‹ Saint Louis et les croisadesChapitre 15 sur 138 · En ii;o · texte numérisé non relu

En ii;o

et il envoya des députés réclamer ce secours au roi Louis. Ce monarque, toujours prêt à se montrer pieux défenseur de l'Eglise, convoqua aussitôt à Étampes une grande assemblée d'archevêques, d'évêques, d'abbés et d'hommes religieux, auprès desquels il s'enquit plutôt des qualités personnelles de l'élu que de la validité de l'élection, sachant bien que souvent, et par suite des

désordres amenés dans l'Eglise par la turbulence des Romains, les élections ne se faisaient pas régulièrement. Par l'avis donc de ces sages personnages, ce prince adhéra à l'élection de Grégoire, et m'envoya à Cluny offrir au pape les premières assurances de son secours et de ses services. Ce pontife, charmé de pouvoir compter sur un si puissant appui, me fit bientôt repartir chargé des expressions de sa reconnaissance, de ses actions de grâces et de sa bénédiction pour le seigneur roi.

Quand ensuite le pape fut arrivé à Saint-Benoît-sur-Loire, le monarque se rendit au-devant de lui avec la reine et ses fils, puis, inclinant sa noble tête, comme il l'eût fait devant le tombeau de saint Pierre, il se prosterna aux pieds du pontife et lui promit, pour l'Église et pour lui-même, l'amour d'un vrai catholique et les efforts du zèle le plus dévoué. A l'exemple du seigneur Louis, Henri, roi d'Angleterre, vint à Chartres, à la rencontre du pape, avec les mêmes assurances.

Le pontife ayant visité les églises de France, comme l'exigeaient ses affaires, il arriva dans le pays des Lorrains. L'empereur Lothaire vint alors au-devant de lui dans la cité de Liège, avec une magnifique suite d'archevêques, d'évêques et de grands; ce prince s'offrit ensuite humblement, sur la place même de l'église épiscopale, à servir d'écuyer au pape, marcha devant lui à pied, au milieu du cortège, portant d'une main une baguette pour montrer qu'il était

Tour penchée de Saint-Martin

à Etampes,

d'après une photographie.

ROYAUTÉ FRANÇAISE. m

prêt à le défendre comme son seigneur et tenant de l'autre les rênes de la haquenée blanche que montait le pontife; enfin, quand celuici eut mis pied à terre, Lothaire soutint ses pas dans la procession et releva ainsi, aux yeux des grands comme des petits, la haute dignité du père de l'Eglise.

Le pape, ayant donc resserré les nœuds de la paix qui avait réuni récemment l'Empire et l'Eglise, daigna considérer comme sa fille bien-aimée l'église du bienheureux Denis, et vint y célébrer les fêtes de Pâques. La veille de la Cène du Seigneur, nous allâmes au-devant du roi avec des chants d'allégresse, exaltant son arrivée aux yeux de Dieu et des hommes. Après avoir célébré pontificalement dans notre église la Cène du Seigneur, selon le rite romain, il adora avec vénération la croix de Monnaie de Lothaire ir.

Jésus-Christ et passa en prières toute

la nuit des vigiles. Le lendemain, de grand matin, il se rendit pour ainsi dire secrètement, avec une suite nombreuse de ses assistants, dans un bourg voisin de l'église des saints martyrs ; là les siens l'habillèrent suivant l'usage romain, le parèrent d'une foule d'ornements admirables, placèrent sur sa tête, comme insigne de sa puissance, la tiare en forme de casque, environnée d'un diadème d'or, et le firent monter sur une haquenée blanche couverte d'une riche housse; eux-mêmes, revêtus de superbes habillements, montés sur des chevaux de couleurs diverses, mais tous revêtus de housses blanches, marchaient solennellement deux à deux en chantant des hymnes; les barons, les vassaux de notre église et de nobles châtelains, tous à pied, faisaient humblement les fonctions d'écuyers, tenant les rênes de la monture du pontife; ceux qui le précédaient jetaient devant lui une pluie d'argent, afin d'écarter la foule qui obstruait le passage; la route royale était parsemée de branches, et tendue somptueusement de tapis précieux attachés aux arbres. Au milieu des troupes rangées en bataille, et du concours immense de peuple qui se pressait sur les pas du pontife, se présenta la synagogue des juifs de Paris; toujours

1. ARIVS. Buste de l'empereur tenant le sceptre fleurdelisé et le globe crucigère Au revers, S S SIMON. S. Simon et Jude. — AR.

plongée dans l'aveuglement, elle lui offrit le texte de la loi écrit sur un rouleau qu'enveloppait un riche voile ; en retour elle obtint ce souhait miséricordieux : « Puisse le Dieu tout-puissant arracher le voile qui couvre vos cœurs ! »

Arrivé à la basilique des saints martyrs, parée de couronnes d'or et de pierres précieuses, le pontife, assisté par nous, y célébra avec une divine piété les mystères divins et immola la sainte victime, le véritable agneau pascal. A la messe succéda le banquet, puis, trois jours après Pâques, le seigneur pape, nous ayant rendu

grâce de notre bonne réception et promis ses conseils et son appui, se rendit à Paris; de là il continua à visiter les églises, qui toutes s'empressèrent de suppléer de leurs trésors aux Monnaie de Louis Yi.(Compiègne'.) richesses dont manquait son indigence;

puis, après avoir ainsi voyagé quelque temps, il fixa son séjour à Compiègne.

Dans ce temps arriva un malheur cruel. Le fils aîné du roi Louis, Philippe, enfant dans la fleur de l'âge et d'une grande douceur, l'espoir des bons et la terreur des méchants, se promenait un jour à cheval dans un faubourg de la cité de Paris; un détestable porc se jette sur les pas du coursier, celui-ci tombe rudement, écrasant contre une roche le noble enfant qui le montait et l'étouffé sous le poids de son corps. Tous ceux qui apprennent cet événement, consternés de douleur, crient, pleurent, poussent des sanglots, s'empressent à relever l'enfant mourant, et le transportent dans la maison voisine: ô douleur! à l'entrée de la nuit, il rendit l'âme-. Quelle tristesse et quel désespoir accablèrent son père, sa mère et tous les grands du royaume ! Homère lui-même ne pourrait l'exprimer. On l'enterra dans l'église du bienheureux Denis, dans le lieu réservé à la sépulture des rois, à la gauche de l'autel de la sainte Trinité, avec tout le cérémonial usité pour les princes, en présence d'une foule d'évêques et de grands de l'État. Son sage père, après s'être abandonné longtemps aux plaintes les plus déchirantes.

1. LVDOVICVS RE. Croix cantonnée de deux lis et de deux annelets. Au revers, CVMPIENE Dans le champ H. — Billon, denier.

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