‹ Saint Louis et les croisadesChapitre 29 sur 138 · Vie de Philippe-Auguste , par Ricord · texte numérisé non relu

Vie de Philippe-Auguste , par Ricord

une faveur qu'il voulait devoir à sa miséricorde, il disait en priant : « Seigneur, souvenez-vous de moi, je vous prie, et n'entrez pas en jugement avec votre serviteur, car nul homme vivant ne sera trouvé juste devant vous. Mais jetez un regard propice sur le pécheur qui vous prie, et donnez-moi un fils pour héritier de mon royaume, afin qu'il puisse régner glorieusement sur les Français. Qiie mes ennemis ne puissent pas dire : Tes espérances ont été déçues. Tu as perdu tes aumônes et tes prières. » Telles étaient les prières du roi, du clergé et de tout le royaume. Elles furent exaucées devant le Seigneur. Dieu donna au roi Louis un fils, qui fut appelé Philippe Dieudonné , et qu'il fit élever très saintement et instruire pleinement dans la religion de Notre- Seigneur Jésus-Christ.

L'an II 79 de l'Incarnation du Seigneur, Louis, roi très chrétien des Français, déjà presque septuagénaire, et se sentant d'ailleurs affaibli par les atteintes d'une paralysie, convoqua à Paris une assemblée générale de tous les archevêques, évoques, abbés et barons de tout le royaume des Français, dans le palais de notre vénérable père Maurice , évêque de Paris. Quand ils y furent tous réunis, Louis entra d'abord dans une chapelle, car il n'entreprenait jamais rien sans s'y être préparé par la prière, puis il appela tour à tour les archevêques, les évêques, les abbés et tous les grands du royaume pour leur communiquer son projet. Il leur déclara qu'il désirait, sauf leur avis et leur volonté, élever au trône des Français son fils bien-aimé, Philippe Dieudonné, au premier jour de l'Assomption de la bienheureuse Vierge Marie. Les prélats et les grands n'eurent pas plus tôt entendu la volonté du roi, qu'ils s'écrièrent tous d'une voix unanime : « Soit, soit ! » Et l'assemblée fut ainsi close.

Aux approches de la fête de la très sainte Vierge Marie, le roi très chrétien vint donc à Compiègne avec son fils bien-aimé. Mais Dieu voulut que les choses se passassent autrement que Louis ne l'avait espéré ; en effet, pendant le séjour qu'il fit en cette ville, rillustre Philippe, ayant obtenu de son père la permission de chasser dans la forêt avec les veneurs du roi, vit venir à lui un énorme sanglier. A cette vue, les veneurs lâchent les chiens et se mettent à la poursuite de la bête, à travers la solitude de la

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forêt et, donnant du cor, ils se dispersent dans les différentes avenues du bois.

Cependant Philippe, monté sur un cheval plein de feu , fut emporté loin des autres; longtemps il poursuivit seul le sanglier, par des sentiers écartés. Enfin, au déclin du jour, il jeta les yeux en arrière, et s'aperçut qu'il n'avait point de veneurs à sa suite. Se voyant donc seul dans cette vaste forêt, il commença à concevoir de justes craintes. Il erra quelque temps encore au gré de son cheval, qui l'emportait çà et là. Mais ses alarmes allaient croissant. Il avait beau jeter partout ses regards, il ne voyait personne ; il se mit donc à pousser des gémissements et des soupirs, puis, faisant le signe de la croix, il se recommanda très dévotement à Dieu, à la bienheureuse Vierge Marie, et au bienheureux Denis, patron et défenseur des rois de France. A la fm de sa prière, il regarda à droite , et tout à coup il vit près de lui un paysan qui soufflait sur des charbons ardents. Sa taille était haute, son aspect horrible, son visage hideux et noirci par le charbon; il tenait une grande hache sur son cou. A cette vue, Philippe trembla d'abord comme un enfant; mais bientôt sa grande âme surmonta ses premières frayeurs. Il expliqua au charbonnier qui il était, d'où il venait, comment il se trouvait là, et le paysan, reconnaissant son seigneur, abandonna sur-le-champ son travail et ramena le prince à Compiègne par un chemin abrégé. Mais, à la suite de ses frayeurs, Philippe Dieudonné tomba dangereusement malade, et cet accident fit différer son couronnement jusqu'à la Toussaint suivante.

Lorsque approcha le jour de cette glorieuse fête, Philippe- Auguste, ayant convoqué les archevêques, les évêques et tous les barons de la terre, fut couronné à Reims par le respectable archevêque Guillaume, cardinal au titre de Sainte-Sabine, légat du siège apostolique et oncle du roi lui-même, en présence de Henri, roi d'Angleterre, qui tenait humblement un côté de la couronne sur la tête du roi de France, en signe de l'allégeance qu'il lui devait; tous les archevêques, évêques et autres grands de l'empire , tout le clergé et tout le peuple crièrent : Vive le roi ! Vive le roi! Philippe eut quatorze ans accomplis le jour de la fête deTimothée et de Symphorien; ce fut donc dans sa quinzième

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année, le jour même de la Toussaint, qu'il fut sacré roi. Le roi très chrétien Louis, son père, vivait encore, quoique bien malade, car sa paralysie avait augmenté à ce point qu'elle ne lui permettait plus de faire un seul pas.

Quand le nouveau roi fut sacré, il revint à Paris, et peu de jours après il tenta l'exécution d'une grande entreprise, qu'il méditait depuis longtemps en secret sans oser l'accomplir, à cause de l'extrême soumission qu'il montrait en toutes choses aux volontés du roi très chrétien son père. En effet, il avait souvent entendu dire aux jeunes gens qu'on élevait avec lui dans le palais, que les juifs qui demeuraient à Paris descendaient secrètement tous les ans dans des retraites souterraines, le jour de Pâques ou pendant la sainte semaine Monnaie de Philippe-Auguste'. consacrée par nos larmes, et qu'ils y

immolaient un chrétien pour outrager la religion chrétienne. On ajoutait qu'ils avaient longtemps persévéré dans cette pratique exécrable inspirée par l'artifice du démon, et que sous le règne de son père on avait plus d'une fois saisi les coupables pour les livrer au feu. Saint Richard, dont le corps repose dans l'église ds Saint-Innocent-des-Champeaux, à Paris, fut ainsi égorgé et crucifié par les juifs et mérita par ce martyre le bonheur d'entrer dans le royaume des cieux, où nous savons que son intercession et ses prières ont obtenu de la bonté de Dieu une foule de miracles. Le roi très chrétien, s'étant donc pleinement convaincu de la vérité de ces crimes et de beaucoup d'autres commis par les juifs sous le règne de ses ancêtres, se sentit enflammé d'un saint zèle, et, sur son ordre, l'année même où il prit à Reims le gouvernail du royaume de France, le seize des calendes de mars, un samedi, les juifs furent saisis dans leurs synagogues par toute la France et dépouillés de leur or, de leur argent et de leurs vêtements, comme ils avaient dépouillé eux-mêmes les Égyptiens à leur sortie d'Egypte. Mais ce n'était là que le prélude de leur prochain bannissement, car, le très pieux roi Louis ayant peu après rendu son

I. PHILIP REX FRANCO en deux lignes dans le champ. Au revers, ARRAS CIVITAS. Croix cantonnée de deux lis. — Billon, denier.

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âme à Dieu, le roi Philippe résolut de purger son royaume de la peste des juifs et de leurs usures. Depuis longtemps, en effet, comprenant méchamment tous les chrétiens sous le nom d'étrangers, ils prêtaient à tous de l'argent, si bien que, dans les bourgs, dans les faubourgs et dans les villes, les chevaliers, les paysans et les bourgeois étaient tellement accablés de dettes, qu'ils se voyaient souvent expropriés de leurs biens ; d'autres encore étaient gardés sur parole dans les maisons des juifs à Paris et détenus comme dans une prison. Philippe, roi très chrétien, en étant informé, fut ému de pitié ; mais, avant de prendre une résolution, il voulut consulter un ermite nommé Bernard ; c'était un saint homme, un bon religieux, qui vivait dans le bois de Vincennes, et ce fut d'après son conseil que le roi libéra tous les chrétiens de son royaume des dettes qu'ils avaient contractées envers les juifs, à l'exception d'un cinquième qu'il se réserva.

En effet, Fan 1182 de l'Incarnation de Notre-Seigneur, dans le mois d'avril nommé Nisam chez les juifs, l'illustre roi Philippe-Auguste rendit un édit qui donnait aux juifs jusqu'à la Saint-Jean suivante pour se préparer à sortir du royaume. Le roi leur laissa aussi le droit de vendre leur mobilier jusqu'à la même époque. Quant à leurs domaines, tels que maisons, champs ou vignes, le roi s'en réservait la propriété ainsi qu'à ses successeurs sur le trône de France. Ceux qui se convertirent à Dieu et furent régénérés par les eaux du baptême obtinrent qu'on leur laissât tous leurs biens. D'autres, fidèles à leur même aveuglement, cherchèrent à séduire par de riches présents et par de belles promesses les princes de la terre, barons et évêques, dans l'espoir que leurs protecteurs pourraient ébranler les volontés irrévocables de Philippe. Mais le Dieu de bonté avait versé les trésors de sa grâce dans l'âme du roi, en sorte qu'il eût été plus facile d'amollir les rochers et de changer le fer en étain flexible que de faire renoncer le roi très chrétien à la résolution que Dieu lui avait inspirée.

Les juifs infidèles, voyant qu'ils ne pouvaient plus compter sur l'influence des grands, qui jusqu'alors leur avait toujours servi pour disposer à leur gré de la volonté des rois, s'écrièrent

dans toutes leurs synagogues : Scema Israël! c'est-à-dire: « Écoute, Israël ! » et ils se résolurent à commencer de vendre leur mobilier, car le temps approchait où ils allaient être contraints de sortir du royaume. Ayant donc vendu leurs effets, ils en emportèrent le prix pour payer les frais de leur voyage, et dans le mois de juillet 1182 ils partirent avec leurs femmes,

Sceau de Philippe-Auguste. (Archives nationales, n° 38.)

leurs enfants et tout leur train, tandis que le roi faisait purifier toutes leurs synagogues , c'est-à-dire les écoles où ils se rassemblaient tous les jours sous le faux prétexte d'exercer leur religion et de faire leurs prières ; il en fit ensuite des églises, que l'on dédia au service de Dieu, malgré l'opposition de tous les grands, car il pensait qu'il serait beau et honorable de faire chanter par le clergé et par tout le peuple chrétien les louanges du Dieu des miracles dans ces temples où l'on blasphémait tous les jours le nom de Jésus-Christ.

La paix florissait dans les États du roi Philippe-Auguste ou le Magnanime ; il s'occupait sans relâche du bonheur de ses

sujets. Ce fut ainsi qu'en l'an 1183 de l'Incarnation de Notre- Seigneur et la quatrième année de son règne, ce prince très chrétien, sur la demande d'un grand nombre de gens, et particulièrement sur le conseil d'un de ses officiers, doué d'une grande intelligence, traita avec les lépreux qui demeuraient hors des murs de Paris, et leur acheta un marché, qu'il fit transférer dans la cité, à la place nommée les Champeaux. Voulant concilier la beauté de cet établissement et la commodité des marchands, il chargea le même serviteur, qui était fort habile dans ces sortes d'entreprises, de faire construire deux grandes maisons, vulgairement appelées des halles, pour que tous ceux qui avaient quelque chose à vendre y pussent apporter leurs marchandises par les mauvais temps, sans craindre la pluie, et les mettre en sûreté pendant la nuit , contre les surprises des voleurs. Pour plus de précautions, il fit même élever un mur tout autour de ces halles et l'on y pratiqua un certain nombre de portes, qu'on tenait toujours fermées la nuit. Entre le mur extérieur et les halles on construisit un étal couvert, pour que les marchands ne se vissent pas obligés d'interrompre leurs marchés par les temps pluvieux, ce qui portait dommage à leur trafic. Dans le même temps Philippe-Auguste, roi des Français, veillant toujours à l'accroissement et à la prospérité de son royaume, fit entourer d'un bon mur le bois de Vincennes, qui sous le règne de ses prédécesseurs n'avait jamais été fermé et dont le passage était resté libre et public. Henri II, roi des Anglais, qui avait succédé à Etienne sur le trône d'Angleterre, ayant appris cette nouvelle, fit ramasser dans toute la Normandie et l'Aquitaine des bêtes sauvages, telles que des faons, des biches et des daims, des chevreuils et autres, qu'il fit embarquer avec le plus grand soin sur un grand vaisseau, bien muni de toute la nourriture qui pouvait leur être nécessaire, et les envoya au roi Philippe, son seigneur. Le bâtiment eut à faire un trajet considérable, car il remonta la Seine jusqu'à Paris. Le roi très chrétien reçut ce présent avec reconnaissance et fit enfermer le gibier dans son parc de Vincennes, près Paris, en y établissant bon nombre de gardes à perpétuité.

Ce n'en était pas encore assez pour le désir qu'avait le roi

d'embellir et de perfectionner tout ce qui l'entourait. Un jour, se promenant à Paris dans la cour royale en songeant aux affaires de l'État, le roi se mit par hasard à une fenêtre du palais, d'où il se plaisait souvent à regarder par passe-temps le fleuve de Seine; mais des voitures, traînées par des chevaux au milieu de la ville.

La chapelle : fouilles du Louvre de Philippe- Auguste.

faisaient sortirce jour-là une odeur fétide des boues qu'elles avaient soulevées sur leur passage. Le roi fut frappé de celte insupportable et malsaine senteur, et dès lors il médita une entreprise, dont l'exécution devait être difficile autant qu'elle était nécessaire et qui avait, toujours effrayé ses prédécesseurs. Ayant donc convoqué les bourgeois et le prévôt de la ville, il ordonna, en vertu de son autorité royale, que tous les quartiers et les rues de Paris fussent pavés de pierres dures et solides, car le roi très chrétien aspirait à faire perdre à Paris son ancien nom. Cette ville, en effet, avait

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été d'abord nommée Lutèce ou boueuse, à cause des boues pestilentielles dont elle était remplie; mais les habitants, choqués de ce nom qui leur rappelait de désagréables souvenirs, préférèrent l'appeler Paris, du nom de Paris Alexandre, fils de Priam, roi de Troie : car nous lisons dans les Gestes des Francs que le premier roi des Francs qui exerça sur eux la puissance royale fut Pharamond, fils de Marcomir, dont le père était Priam, roi d'Austrie. Ce Priam, roi d'Austrie, n'est pas le grand Priam, roi de Troie; mais il descendait d'Hector, fils de ce dernier prince, par Francion, fils d'Hector.

Le roi très chrétien ne se contenta pas de s'occuper des vivants, mais il porta aussitôt son attention sur le respect dû aux morts, car il entendit parler des réparations qu'exigeait le cimetière des Champeaux, près de l'église des Saints-Innocents ; les citoyens de Paris avaient l'habitude d'ensevelir là leurs morts. Mais comme l'écoulement des eaux du ciel qui venaient s'y réunir et la fange dont la place était remplie ne permettaient pas d'y enterrer les corps avec décence, le roi très chrétien, toujours attentif aux occasions de faire de bonnes œuvres, fit entourer de toutes parts le cimetière d'un mur de pierre ; il y fit aussi pratiquer un nombre suffisant de portes, avec ordre de les fermer la nuit pour mettre cet endroit à l'abri de toute insulte ; car il voulait, par cette décision fameuse que lui avait inspirée sa piété, donner à ses descendants craignant Dieu l'exemple du respect envers un lieu qui servait de sépulture à tant de milliers d'hommes.

Tandis qu'on s'occupait de ces utiles travaux, les armées du roi ne restaient pas oisives; elles se rendirent bientôt dans le pays de Berry pour réprimer les violences et les cruautés des Cotereaux^, qui ne rendaient aucun honneur et ne témoignaient aucun respect aux églises ni aux personnes sacrées.

La valeur ne défendait point contre eux le jeune homme; la faiblesse de l'âge ne servait ni à l'enfant ni au vieillard ; la noblesse était inutile au gentilhomme , la pauvreté à l'habitant des champs, le froc au religieux, la débilité de son sexe à la femme, l'admission dans les ordres sacrés au prêtre; tous étaient

I. Nom originairement donné aux paysans, et qui avait fini par désigner les brigands des campagnes.

ta

Monnaie de Philippe d'Alsace. ( Gand ' .)

mis à mort par ces Cotereaux, en quelque lieu qu'il leur arrivât

de les rencontrer. En outre, avant de leur donner la mort, ils

tourmentaient leurs victimes par toutes sortes de supplices,

ou les faisaient périr d'une mort lente,

afin de leur extorquer d'abord quelque

argent. La troupe royale, les ayant

rencontrés, les maltraita de telle sorte,

qu'en un seul jour elle en tua sept

mille ; tous ceux qui échappèrent à la

mort par une prompte fuite se dispersèrent dans la contrée, et

n'osèrent plus dès ce moment faire aucun mal, ni au roi, ni au

royaume.

L'an 1184 de l'Incarnation du Seigneur, le cinquième du règne de Philippe-Auguste et le vingtième de son âge, il s'éleva des différends, comme c'est assez l'ordinaire dans les révolutions, entre le roi très chrétien Philippe de France et Philippe comte de Flandre. Il s'agissait d'une terre à laquelle on donne communément le nom de Vermandois, laquelle terre le roi réclamait à titre d'hoirie et de succession des rois de France ; il offrait de prouver ses droits par le témoignage des clercs et des laïques, c'est-à-dire des archevêques, évoques, comtes, vicomtes et autres princes. Le comte de Flandre répondit aux réclamations de Philippe qu'il avait longtemps occupé cette province sous le règne du roi très chrétien Louis, d'heureuse mémoire, qu'il Lavait toujours possédée en paix, sans aucune contestation, et qu'il était fermement résolu à ne jamais la laisser passer en d'autres mains tant qu'il vivrait. Car, en voyant

I. GANT. Tête casquée. Au revers, PH COMES, Croix pattée cantonnée de quatre basants. — AR, maille.

Sceau de Philippe de Flandre.

(Archives nationales, n° 619.)

lyo HISTOIRE DE FRANCE.

la jeunesse du roi, il s'était flatté sans doute de le faire aisément renoncer à ses prétentions, à force de promesses ou de belles paroles. On disait aussi qu'il avait pour lui un grand nombre de princes; mais ils ne firent que justifier le proverbe : « Ils n'ont produit que du vent, ils n'ont ourdi que des toiles d'araignée. » Enfin, sur l'avis des princes et des barons, Philippe-Auguste convoqua tous les seigneurs de sa terre dans le beau château de Compiègne. Après leur avoir communiqué ses intentions, il leva une armée innombrable, qu'il réunit près d'Amiens.

Le comte , apprenant ces préparatifs et décidé à résister par les armes, convoque aussitôt ceux qui doivent le secourir ^ Des troupes choisies de jeunes gens s'élancent Monnaie de Bruges'. en nombreux bataillons ; il n'est besoin de

contraindre personne, car chacun se porte volontairement contre le roi des Français. L'amour de la guerre fermente dans tous les cœurs : la commune de Gand, fière de ses maisons ornées de tours, de ses trésors et de sa population innombrable, donne au comte, à ses propres frais et comme auxiliaires dans les combats, deux fois dix mille hommes, tous habiles à manier les armes. Après ces soldats, la célèbre commune d'Ypres, dont le peuple est renommé pour la teinture de la laine, fournit deux légions à cette guerre exécrable. La puissante Arras, ville très ancienne et riche, avide de gain et se complaisant dans l'usure, envoie d'autant plus volontiers des secours au comte, qu'elle est la capitale et la principale ville de Flandre et l'unique résidence du gouvernement.

Au milieu de tant de fracas, Bruges ne manqua point non plus d'assister le comte de plusieurs milliers d'hommes, envoyant à la guerre ses citoyens les plus vigoureux : Bruges, qui fournit des bottines à tous les puissants seigneurs; Bruges, riche de ses grains, de ses prairies et du port qui l'avoisine. Dam, ville funeste, digne de son nom maudit. Dam, qui devait par la suite être fatale à nos vaisseaux, assista aussi nos ennemis selon ses ressources.

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