenait que la reine accouchât d'un fils, que messire Philippe ^de Valois, son cousin germain, en fût tuteur et régent de tout le royaume jusqu'à ce que son fils fût en âge d'être roi, et, s'il arrivait que ce fût une

Monnaie de Philippe VI

fille, que les douze pairs et barons de France tinssent conseil et avis entre eux et donnassent le royaume à celui qui y aurait droit. Il ne se passa guère de temps après la mort du roi Charles que la reine Jeanne accouchât d'une fille : ce dont la plus grande partie du royaume fut troublée et courroucée. Quand les douze pairs et hauts barons l'eurent su, ils s'assemblèrent à Paris au plus tôt

qu'ils purent, et donnèrent le royaume, d'un commun accord, à monseigneur Philippe de Valois, jadis fils du comte de Valois, et en déboutèrent la reine d'Angleterre, sœur germaine du roi Charles, dernièrement trépassé, ainsi que le roi son fils. Et c'était leur raison que le royaume de France est, dirent-ils, de si grande noblesse, qu'il ne doit pas en succession passer aux femmes, ni par conséquent aux descendants des femmes. Et ainsi fut monseigneur Philippe couronné à Reims, l'an de grâce 1328, le jour de la Trinité : dont il advint au royaume de France grande guerre et désolation,

comme vous le verrez en cette histoire.

Aussitôt que le roi Philippe eut été couronné, il manda ses princes, barons et tous ses gens d'armes, et s'en alla avec toutes ses forces se camper dans la vallée de Cassel pour guerroyer contre les Flamands qui étaient rebelles à leur seigneur, et particulièrement ceux de Bruges, d'Ypres et du Franc. Et ne voulaient point obéir au comte de Flandre, leurdit seigneur, et ils l'avaient chassé, si bien qu'il ne pouvait demeurer dans son pays, si ce n'est à Gand, et encore à grand peine. Et se tenaient les Flamands en la ville de Cassel, où ils avaient fait leur garnison pour garder les frontières en cet endroit.

Or vous dirai-je comment ces Flamands furent déconfits, et ce fut par mille, et fut leur capitaine tué. Et nul des seigneurs ne sut nouvelles des autres jusqu'à ce que tout fut fait. Et des quinze

Monnaie de Piiilippe VI

1. PHILIPPVS DEI GRA FRACOR REX. Saint Georges à cheval terrassant le dragon.- Florin Georges, or.

2. PH DI GRA REX FRANC. Couronne entourée de six lis. — Couronne d'or.

Monnaie de Philippe VI

mille Flamands qui là demeurèrent, aucun ne recula que tous ne fussent morts et tués en trois monceaux, les uns sur les autres, sans sortir de la place où chacun avait commencé de se battre : ce qui fut, en l'an de grâce 1328, le jour de Saint-Barthélémy.

Adonc après cette déconfiture vinrent les Français à Cassel et y mirent les bannières de France. Et se rendit la ville au roi, et puis Poperinghe, et puis Ypres et tous ceux de Bruges en suivant; et reçurent le comte Louis, leur seigneur, paisiblement et amiablement, et lui jurèrent foi et loyauté à tenir à toujours. Et retourna le roi Philippe à Paris, où il fut prisé et honoré de ce qu'il avait fait sur les Flamands et de son bon service au comte Louis, son cousin. Il y demeura en grande prospérité et honneur, et accrut grandement rÉtat royal, et n'y avait jamais eu, disait-on, roi de France qui eût tenu un état pareil au roi Philippe.

Or il advint, environ un an après que le roi Philippe de Valois eut été couronné roi de France, et que tous les barons et les tenants dudit royaume lui eurent juré foi et hommage, que le roi de France fut conseillé de mander le roi d'Angleterre afin qu'il vînt aussi lui jurer foi et hommage, comme il appartenait. Et furent priés d'.aller en Angleterre faire ce message le sire d'Aubigny et le sire de Beausault", et deux clercs en droit, maîtres au Parlement de Paris. Et

débarquant tantôt ces quatre à Douvres, ils firent tant par leurs journées, qu'ils vinrent à Windsor, où le roi d'Angleterre et la jeune reine* sa femme se tenaient, et les reçut le roi bien honorablement. Après quoi ils contèrent leur message, dont ils furent volontiers ouïs : sur quoi répondit le roi qu'il n'avait pas auprès de lui son conseil, et qu'ils se retirassent en la cité de Londres, où

Monnaie de Philippe VI '

1. PHILIPPVS D GRA FRAC REX. Ange couronné debout sur un dragon. — Ange d'or.

Page 1