I. Odon de Deuil, Croisade de Louis VII
vant toujours un cœur de roi, agile autant que vigoureux, saisit les branches d'un arbre que Dieu avait placé là pour son salut et, s'élançant sur le haut d'un rocher, il se défendit vaillamment contre les ennemis qui l'assaillaient. Par la grâce de Dieu, sa cuirasse le préserva de l'atteinte des flèches, et, de son glaive tout sanglant, il fit tomber les mains et les têtes de beaucoup d'ennemis. La nuit tombante fit enfin reculer les assaillants, qui s'éloignèrent afin d'aller recueillir les dépouilles du champ de bataille.
Cependant la foule qui avait emporté les bagages n'était pas encore bien loin , car elle avançait difficilement au milieu des précipices. Le roi, l'ayant rejointe à pied, monta à cheval et, poursuivant sa route à travers l'obscurité, il vit venir au-devant de lui les escadrons des chevaliers de l'arrière-garde qui, tout hors d'haleine et rencontrant le roi seul, couvert de sang et accablé de fatigue, se prirent à pleurer, apprenant ainsi ce qui était arrivé sans avoir besoin de le demander, et si les Turcs en eussent été informés, bien facilement eussent-ils pu les attaquer et occire en cette douleur, car on ne pouvait les empêcher d'aller errant et se lamentant, l'un sur son père, l'autre sur son frère, son cousin, son oncle, qu'ils avaient perdus ^ et ainsi cheminèrent-ils tristement et en grand besoin jusqu'à ce qu'ils fussent arrivés en la cité de Satalie, où le roi et ses chevaliers ne séjournèrent guère, mais, laissant là les gens de pied, ils mirent en mer et débarquèrent au port Saint-Syrien, près d'Antioche.
Lorsque Raymond , prince d'Antioche, eut la nouvelle que le roi Louis de France et sa femme, la reine Éléonore, étaient arrivés en sa terre, si près de lui, il en eut grande joie, et alla au-devant d'eux en belle compagnie. Le prince cherchait à faire tout ce qui pouvait plaire au roi et à ses barons, car il comptait sur lui pour l'aider à s'emparer des cités de Halape, de Césarée et d'autres forteresses des Turcs, qui lui fussent facilement tombées entre les mains par la peur que les Turcs avaient de sa venue.
Plusieurs fois, en particulier, le prince avait déjà tâté la volonté du roi, mais il ne la trouvait pas telle qu'il voulait. Un jour il vint vers lui devant ses barons et lui fit sa requête du mieux qu'il