‹ Saint Louis et les croisadesChapitre 28 sur 138 · FRAGMENT DE VITRAIL PEINT PAR ORDRE DE SUGER · texte numérisé non relu

FRAGMENT DE VITRAIL PEINT PAR ORDRE DE SUGER

CONSERVÉ A l'aBBAïE DE SAINT-DENIS

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mST. DE FRANCE PAR LES CHRONIQUEURS. — II.

son pays d'Aquitaine, dont elle ne tarda pas à faire don à Henri II, duc de Normandie, qui la prit pour femme, et devint par la suite roi d'Angleterre. Le seigneur roi des Français épousa de son côté Constance, fille du roi d'Espagne, qui mourut bientôt, après lui avoir donné deux filles. Le roi se maria alors avec Adèle, fille de Thibaut, comte de Blois, et la plus jeune des enfants de ce pieux seigneur, digne de louange par ses qualités tant naturelles qu'acquises et méritant par sa vertu d'être élevée à un si haut rang. Le roi Louis venait de réprimer la méchanceté et les brigandages du comte de Clermont et de son neveu Guillaume, comte du Puy, lorsque la nouvelle se répandit, en divers pays, d'une action exécrable et inouïe dans notre temps. Guillaume , comte de

Châlons, suivant les traces du diable qui osa tenter le Seigneur, • persécutait d'une manière atroce l'Eglise de Cluny. Ayant ramasse,

pour exercer ses tyranniques cruautés, une multitude de scélérats, appelés vulgairement Brabançons, le brigand partit pour ravager ladite Eglise. Les moines qui y étaient consacrés au service de Dieu , défendus non par le fer ou le bouclier , mais revêtus de leurs habits ecclésiastiques , s'avancèrent au-devant du tyran avec les reliques des saints et la croix , et accompagnés d'une grande multitude de peuple. L'exécrable troupe de ces brigands dépouilla les moines de leurs vêtements sacrés, et, à l'instar des bêtes féroces qui, pressées par la faim, se jettent sur les cadavres, ils égorgèrent comme des brebis plus de cinq cents bourgeois de Cluny. La nouvelle de ce crime inouï s'étant répandue dans différents pays parvint aux oreilles du pieux roi Louis. Ne pouvant supporter qu'avec la plus grande indignation un tel forfait envers la sainte Eglise, il se sentit animé par le zèle ardent du Saint- Esprit à prendre vengeance de cet abominable massacre. Que dirai-je de plus? Un édit royal rassembla les phalanges valeureuses des belliqueux Français. Soutenu par eux, il marcha promptement contre le tyran pour l'exterminer (1166) ; mais l'infâme comte de Châlons, apprenant l'arrivée du roi, n'osa pas attendre sa présence, et, abandonnant ses terres, prit la fuite. Comme le roi, sur sa route, traversait le territoire de Cluny, il vit venir à sa rencontre des femmes veuves, des jeunes filles et des jeunes garçons orphelins qui, s'étant jetés à ses pieds, pleurant et gémis-

sant, l'instruisirent de leur misère par leurs lugubres clameurs, et, offrant à la majesté royale leurs très pieuses prières, le supplièrent d'étendre miséricordieusement sur eux la main de sa sagesse et de son assistance. Le pieux roi se trouva ainsi par leurs plaintes excité à châtier ces scélérats; l'armée partageait son ardeur et sa compassion. Et comment s'en étonner? Vous auriez vu des enfants orphelins , suspendus encore à la mamelle de leurs mères, des jeunes filles éplorées s'écriant lamentablement qu'elles étaient privées de l'appui paternel; vous auriez entendu les airs retentir des vagissements des enfants. Aussitôt le roi, prompt à accomplir son dessein, pénétra hardiment, avec son armée, dans les terres de l'exécrable comte de Châlons, et s'empara, à la pointe de l'épée, de la ville, du mont Saint-Vincent et de toutes les terres de ce tyran. Il en donna la moitié au duc de Bourgogne et le reste au comte de Nevers ; il fit pendre à des fourches, pour venger l'Eglise de Dieu, tous les Brabançons dont il put s'emparer. L'un d'eux , ayant voulu racheter sa vie pour une immense somme d'argent, ne put rien obtenir, et fut livré au même supplice que les autres. Ayant donc enfin tiré une juste vengeance du massacre et de la persécution atroces infligés à Cluny et à la sainte Église, le roi s'en retourna joyeux dans sa ville de Paris.

Comme il convient à la majesté royale de couvrir les églises de Dieu du bouclier de sa défense contre toute persécution, le très bienfaisant roi, qui ne voulait pas que, par négligence, il survînt faute de justice qui les exposât aux ravages des brigands, après avoir glorieusement vengé les outrages faits à l'Église de Cluny, délivra aussi l'Église de Vézelay des attaques de ses ennemis. Il arriva, en effet, que les bourgeois de Vézelay, se liguant entre eux, enflés d'orgueil, se soulevèrent contre leur seigneur abbé et contre les moines, et les persécutèrent longtemps par des incursions sur leurs terres. Ils étaient tous engagés par serment à ne plus accepter la domination de l'Église ; ce pourquoi ils avaient l'assentiment et l'appui du comte de Nevers, ennemi de cette même Eglise. L'abbé et les moines furent contraints, par les violentes attaques des bourgeois, de fortifier pour leur défense les tours du monastère; les bourgeois, par dehors, les pressaient

d'assauts répétés, faisant pleuvoir sur eux sans relâche une grêle

Geoffroy Plantagenet, père de Henri II d'Angleterre D'après l'émail conservé au Musée du Mans.

de traits et de coups de bélier ; ils les tinrent si longtemps bloqués

que, n'ayant point de pain à manger, les frères furent réduits à soutenir leur existence à force de viande. Une partie des moines était de garde pendant la nuit, tandis que l'autre réparait un peu par le sommeil la fatigue de ses membres. Comme ils gémissaient sous le poids d'une telle persécution, l'abbé , voyant que ces hommes iniques ne se relâchaient en rien de leur entreprise impie, sortit secrètement du monastère sous la conduite de quelques-uns de ses amis, et se rendit promptement auprès du roi Louis, qui résidait alors à Corbeil. Il lui exposa leur malheur et se plaignit hautement de l'injuste persécution que lui faisait subir la commune de Vézelay. Instruit par l'abbé, le roi, toujours prêt à défendre les Églises, envoya Tévêque de Langres vers le comte de Nevers qui soutenait ladite ligue, et lui manda de rétablir la paix de l'Église en obligeant la commune à se dissoudre; mais le comte, négligeant d'obéir aux ordres du roi, laissa les gens de Vézelay poursuivre leurs entreprises. Cette désobéissance étant parvenue aux oreilles du roi, celui-ci, empressé de réprimer luimême cette indigne violence, rassembla une armée et s'avança contre ledit comte. Ce qu'apprenant, celui-ci envoya vers le roi l'évêque d'Autun, pour lui mander qu'il abandonnait la commune à sa volonté ; il engagea même sa foi de ne plus soutenir la commune et de la dissoudre entièrement. Le roi, acceptant la promesse du comte, l'emmena avec lui à Autun et, convoquant dans cette ville les bourgeois de Vézelay, il leur fit jurer de se conformer à la volonté de l'abbé Pons et de ses successeurs, de dissoudre leur commune et de n'en plus former à l'avenir. Ensuite, par un décret du roi , ces mêmes bourgeois donnèrent à l'abbé Pons quarante mille sols, et ainsi fut rétablie la paix de l'Église *.

Tant d'œuvres de justice, accomplies par le pieux roi Louis, sous l'inspiration du Saint-Esprit, lui valurent la faveur divine. Il implorait d'epuis longtemps de Dieu le don d'un fils, ses trois femmes lui ayant donné un grand nombre de filles, mais point d'héritier mâle qui pût succéder à son trône"-. Implorant cette grâce de Dieu non comme un droit dû à ses mérites, mais comme

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